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Questions de société
Osho s'adresse aux Français
Interview d’Osho accordée au Figaro le 26.2.1986
Est-ce que les épreuves que vous venez de traverser vous poussent à modifier votre philosophie ? Eprouvez-vous du ressentiment ?
Je n’ai pas de philosophie ; en conséquence rien ne peut y apporter de modification. J’ai une façon de vivre et il est absolument impossible de la modifier, parce qu’elle n’est pas une projection de mon mental mais mon être le plus profond et son expérience. Quoi qu’il arrive à mon corps ou à mon mental, cela ne me changera pas. Je suis celui qui regarde depuis les hauteurs. Mon mental et mon corps sont bien loin de là.
Deuxièmement, vous me demandez si cela a provoqué en moi un quelconque ressentiment. Cela aussi est impossible. Je vois les choses comme elles sont. Si quelqu’un est laid, cela ne me froisse pas. Si quelqu’un est écœurant cela ne me froisse pas, cela me remplit de compassion. Je n’ai jamais ressenti autant d’amour pour l’Amérique que j’en ressens actuellement pour le peuple d’Amérique, la terre d’Amérique. Elle est sous un horrible gouvernement fasciste qui prétend être démocratique, mais qui ne l’est pas ; c’est une hypocrisie. Je n’ai pas de ressentiment envers le gouvernement d’Amérique. Quoi que ces gens-là m’aient fait, j’en ai pris note et j’ai vu leur vrai visage. Je vais exposer ce visage au monde entier, pas sous le coup du ressentiment, mais avec l’espoir que peut-être, cette mise à nu puisse les changer. Même s’ils ne changent pas, ils vont perdre la face devant le monde entier. Soit ils se changent d’eux-mêmes, soit ils perdront dans le monde l’amitié de millions de personnes.
J’étais un de leurs amis. Toutes les personnes qui, dans le monde entier, marchent avec moi, étaient leurs amis. Ils ont perdu sans nécessité des millions d’amis. Je suis peiné pour eux, mais il n’est pas question de rancune, pour la simple raison que dans mon cœur, il n’y a aucune place pour la rancune, ni pour la colère ou la haine. Même s’ils m’avaient tué, je serais mort avec un immense amour à leur égard, et cet amour n’aurait pas été le même que celui de Jésus-Christ.
Depuis deux mille ans, les théologiens chrétiens ont mal interprété Jésus. Sur la croix, ses derniers mots furent : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font ». Si vous faites une analyse de cette déclaration, cela a de nombreuses implications. En premier lieu, vous ne pouvez pardonner que si vous avez d’abord ressenti de la colère. Demander à Dieu de pardonner ne prouve pas que Dieu soit en colère car en ce qui Le concerne, personne ne sait rien mais cela prouve que Jésus est en colère et plein de rancune. Il faisait de son mieux pour suivre sa philosophie ; mais cette philosophie n’était pas sa véritable façon de vivre. Cela exigeait un grand effort. Ce n’était pas spontané. En premier lieu donc, demander à Dieu de pardonner à ces personnes montre de la rancune, de la colère.
Deuxièmement, sa raison de demander pardon pour eux est très égoïste. Il dit : « Ils ne savent pas ce qu’ils font » - lui sait ; eux ne savent pas. En fait, c’est pour ce problème qu’il fut crucifié ; il prétend être le fils unique de Dieu, que ses paroles viennent directement de Dieu, qu’il sait et que personne d’autre ne sait, que tout le monde est ignorant. Il est têtu ! Même au tout dernier moment, il n’oublie pas son entêtement. Il n’est pas humble. Penser que vous savez et que personne d’autre ne sait, est pur égoïsme.
Si le gouvernement américain m’avait tué comme ils en avaient fait les préparatifs je n’aurais eu aucune rancune contre eux, car dans mon cœur, je ne peux avoir aucune rancune. Je n’aurais pu que les aimer. Je n’aurais pas pu prier, parce qu’il n’y a pas de Dieu à prier. Si j’avais dû dire quelque chose à l’existence, j’aurais dit : « Ces personnes savent exactement ce qu’elles font, rends-les un peu plus conscientes afin qu’elles ne recommencent pas la même chose avec d’autres ». Pour moi, ça n’a plus d’importance : j’ai atteint l’ultime expérience de ma vie, maintenant, la mort n’a plus d’importance. Pourquoi devrais-je être plein de rancune ? Ils ne me privent de rien, ils ne m’enlèvent rien ; ils ne peuvent pas m’enlever mon expérience… mais ils savent exactement ce qu’ils font ! Ils ne devraient pas le faire à d’autres, car ces autres peuvent ne pas avoir encore expérimenté la lumière, le lieu le plus sacré de leur être. Ils sont peut-être encore vides, et si on les tue, leur vie est simplement gâchée une grande opportunité est perdue.
Je n’ai pas de philosophie. Je n’ai qu’une façon d’être qui est spontanée. Je n’ai pas de programme, pas de discipline à suivre, aucun culte auquel je devrais accorder ma vie. Je vis d’instant en instant. Je ne regarde pas en arrière ; je ne regarde pas en avant. Je suis absolument centré dans l’instant ici maintenant. Ces deux mots définissent ma manière d’être.
Aimeriez-vous vous établir en France et que pensez-vous des Français ?
J’aimerais m’installer dans le Sud de la France, mais je n’ai pas beaucoup de communion avec les Français ; ce sont les personnes de la terre que je connais le moins. La raison en est que chaque pays a développé certaines caractéristiques. Les Français en ont développé une : en ce qui concerne la philosophie, ils pensent être au sommet. Ce n’est pas vrai, mais cela leur donne une fermeture ; qui pense de cette façon se ferme.
En Inde, nous avons de nombreuses langues trente. C’est un continent quasiment comme l’Europe et chaque langue est parlée par autant de personnes que dans les pays européens. En Inde, les Bengalis sont comparables aux Français. Ils ont la même attitude… ils croient que leur langue est la meilleure, que leur littérature est la meilleure, que leur philosophie est la meilleure et qu’ils n’ont rien à apprendre de personne. Vous allez être surpris : pendant trente ans, j’ai continuellement visité Calcutta, je ne suis pas parvenu à être en communion avec les Bengalis. À Calcutta, les non-Bengalis venaient me voir, ils venaient m’écouter, les non-Bengalis devenaient sannyas. Et je posais chaque fois la question : « Quel est le problème ? Calcutta est la capitale des Bengalis, c’est leur patrie, mais je ne vois pas un seul Bengali ». On m’a répondu : « La difficulté avec les Bengalis, c’est qu’ils ont un esprit très étroit ». C’est la même situation avec l’esprit Français. En Europe, quasiment toutes les nations ont des milliers de sannyasins, pas la France. Ils pensent qu’ils n’ont pas à communiquer avec les autres êtres humains ; ils sont autosatisfaits. D’être aussi fermés, c’est une dangereuse maladie. Si vous savez… si votre philosophie est la meilleure, si votre littérature est la meilleure, si votre langage est le meilleur, alors vous devriez partager. Vous avez tellement de choses de valeur, allez-vous les stocker ?
Rappelez-vous une loi fondamentale de la vie : tout ce que vous ne partagez pas, meurt ! Partagez et grandissez. Partagez-les et cela leur offrira de nouvelles dimensions. Je ne dis pas que les Français n’ont pas une grande philosophie, ils l’ont. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas une grande littérature, ils l’ont. Je ne dis pas que leur langage n’est pas l’un des plus beaux, il l’est. Mais ce ne sont pas des raisons pour fermer son esprit, ce devrait être une raison pour être plus ouvert afin de pouvoir partager. Aussi grande que soit une philosophie, elle n’est jamais parfaite. Rien n’est parfait dans ce monde et vous pouvez toujours apprendre des autres. Vous pouvez toujours perfectionner une philosophie, vous pouvez lui donner plus de « jus », plus de vie. Je n’ai pas beaucoup de contacts personnels avec les Français, aussi je ne puis pas en dire beaucoup plus à leur sujet ; mais je vais me rendre en France et je tenterai l’impossible pour briser la glace. Il doit bien y avoir quelques personnes qui sont prêtes à s’ouvrir, à être amicales. Je n’ai besoin que de quelques personnes, et si elles s’enflamment, alors très vite un feu devient sauvage, il se répand dans tout le pays ! Je sens que l’esprit étroit est peut-être effrayé.
Je me souviens d’un jour où je voyageais avec un ami et le contrôleur arriva. Je lui ai montré mon billet et mon ami commença à chercher dans ses sacs, dans ses valises, et cette poche-ci, et cette poche-là… mais j’ai vu qu’il ne regardait jamais dans la poche droite de sa veste. Il regardait partout ailleurs. Je lui ai dit : « Tu oublies de regarder dans la poche droite de ta veste ». Il répondit : « N’en parle pas ! » Je me suis exclamé : « Es-tu fou ? Tu cherches le billet ! » Il dit : « C’est mon seul espoir et je ne veux pas être désappointé aussi facilement. S’il n’est pas dans cette poche-là, alors il n’est nulle part ! C’est pourquoi je laisse cette poche-là de côté… je ne suis pas prêt à regarder dedans ! » Les gens se ferment. Peut-être ont-ils peur qu’il puisse y avoir de meilleures philosophies le monde est vaste et il y en a ; qu’il puisse y avoir de plus doux langages, et il y en a ; qu’il puisse y avoir de meilleures littératures, et il y en a. Mieux vaut garder les yeux fermés, ainsi vous pouvez rester contents de vous : vous avez ce qu’il y a de mieux au monde ! C’est ce qu’on appelle la logique de l’autruche : voyant un ennemi, l’autruche enfonce profondément la tête dans le sable. Elle ne peut plus voir d’ennemi où que ce soit, car dans le sable, ses yeux sont fermés. Alors s’il n’y a plus d’ennemi… Il me semble que les Français sont des autruches ! Quelqu’un doit leur sortir la tête du sable et leur dire que la terre est vaste : « Jean Paul Sartre n’est pas le seul philosophe, vos peintres ne sont pas les seuls peintres, et vos musiciens ne sont pas les seuls musiciens ».
Le monde est un, et l’on ne devrait pas se tenir à l’écart. On ne devrait pas créer de citadelles autour de nous, c’est dangereux. Elles vous donnent d’étranges sentiments égotistes et ne vous permettent pas de vous mélanger aux autres êtres humains qui vous entourent.
J’ai entendu dire que, même s’il comprend l’anglais, un Français prétendra qu’il ne comprend pas. Même s’il peut parler anglais, il parlera français, il ne parlera pas anglais ! C’est quelque chose d’inhumain. Cela ne montre pas la supériorité de votre langue, cela montre votre pensée égotique. Votre langue peut être supérieure, alors parlez-la, répandez-la, échangez-la avec les gens. Laissez les autres apprécier votre littérature, votre musique, votre langage, votre philosophie. Mais ce n’est possible que si vous commencez à apprécier la littérature des autres, la philosophie des autres. Elles ont toutes leurs propres dimensions et la vie est si vaste qu’on ne peut être exhaustif. Il y a quelque chose que seul Guang Tzu possède, mais il est Chinois. Il y a quelque chose que seul Dostoïevski possède, mais il est Russe.
Il n’y a qu’un seul Jean-Paul Sartre et il est Français. Nagajurna est unique et il est Indien. Il y a quelque chose qui n’appartient qu’à Basho, mais il est Japonais. Ils sont tous uniques, incomparables.
Tous les langages ont des qualités différentes et tous les gens contribuent à la vie. Mais le Français a vécu isolé ; cet isolement doit être brisé, ce sera une aide pour le monde entier, et ce sera aussi une aide pour les Français : je vais venir et je ferai de mon mieux !
Que pensez-vous du socialisme en France et du Président Mitterrand ?
Je ne pense pas du tout aux politiciens ; ils sont tous de la même espèce. De la même façon que vous pouvez goûter la mer partout, et elle est salée, vous pouvez sentir que partout, le politicien est fourbe. Cela peut-être plus ou moins, il peut y avoir des différences de degré, mais il n’y a pas de différences de qualité. En ce qui concerne le socialisme... Qu’il soit français, indien, grec ou d’autres pays, le socialisme est un compromis. Au plus profond, vous avez commencé à sentir que le communisme est juste, mais tous vos acquis sont en faveur du capitalisme. Un compromis est nécessaire : un mitigé de capitalisme et de communisme. C’est ce qu’est le socialisme ; c’est tiède des deux côtés. J’aimerais quelque chose de mieux que le communisme. Le socialisme n’est pas meilleur que le communisme : un compromis ne peut pas être mieux. Ne pas pouvoir concevoir un système qui soit plus élevé que le communisme, c’est réellement notre échec. C’est possible, il n’y a pas de questions à ce sujet ; on devrait simplement laisser tomber nos acquis, et notre société pourrait être d’un niveau plus élevé qu’aucune société communiste au monde.
L’Union Soviétique, par exemple, a essayé pendant soixante-dix ans et elle a totalement échoué ; les gens sont toujours pauvres. Que la pauvreté soit maintenant également distribuée n’est pas une consolation. Oui... d’une certaine façon, ça aide, parce que maintenant ces pauvres ne disposent plus de comparaison ; personne n’est riche, on pense donc que l’égalité est revenue ; mais c’est vraiment l’égalité la plus basse.
Je voudrais une société de gens qui soient également riches, pas également pauvres. La science et la technologie moderne sont capables de créer une société qui soit à égalité dans la richesse. Mais le problème, c’est que les riches ne l’aimeraient pas. S’ils sont également riches, leurs egos se sentent blessés ! Alors ils ne sont pas plus riches ! Si tout le monde est également riche, il y aura beaucoup de problèmes pour les gens qui sont habitués à une société pauvre. Par exemple, l’église qui dépend des pauvres, seuls les pauvres vont à l’église, les riches, ceux qui sont éduqués, ceux qui ont de la culture savent déjà que c’est un non-sens total. Mais ils ne le diront pas. Ils sont assez cultivés, assez sophistiqués, ils ne le diront pas. Mais de temps à autre, si c’est nécessaire, ils peuvent se rendre à l’église, une simple formalité; mais ils savent que ce n’est que non-sens ; leurs vies prouvent que tout cela est un non-sens ; ils ne vivent pas en suivant les principes d’une religion !
Seuls les pauvres sont clients de vos églises, de vos synagogues. Si le pauvre disparaît, les églises, les synagogues et les temples ne peuvent plus exister.
Seuls les pauvres y vont avec l’espoir que peut-être, si dans cette vie-ci, ils ne sont pas à l’aise, ils pourront entrer au paradis après la mort et hériter du royaume de Dieu ! Personne ne leur demande : quelle est la relation entre être pauvre et hériter du royaume de Dieu ? Quelle relation rationnelle existe-t-il là ? Il semble plus logique que les riches héritent du royaume de Dieu, parce qu’ils ont une certaine expérience de la richesse, une expérience du luxe. Le pauvre n’a pas l’expérience du confort, il n’a pas l’expérience du luxe. Au paradis, il sera en difficultés. Je me souviens... je me rendais parfois au palais du Maharaja d’Indore. Le Maharaja était une personne haute en couleur. Quand l’Inde était gouvernée par les Anglais, il fut détrôné pour la simple raison qu’il faisait bâtir un palais plus grand que celui de Buckingham, mieux que Buckingham Palace ! Il avait de magnifiques palais en Indore et, bien qu’il fut détrôné, son fils prit le trône. Le Maharaja était âgé et il m’aimait beaucoup. La première fois que j’ai logé dans son palais, je n’ai pas pu dormir jusqu’à tard dans la nuit. Le matelas était si confortable que cela me réveillait à chaque instant. Quand je bougeais, tout le matelas bougeait, c’était comme un lit d’eau. Finalement, j’ai décidé que cela ne pouvait plus durer : « Je ne suis pas habitué à ce luxe mieux vaut dormir par terre, personne n’est là pour me voir. » Je dormis donc sur le sol et comme j’avais tardé à trouver le sommeil, je dormis tard. Le maharaja arriva ; il me vit dormir par terre et s’exclama : « Qu’est-ce que vous faites là ? » Je répondis : « Impossible de dormir sur le matelas, je n’y suis tout simplement pas habitué. »
Dans le paradis des musulmans, il y a de belles femmes qui ont éternellement seize ans. Elles sont là pour être au service des gens qui viennent au paradis ! Que vont faire les pauvres ? Dans le paradis des musulmans, les rivières ne contiennent pas d’eau mais du vin. Les pauvres n’ont jamais goûté au vin, et ici la religion dit continuellement que le vin ou n’importe quel autre breuvage alcoolisé n’est pas bon, pas vertueux. Que vont faire ces gens-là ? Ils vont mourir de soif parce qu’aucune eau n’est disponible : ou vous buvez du vin, ou vous restez assoiffés !
J’ai entendu parler d’un saint qui vivait de façon austère, il s’infligeait d’immenses tortures ; c’était un parfait masochiste. Il mourut. Il avait un grand nombre de disciples. L’un d’eux, un des plus intimes, ne put tolérer la séparation ; il mourut le jour suivant. Quand il arriva au paradis, la première chose fut évidemment de retrouver son maître. Et il ne put pas y croire... Sous un arbre magnifique, le maître était assis…. Il n’en croyait pas ses yeux : Marilyn Monroe, nue, tenait le maître dans ses bras ! Il pensa : c’est certain que mon maître était un des plus grands maîtres. Ceci en est la preuve, il est récompensé. Il alla vers lui, se prosterna, toucha ses pieds et dit : « On avait raison de penser que vous étiez le plus grand maître. A présent, je peux voir combien vous êtes récompensé ! » À ce moment-là, Marilyn Monroe s’exclama : « Espèce d’idiot! Tais-toi donc ! Je ne suis pas sa récompense. Il est ma punition ! »
Quand chacun est riche, vit dans le confort, est heureux, éduqué, a de la culture, est capable d’apprécier la musique, la danse, le théâtre, toutes ces dimensions de grande valeur, qui se soucie d’aller à l’église ? Qui se soucie des politiciens ? Désormais, que peuvent-ils promettre de plus ? Tout ce qu’ils ont toujours promis, vous l’avez ! Les politiciens ont peur. Ils veulent que le monde reste divisé entre pauvres et riches. Les prêtres veulent que le monde soit divisé en classes sociales. Et ce sont ces gens-là qui ont le pouvoir.
Ils empêchent la science et la technologie de changer la face de la terre. Le socialisme n’est pas nécessaire ; ce qui est nécessaire, c’est une forme de communisme plus élevée. Et quand je dis une autre forme de communisme, je veux dire une société sans classe, également riche, avec d’égales opportunités, sans dictature du prolétariat, sans même de démocratie : juste une méritocratie. Les gens de mérite devraient tenir le destin du pays entre leurs mains.
De la même façon que vous ne pouvez pas décider de la vérité par un vote, vous ne pouvez pas décider du mérite par un vote. Si la vérité dépendait du système démocratique, aucune vérité ne gagnerait jamais. Les mensonges l’emporteraient, parce que la majorité ne comprend pas la vérité.
Du vivant d’Albert Einstein, on disait que douze personnes seulement dans le monde entier comprenaient exactement ce que la théorie de la relativité voulait dire. Si une majorité de votants avait dû décider de la théorie de la relativité, elle n’aurait sûrement pas été reconnue. Les gens ne pouvaient même pas la comprendre. Même Einstein fut incapable de l’exposer aux gens, aux simples profanes. Si la démocratie ne peut pas décider de la vérité, les élections ne peuvent pas non plus décider du mérite. Ce sont les actes de la personne qui devraient décider du mérite, son éducation, sa contribution. Si un homme contribue à l’éducation, écrit à son sujet, donne de nouvelles dimensions et de nouveaux programmes pour la méditation, aide à élever l’intelligence des gens, alors il faut lui donner la chance d’organiser l’éducation dans le pays mais pas à un politicien qui magouille pour obtenir davantage de votes. Et on a des experts en éducation, des experts en finances, des experts dans tous les domaines des génies mais ces génies n’ont aucun pouvoir.
Le pouvoir va aux gens médiocres, c’est étrange. Le pouvoir devrait être aux mains des meilleurs; à ce moment-là seulement, on pourra espérer que quelque chose de bon en sorte. J’envisage quelque chose de mieux que la démocratie, que le communisme : un état méritocratique. Il y a tellement d’universités, elles peuvent satisfaire tous nos besoins, mettre à disposition toutes les personnes nécessaires.
Albert Einstein mourut profondément désespéré, car il avait créé la bombe atomique, mais n’avait pas pu en empêcher l’emploi. Elle fut utilisée sans aucune nécessité. La guerre allait de toutes façons s’achever, deux semaines tout au plus. Mais Truman avait hâte de l’utiliser. Il craignait que la guerre se termine... Comment allait-il pouvoir expérimenter la bombe atomique ? Il fallait donc la lancer avant que la guerre se termine. Il tuèrent ainsi plus de 200 000 personnes, transformèrent deux belles cités vivantes en tombeaux. Une immense souffrance... Peut-être qu’on n’avait jamais vu une telle souffrance auparavant ! Et l’homme qui créa cela était impuissant.
Tous les scientifiques du monde sont simplement au service de la machine de guerre. Ils devraient servir l’humanité, ils devraient servir la vie pas la guerre, pas la mort.
Nous devons entreprendre un changement absolument radical. Il y a beaucoup de pays qui sont socialistes parce que ce nom donne une certaine respectabilité, il montre qu’ils ne sont pas capitalistes, qu’ils ne sont pas communistes - ils sont socialistes. Je suis en faveur de l’individu. Je ne suis pas en faveur de la société, car nous avons été sous la dépendance de la société pendant des siècles, mais toutes nos révolutions ont échoué. Cette fois-ci, la révolution doit venir de l’individu, pas de la société.
La société n’est pas existentielle, le socialisme ne signifie rien. Ce qui est réel, c’est l’individu. Et l’individu peut être changé, il peut être transformé. Et si de plus en plus d’individus sont transformés, ils seront libérés des conditionnements du passé, de l’aliénation qui leur a été imposée. S’ils sont libérés, s’ils sont en complète discontinuité avec le passé et s’ils s’ouvrent au futur, nous pourrons créer des sociétés qui ne seront pas socialistes, qui seront absolument individuelles.
Bien sûr, ces individus seront capables d’aimer, d’être ensemble, de mettre mutuellement leur vie en valeur. Ils créeront une camaraderie, mais pas une reproduction de la vieille société, ils créeront une camaraderie réellement ouverte qui laisse chacun absolument libre, un réseau ouvert d’individus dans lequel personne n’est forcé de faire quelque chose ou d’être quelque chose, mais où chacun peut juste être lui-même, comme il est, et être accepté avec dignité.
À votre avis, quel est le régime politique idéal et quel est le pire ?
Le fascisme est le pire et la méritocratie est le mieux. Le critère, c’est l’anarchisme. Tout régime se rapprochant de l’anarchisme est préférable. Le plus proche est le meilleur, ce qui en est le plus éloigné est le pire. Le fascisme est le plus éloigné, la dictature est la plus éloignée, ce sont les pires. L’anarchisme est mon critère.
Le meilleur régime ne peut-être que la méritocratie qui sera très proche de l’anarchisme, juste un pas de plus et tout régime disparaît ! Anarchisme, pas de gouvernement, veut dire liberté absolue, et la liberté est l’ultime valeur de la vie !
Est-il vrai que vous admirez Hitler et que vous êtes antisémite ?
Parmi mes sannyasins, j’ai 40 % de juifs. J’aime les juifs plus que quiconque pour la simple raison qu’ils ont souffert le plus. Ils méritent l’amour de chacun. Pendant des siècles, ils ont souffert, on les a tués, brûlés, violés... Tout ce qui est laid et inhumain leur a été fait. Comment pourrais-je être antisémite ? C’est de cette façon que votre presse à sensations répand des mensonges.
J’ai fait au sujet d’Adolf Hitler une déclaration qui a été déformée. J’ai dit qu’Adolf Hitler et Mahatma Gandhi n’étaient pas très différents.
Immédiatement, les journalistes ont pensé que si je comparais Adolf Hitler à Mahatma Gandhi, c’est que je l’admirais. Je condamnais simplement Mahatma Gandhi. Mais il semble que la stupidité n’aie pas de limite.
J’avais clairement indiqué la raison pour laquelle je disais cela. Je le disais parce que Mahatma Gandhi n’était pas une personne non-violente. La non-violence était sa politique ; il l’employa, et il l’employa très intelligemment. Mais dans sa vie privée, c’était un homme très violent.
J’ai donné bien des exemples de ses actes de violences, et ils ne pouvaient pas être interprétés d’une autre façon. Par exemple, son fils aîné Haridas Gandhi, voulait aller à l’école, mais Gandhi ne le lui permit pas. Il s’opposait à l’éducation. Il était contre tout ce qui avait été inventé après le rouet et quand le rouet a-t-il été inventé ? Personne ne le sait ! Il semble que quoi que l’on possède, ce soit apparu après le rouet ! Il voulait détruire tout ce qui était postérieur au rouet… il devait rester la dernière, l’ultime technologie. Il n’y a plus besoin d’aucune éducation : la lecture, l’écriture et le calcul peuvent être appris à la maison. Mais Haridas était un jeune homme réellement rempli de talent. Il se révolta contre Gandhi et alla à l’école, au collège. Son oncle le soutint. Gandhi lui ferma la porte au nez en disant : « Pour moi, le jour où tu es allé à l’école contre ma volonté, tu es mort. »
Maintenant, qu’en dites-vous ? S’agit-il de violence ou de non-violence ? L’effort même d’imposer sa volonté à quelqu’un est de la violence. Et ce garçon n’avait rien fait de mal ; il voulait simplement s’instruire. Il n’avait pas commis de meurtre. Mais quand il revint de l’université avec un diplôme, Gandhi s’est comporté d’une telle façon…
Il dit à sa femme : « Je ne veux plus voir la tête d’Haridas. L’enceinte de la maison doit lui être interdite. » Et dans son testament, il écrivit… car en Inde, quand une personne meurt, c’est le fils aîné qui met le feu au bûcher funéraire il ne l’avait pas oublié et n’était pas homme à pardonner il écrivit dans son testament : « Il ne sera pas permis à Haridas de mettre le feu à ma dépouille», même à son cadavre !
Gandhi enseignait que toutes les religions sont une hindouisme et mahométisme en particulier parce qu’en Inde, le problème politique de l’époque, c’était que les musulmans réclamaient un pays séparé. Et il voulait que l’Inde reste unie, juste pour qu’elle reste sous le contrôle des hindous dans un seul pays, les hindous auraient la majorité.
Les musulmans seraient toujours seconds, ils ne pourraient pas être au pouvoir.
Il n’y avait aucune possibilité qu’ils soient jamais au pouvoir.
Mais il joua le rôle très fourbe d’un saint - disant que toutes les religions sont une. Chaque matin et chaque soir, il chantait des chants rituels avec ses disciples hindous, musulmans et chrétiens. Haridas avait vraiment du cran. Je le connaissais personnellement. J’aime l’homme; j’aime toujours les gens qui ont de la rébellion dans le sang, de la désobéissance dans leurs os, de l’individualité dans leur moelle.
Il m’a dit lui-même qu’il devint musulman juste pour voir combien cette synthèse des religions était profonde. Bien sûr, il changea de nom. Il demanda au prêtre musulman qui le convertissait au mahométisme : « S’il vous plaît, conservez exactement mon nom, transcrivez le juste en arabe ».
Son nom était Haridas. Haridas signifie: « serviteur de Dieu ». Aussi, il dit: « Qu’il soit exactement semblable ». Son nouveau nom fut: Abdulha Gandhi, Abdulha est la traduction arabe d’Haridas, cela signifie simplement: serviteur de Dieu.
Les musulmans furent très heureux que le fils de Mahatma Gandhi soit devenu musulman; cela prouvait la supériorité du mahométisme sur l’hindouisme ! Ils lui donnèrent le nom de Maulana qui est l’équivalent de Mahatma, une grande âme. Ainsi devint-il Maulana Abdulha Gandhi.
Gandhi en fut tellement furieux que même sa femme dut lui dire: « Ceci est indigne de toi. Tu dis que toutes les religions sont une, il n’est donc pas important qu’il soit devenu musulman ou qu’il devienne chrétien. Pour toi, c’est la même chose. C’est le moment de prouver que ce que tu dis, c’est ce que tu penses. »
Mais il fut tellement en colère qu’il ne put en dormir de toute la nuit. Il dit: « Si ce garçon était mort à sa naissance, j’en aurais été heureux ». Pensez-vous que cela soit une attitude non-violente? Le désir même qu’il aurait pu mourir n’indique-t-il pas une subtile envie de le tuer? C’est de la violence.
Je parlais de tout cela lorsque je mentionnais qu’il n’y avait pas grande différence entre Adolf Hitler et Mahatma Gandhi. Mahatma Gandhi est un hypocrite, Adolf Hitler est un homme violent, mais sans détour; autrement, ils sont tous les deux des saints !
Adolf Hitler ne fuma jamais, il était végétarien, il se couchait toujours de bonne heure et se levait tôt le matin. Qu’attendez-vous de plus d’un saint? Je condamnais simplement Mahatma Gandhi, je n’admirais pas Adolf Hitler. Je disais que toute ces choses devinrent saintes à propos du Mahatma Gandhi: qu’il ne fumait pas, qu’il ne prenait pas de thé, qu’il se couchait de bonne heure et qu’il se levait tôt. Ces choses-là firent de lui un saint et les mêmes choses ne firent pas d’Adolf Hitler un saint. Et tous les deux furent, de par leur nature même, très violents.
C’était juste une situation différente dans laquelle Gandhi employa la non-violence en tant que stratégie politique. Et il y a d’immenses preuves. Avant que l’Inde ne devienne libre, un journaliste américain, Louis Fischer, demanda au Mahatma Gandhi: « Qu’arrivera-t-il aux armées quand l’Inde sera libre ? »
Gandhi répondit: « Il n’y aura plus aucune armée, aucune marine, aucune aviation. Toutes ces personnes iront travailler dans les fermes. »
« Et que ferez-vous des armes ? »
« Elles seront jetées dans l’Océan.»
La liberté arriva, mais rien de tout cela ne se produisit. L’armée perdura et elle devint plus importante. L’Inde attaqua le Pakistan, parce que le Pakistan avait envahi un territoire au Cachemire - et Gandhi bénit les trois avions qui partaient bombarder le Pakistan. C’était le même homme qui, quelques années plus tôt, avait dit que toutes les armes devaient être jetées dans l’océan. A présent, il bénit... il sortit de sa maison pour bénir les avions qui s’apprêtaient à décoller, attendant sa bénédiction. Je ne vois aucune différence. La seule différence est qu’Adolphe Hitler est franc, Gandhi est un hypocrite; sinon, ce sont tous deux des saints !
Êtes-vous indifférent à la misère du tiers monde?
Je hais la pauvreté.
Je voudrais qu’il n’y ait aucun pauvre dans le monde.
Le tiers monde est constitué de nations pauvres, de nations peu avancées, et je voudrais que tous ceux qui ont maintenu ces nations dans la pauvreté soient punis.
Toutes les religions sont opposées au contrôle des naissances: cela provoque l’accroissement de la population du monde.
Le pape continue à enseigner que le contrôle des naissances est un péché et ainsi, il y a de plus en plus de pauvres. Alors, que voulez-vous? Devrais-je en être responsable?
Dans ma commune, en quatre ans, pas un seul enfant n’est né. Si les gens m’écoutaient, il n’y aurait plus aucune pauvreté. Il est encore temps; la pauvreté peut être complètement stoppée par un contrôle des naissances absolu pendant trente ans.
Rendre service aux orphelins n’a pas ma faveur. D’un côté, votre enseignement s’oppose au contrôle des naissances, vous créez donc des orphelins, puis vous vous mettez au service des orphelins et gagnez des prix Nobel. Ce sont vraiment de bonnes affaires. Je veux simplement n’avoir rien à faire avec ce business-là.
La pauvreté peut être détruite et elle devrait l’être. Toute personne qui empêche qu’elle soit détruite commet un acte criminel et devrait être mise en prison - dans toutes les nations. Les pauvres n’ont plus besoin d’être pauvres si l’on décide une seule chose: qu’il n’y aura pas de troisième guerre mondiale. Soixante-quinze pour cent de nos finances et de nos énergies vont à la préparation d’une troisième guerre mondiale, ce qui est complètement absurde car elle détruirait le monde entier. Personne ne sera vainqueur, personne ne sera vaincu. C’est suicidaire; ce n’est pas de la guerre. Cela a perdu toute signification, car vous ne pouvez pas gagner, vous ne pouvez pas être défaits. Il est simple de comprendre que toute cette énergie gaspillée en armement nucléaire devrait aller aux pays pauvres.
Il y a quelques jours, j’ai lu qu’il y a tellement de surplus dans le Marché Commun Européen, que le problème de sa destruction se pose. Détruire cette marchandise coûte deux milliards de dollars. Ce n’est pas le coût de la marchandise, c’est juste ce que cela coûte de la jeter dans l’océan: le stockage, le déstockage, la charger dans des bateaux, la jeter dans l’océan. C’est simplement le coût... ce n’est pas le prix de la marchandise qui doit être mille fois supérieur. Ils sont prêts à la détruire. Chaque année, ici ou là, on détruit de la nourriture. Et partout, des gens meurent par milliers parce qu’ils n’ont pas de nourriture, parce qu’ils n’ont pas d’eau potable.
Avec juste un peu de bon sens...
Quel besoin y-a-t-il de détruire cette nourriture? Si vous êtes prêts à mettre deux milliards de dollars pour la détruire... peut-être que cela demandera un peu plus de l’envoyer en Ethiopie, et des millions de gens pourront être sauvés. Mais personne ne s’intéresse aux autres, on s’intéresse à l’argent. La marchandise doit être détruite pour que le prix du marché ne s’effondre pas. Le seul souci est de continuer à exploiter les gens... PLUS d’argent !
Je suis profondément concerné, mais mon souci est différent de celui du pape polonais et de mère Teresa. Leur souci est fourbe; leur souci est politique. Leur souci est d’augmenter leur nombre d’adeptes. S’il y a des pauvres, ils peuvent être convertis à la religion catholique.
Mon souci est de détruire la pauvreté complètement et cela peut être fait en trois étapes seulement : la première, c’est un contrôle des naissances absolu pendant trente ans.
La seconde est vu qu’il n’existe plus aucune possibilité de troisième guerre mondiale, ce serait absolument ridicule - d’arrêter de la préparer et de consacrer l’argent aux pauvres.
Et la troisième, c’est que chaque pays devrait créer une loi en faveur de l’euthanasie.
De la même façon que le contrôle des naissances est nécessaire à un bout - on arrête l’arrivée de nouveaux êtres humains - on peut aider les personnes âgées qui veulent s’en aller: on ne devrait plus les en empêcher. Soixante-quinze ans, quatre-vingt ans… peut être la limite. Après, si une personne veut vivre, on l’autorisera à vivre, mais si elle veut quitter son corps, nos hôpitaux l’aideront à avoir une mort belle, silencieuse, comme si elle tombait dans un profond sommeil.
Chaque hôpital devrait avoir un secteur pour la mort avec un méditant qui pourrait enseigner la méditation. Avant de mourir, les gens devraient rester là un mois afin de pouvoir apprendre la méditation, la relaxation; ils pourraient mourir paisiblement, heureux ; ils pourraient rencontrer leurs amis, leurs enfants, leurs parents et leur dire au revoir, conscients. Puis, glissant doucement dans le sommeil, dans la méditation, ils passeraient, par delà le corps, dans l’éternité...
Si on fait ces trois choses-là, le monde peut être un paradis.
Quelque chose vous a-t-il jamais rendu malheureux? Qu’est-ce qui vous a rendu le plus heureux?
Rien ne me rend malheureux et rien ne me rend plus heureux. Je suis simplement plein de béatitude et la béatitude est quelque chose au delà du bonheur et du malheur.
Bonheur et malheur sont du mental. Ils dépendent d’une cause - quelque chose vous rend heureux, quelque chose vous rend malheureux, mais c’est toujours quelque chose d’autre.
La béatitude ne dépend de rien d’autre que de votre propre être intérieur. Vous êtes centré en vous-même, et cela vous donne une telle sérénité, une telle joie, que tout bonheur, tout malheur ne semble être qu’un écho lointain, sans signification.
Vous n’avez que quelques disciples en France. Comment l’expliquez-vous?
Je suis même surpris d’avoir quelques disciples en France - mais j’en aurai davantage. Laissez seulement le gouvernement français m’autoriser à entrer et avant qu’ils m’expulsent, j’en aurai quelques milliers.
On dit que vous encouragez les drogues; pouvez-vous, s’il vous plaît, préciser votre position?
C’est un total non-sens.
Je suis contre les drogues. Je suis contre pour la simple raison que la méditation ne peut pas grandir si vous prenez des drogues. Les drogues vous rendent inconscients et la méditation vous rend conscients.
Elles s’opposent l’une à l’autre. Les drogues sont nécessaires aux gens qui sont misérables pour rejeter leur misère dans l’inconscient.
Les gens qui méditent n’ont pas besoin de drogues, parce que s’ils utilisaient des drogues, ils rejetteraient leur état de béatitude dans l’inconscience et cela serait absolument irrationnel, non naturel. Qui veut oublier la béatitude? Tout le monde veut oublier la misère, la souffrance, l’angoisse.
Tout mon enseignement est la méditation et les drogues s’y opposent.
Comment pourrais-je encourager la drogue? C’est une contradiction. Des mensonges me concernant sont continuellement répandus par des gens qui n’ont aucun argument contre ce que je dis, contre ma façon de vivre, contre la méditation.
Ils n’ont rien à dire. Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est de répandre des mensonges. Tous les jours, des coupures de presse me sont apportées et me font rire... comment les gens font-ils pour inventer des choses pareilles?
Il y avait, hier, une coupure de presse disant que la police américaine était après moi et que je me cachais parce qu’il y avait des charges de massacres, d’orgies sexuelles et d’usage de drogues contre moi.
Le gouvernement américain m’a interdit l’entrée en Amérique pendant cinq ans. Je suis absolument volontaire dès maintenant pour entrer aux Etats-Unis, mais c’est le gouvernement qui ne veut pas de moi ! Et ces journaux publient que je me cache...
Est-ce une façon de se cacher que de parler matin et soir à la presse du monde entier ? Est-ce une façon de se cacher ? Avez-vous vu dans cette pièce quelqu’un qui cherchait à se cacher?
Ressentez-vous, comme certaines personnes, que le SIDA est une malédiction venant de Dieu à cause de la licence des mœurs?
C’est certainement une malédiction venant de Dieu, mais pas à cause de la licence des mœurs. C’est une malédiction de Dieu à cause de l’enseignements des églises en faveur du célibat - ce qui n’est pas naturel; maintenir les moines et les bonnes sœurs séparés - ce n’est pas naturel et cela crée l’homosexualité.
L’homosexualité est une maladie religieuse et l’Eglise en est responsable. Dieu lui-même en est responsable, parce que dans la trinité chrétienne, il y a Dieu le père, le fils Jésus Christ - et qui est ce mec, le fantôme sacré ? Il n’y a aucune femme; c’est un « gay-groupe »! Et je suspecte que ce fantôme sacré est un petit ami de Dieu !
Si vous rencontriez le Pape Jean-Paul II, auriez-vous des choses à vous dire ?
En ce qui le concerne, je ne sais pas...
J’ai beaucoup de choses à lui dire. Je ne pense pas qu’il puisse arriver à me dire la moindre chose. Il est plus probable qu’il s’échappera quand j’entrerai en Italie. Lorsqu’il était en Inde, je lui ai lancé le défi d’un débat public, et comme un lâche, il est resté silencieux. J’irai en Italie.
Il a déjà informé les journaux catholiques italiens qu’ils ne devaient rien publier à mon sujet - pour ou contre, négatif ou positif.
Qu’est-ce que cet homme pourrait bien avoir à me dire ? J’ai toujours pensé que les polonais était un petit peu retardés, mais je n’avais jamais pensé qu’ils puissent être de tels lâches. Mais cet homme semble être les deux.
J’ai certainement beaucoup de choses à lui dire, parce qu’il est un des plus grands criminels du monde d’aujourd’hui, et je dois montrer du doigt chaque crime qu’il commet.
Aussi par respect de la postérité, on devrait prendre note qu’il y a quelqu’un qui montre du doigt l’homme qui en est la cause, celui qui crée tous ces problèmes.
J’ai beaucoup de questions à poser à cet homme. Je sais parfaitement bien qu’il n’a réponse à rien, parce que pendant vingt siècles, aucun pape n’a été capable de répondre à quoi que ce soit. Même Jésus Christ n’avait réponse à rien... ne faisant que des déclarations sans aucun support rationnel, sans aucun argument.
Les juifs ne sont pas des gens si durs. J’ai été amené à les connaître de très près.
J’ai continuellement fait des blagues à leur sujet, mais ils ne se sont même pas sentis offensés. Je ne pense pas qu’ils auraient crucifié Jésus s’il avait rationnellement soutenu ses déclarations. Ses déclarations n’étaient que provocations. « Je suis le fils unique engendré par Dieu le Père ». Quel support de la raison, de l’évidence avait-il? A-t-il obtenu un certificat ? Et si les Juifs - qui ne sont pas des gens difficiles, mais des gens pleins d’amour et doux - ont même fini par le crucifier... c’est pour la bonne raison qu’il était devenu un enquiquineur. Juste un analphabète disant des non-sens... il ne donnait jamais aucune preuve, ni ne restait silencieux. Il a du être trop pénible. Finalement, ils décidèrent qu’il était préférable de s’en débarrasser.
Ils s’en débarrassèrent… et depuis cette époque, ils s’en désolent ! Parce qu’ils ont perdu le meilleur business… qu’un de leurs propres rejetons avait créé ! Le catholicisme est la plus grande entreprise du monde; aucune entreprise ne peut se comparer à lui. Leur propre rejeton le fit et ils ont raté leur chance !
J’ai beaucoup de questions à poser au pape. Et j’aimerais qu’il rassemble son courage et qu’il me rencontre au Vatican en face de tous ses cardinaux, évêques, archevêques, prêtres, et tous ses fidèles. Je veux lui poser ces questions en face de ses propres fidèles, afin qu’eux aussi puissent voir le vide du représentant de Dieu qui est infaillible.
Mais je ne pense pas qu’il ait la moindre chose à me demander. S’il en avait le courage, s’il était capable de me recevoir au Vatican et de répondre à mes questions, cela pourrait être un grand évènement dans l’histoire du catholicisme.
Mais je suis dans le doute... Je ne pense pas qu’il soit suffisamment un homme. Il est juste creux, il n’y a rien de solide en lui. C’est une chose de parler aux chrétiens, aux catholiques qui croient en vous, qui ne peuvent pas vous poser de questions, qui ne peuvent pas vous mettre en doute; parler avec moi est une tout autre affaire.
Il devra prouver chaque mot sur lequel la chrétienté s’appuie.
Mais, pour l’instant, il ne fait que montrer sa lâcheté en empêchant aux media de faire savoir que je vais venir en Italie. Il a tellement peur qu’il dit aux media de ne même pas écrire des choses négatives à mon sujet, car cela rendrait les gens conscients que je suis ici.
J’ai mes propres façons de faire. Tous les media vont écrire à mon sujet; même les média catholiques. Ils devront le faire, car je taperai sur tout le monde, de Dieu au pape polonais, je vais faire fort et je resterai en Italie jusqu’à ce que tout le pays soit au courant de ma présence. J’irai dans chaque ville pour parler directement aux gens. Je peux même choisir de rester là pour toujours !
Croyez-vous qu’il y aura bientôt une guerre nucléaire ?
Non. Il n’y a aucune possibilité qu’il y ait bientôt une guerre nucléaire - ou plus tard. Ce sont les armes nucléaires elles-mêmes qui en arrêtent la possibilité. La guerre serait tellement totale qu’elle a perdu sa signification.
Etes-vous pour la peine de mort ?
Non. Je ne suis pas pour la peine de mort pour la simple raison que si quelqu’un assassine un homme et que vous le sanctionnez en le tuant...
Il a commis un crime et maintenant, la société commet le même crime comme sanction. Votre sanction ne va pas faire revivre l’homme qui a été tué. Votre sanction fait qu’au lieu d’avoir un meurtre, on en aura deux. C’est pur non-sens. La personne qui a assassiné... Vous n’êtes pas juste; vous prenez simplement votre revanche. Si vous étiez juste, vous enverriez le meurtrier dans un hôpital psychiatrique pour qu’on prenne soin de lui. Il y a quelque chose qui va de travers dans son mental, quelque chose de faux dans sa psychologie, il n’en est pas responsable. Il peut être traité.
Non seulement je ne suis pas pour la peine de mort, mais je suis contre toute punition, parce que la punition ne changera pas la personne; en fait, elle fera de lui un criminel endurci.
Tout crime a, à la base, quelque chose à voir avec la psychologie. Le mental de la personne ne fonctionne pas correctement; il a besoin de soins, il a besoin de compassion. Il a besoin du soutien de la société afin de pouvoir retourner dans cette société avec dignité et respect.
Jusqu’à maintenant, nous avons été des criminels, nous avons été des barbares.
La civilisation n’est pas encore née.
La peine de mort et tous ces types de punitions prouvent simplement la barbarie de notre approche.
Une humanité civilisée soignerait les gens qui sont des criminels. Ce dont ils ont besoin, c’est d’être envoyés à l’hôpital, à l’hôpital psychiatrique, pas en prison.
Quelle sorte de futur désirez-vous le plus?
Un futur où chaque individu est totalement affranchi de la religion, de la nation, de la race, de la couleur, où il est donné à chacun d’égales opportunités pour croître dans ce qu’il souhaite. Un futur où aucun mariage n’existe, où l’amour est la seule loi, où la communauté prend soin des enfants et où les gens peuvent être ensemble aussi longtemps qu’ils s’aiment. Au moment où ils ont le sentiment que la brise de l’amour est passée, ils peuvent se séparer en amis, avec gratitude. Un futur où les gens ne seront pas exploités par la religion, par les politiciens, où il sera permis aux gens d’être heureux et remplis d’allégresse.
La misère devrait être considérée comme anti-naturelle et l’allégresse comme naturelle - un futur où les gens chanteront, riront et danseront.
Je voudrais que plus personne ne soit dans l’espoir d’un paradis après la mort. Je veux que nous créions un paradis ici même, sur cette terre magnifique.
C’est le seul endroit de l’univers où la vie existe, où la conscience existe et où quelques personnes ont été capables de devenir des Gautama Bouddha.
Je voudrais que chacun atteigne les mêmes hauteurs qu’un Gautama Bouddha, qu’un Lao Tzu ou qu’un Zarathoustra, afin que toute peur de la mort disparaisse et que chacun sache que son être intérieur appartient à l’éternité.
Extrait du livre Socrates poisoned again chap. 15
Terrorisme
Osho,
J’ai entendu dire qu’en Europe, la menace du terrorisme emplit tout le monde de peur. Des mesures de sécurité extraordinaires retardent les avions, de nombreux sièges restent vides et des aéroports ferment. Les gens y réfléchissent même à deux fois avant de sortir le soir. Et tout cela s’est encore accru depuis le récent bombardement (américain - en 1986) sur la Libye. Est-ce que l’accroissement du terrorisme ces dix dernières années est, d’une certaine façon, symbolique de ce qui arrive à la société en général ?
Chaque chose est profondément reliée à tout ce qui arrive. L’arrivée du terrorisme est certainement liée à ce qui se passe dans la société. La société est en train de s’écrouler. L’ordre ancien, la discipline, la moralité, la religion, tout cela était construit sur des bases fausses qui apparaissent maintenant. L’ordre ancien a perdu le pouvoir qu’il avait sur la conscience des gens.
Le terrorisme symbolise simplement le fait que détruire des êtres humains n’a plus aucune importance, qu’il n’y a rien dans l’être humain qui soit indestructible, que ce n’est que de la matière et on ne peut pas tuer la matière, on ne peut que changer sa forme. On prend un homme pour une combinaison d’éléments matériels et on ne donne plus aucune place à un être spirituel à l’intérieur de lui. Alors tuer devient juste un jeu.
Avec les bombes nucléaires, la division de la terre en nations n’a plus aucun sens. Si le monde entier peut être détruit en quelques minutes, la seule alternative, c’est de faire du monde entier une seule entité. Maintenant, il ne peut plus rester divisé. Sa division est dangereuse, car à tout moment, cette division peut devenir une guerre. Cette division n’est plus tolérable. Une seule guerre peut tout détruire et il ne reste plus beaucoup de temps à l’homme pour comprendre que nous devons créer un monde où toute possibilité de guerre est exclue.
Le terrorisme a de nombreux courants sous-jacents.
Avec l’arrivée des bombes nucléaires, les nations ont décidé de mettre beaucoup d’énergie dans cette direction, considérant que les armes non-nucléaires étaient dépassées. Elles sont dépassées, mais des individus peuvent tout à fait s’en servir. Et vous ne pouvez pas utiliser les bombes nucléaires contre quelques individus ce serait stupide. Si un terroriste provoque un attentat, ça ne justifie pas de riposter par un missile nucléaire.
Ce sur quoi je veux insister, c’est que l’arrivée des bombes nucléaires a donné à certains individus la liberté d’utiliser ces armes dépassées, ce qui n’était pas possible précédemment, parce que les Etats eux-mêmes utilisaient ces vieilles armes et en avaient le contrôle. Maintenant les Etats s’efforcent de détruire ces vieilles armes en les jetant dans l’océan ou en les vendant à des pays pauvres qui ne peuvent pas s’offrir d’armes nucléaires. Et tous ces terroristes viennent de ces pays pauvres, avec les armes qui leur ont été vendues. Et ils bénéficient d’une étonnante protection : on ne peut pas utiliser les armes nucléaires contre eux, on ne peut pas lancer de bombes nucléaires contre eux.
Ils peuvent lancer des bombes sur vous et soudain, vous êtes impuissants.
Vous disposez d’une quantité impressionnante d’armes atomiques, de bombes nucléaires mais parfois, là où une aiguille se révèle utile, une épée n’est d’aucune aide. Vous pouvez avoir une épée, ça ne veut pas forcément dire que vous êtes dans une meilleure position que celui qui n’a qu’une aiguille, parce qu’il y a des cas où seule l’aiguille marche l’épée n’est d’aucune utilité. Les petites armes du passé ont été collectées et les grands pouvoirs doivent s’en débarrasser : les jeter dans l’océan, ou quoi ? C’est tellement d’argent, tellement de travail, tellement d’énergie… tout cela est gaspillé ! Économiquement, un désastre. Et se contenter de les collecter est économiquement impossible. Combien d’armes allez-vous stocker ? Il y a une limite à tout. Et quand on découvre un nouveau moyen pour tuer les gens de façon plus efficace, il faut simplement se débarrasser du vieux matériel. On a donc pensé qu’il serait préférable de les vendre aux pays pauvres.
Les pays pauvres ne peuvent pas fabriquer beaucoup d’armes, ça coûte trop cher. Et ces vieilles armes furent proposées à un meilleur prix ils les acceptèrent comme aide, mais elles ne peuvent pas être utilisées pour une guerre. Elles sont déjà trop anciennes. Personne n’a vu qu’il était possible que ces armes soient utilisées individuellement et qu’un nouveau phénomène le terrorisme pouvait sortir de cela. Maintenant, le terroriste a un pouvoir étonnant, même contre les plus grands pouvoirs. Il peut lancer des roquettes sur la Maison Blanche, sans peur, parce que l’arme que vous avez est trop puissante, vous ne pouvez pas la lancer sur lui. Et lui se sert des armes que vous lui avez vendues ! Mais on n’a pas envisagé ce phénomène, parce que la psychologie humaine n’est pas comprise.
Selon moi, de la façon dont l’être humain vit, il a besoin d’une guerre tous les dix à douze ans. Il accumule tellement de colère, de rage, tellement de violence qu’il lui faut au moins une guerre pour pouvoir s’en décharger. Ainsi, d’une guerre à l’autre, il n’y a qu’un espace de dix à quinze ans. Cet intervalle est une sorte de relaxation. Mais à nouveau, vous vous mettez à accumuler les mêmes griefs, parce que la même psychologie est à l’œuvre la même jalousie, la même violence.
A la base, l’homme est un chasseur ; de nature, il n’est pas végétarien. Il est d’abord devenu chasseur, et pendant des milliers d’années, il ne fut qu’un carnivore, le cannibalisme prédominait partout. Il était considéré comme parfaitement moral de manger des êtres humains que vous aviez attrapés en combattant la tribu opposée.
Maintenant, tout cela fait partie de l’inconscient de l’humanité.
Les religions ont imposé des choses à l’homme, mais de manière très superficielle - son inconscient, lui, n’est pas d’accord. Chacun vit en désaccord avec lui-même. Aussi, s’il a la chance de trouver une occasion pour une cause respectable : la liberté, la démocratie, le socialisme ! n’importe quel joli nom pourra lui servir de couverture pour masquer son exécrable inconscient qui ne veut que détruire - il adore la destruction !
Aujourd’hui, une guerre mondiale est devenue presque impossible ; sinon il n’y aurait pas eu de terrorisme. Il s’est écoulé suffisamment de temps depuis la deuxième guerre mondiale ; la troisième guerre mondiale aurait dû se produire aux environs de 1960.
Elle n’a pas eu lieu. Pendant toute l’histoire, cette répétition des guerres a été une routine, et l’homme est programmé pour ça.
Les psychologues ont observé que les gens étaient plus heureux en période de guerre qu’en période de paix. Pendant la guerre, leur vie est excitante ; en période de paix, ils s’ennuient. Pendant la guerre, tôt le matin, ils vont chercher le journal, ils écoutent la radio. Même si les choses se produisent loin de chez eux, ils en sont excités. Une partie d’eux se sent en adéquation. La guerre qui aurait dû se produire entre 1955 et 1960 n’a pas eu lieu et l’homme est submergé par le désir de tuer, par le désir de détruire. La seule chose… c’est qu’il cherche de jolis noms pour ça !
Le terrorisme va devenir de plus en plus important, car la troisième guerre mondiale est presque impossible.
Et ces stupides politiciens n’ont pas d’alternative. Le terrorisme signifie simplement que se décharger de sa violence - ce qui était fait précédemment à l’échelle de la société - doit maintenant être fait individuellement. Le terrorisme va se développer. Il ne peut être prévenu que si nous changeons la base même du discernement humain, ce qui est une tâche himalayenne, et plus encore, car ceux-là mêmes que vous voulez changer vous combattront, ils ne vous permettront pas de le faire facilement.
En fait, ils aiment les effusions de sang ; ils n’ont pas le courage de le dire.
Dans un roman existentialiste, il y a un très bel incident qu’on pourrait presque considérer comme étant vrai. Un homme est amené devant la Cour parce qu’il a tué un étranger assis sur une plage. Il ne l’a jamais vu. Il ne l’a pas tué pour de l’argent. Il ne sait même pas à quoi cet homme ressemble, car il l’a tué par derrière, avec un grand couteau. Ils ne se sont jamais rencontrés il n’est donc pas question d’inimitié. Ils ne se connaissent pas, ils ne se sont jamais vus face à face. Le magistrat n’arrive pas à comprendre et il demande au meurtrier : « Pourquoi avez-vous fait cela ? » Ce dernier répond : « Quand je l’ai poignardé, quand un flot de sang s’est échappé de son dos, ce fut un des plus beaux moments que j’aie jamais connus. Je sais que je devrai le payer de ma vie, mais je suis prêt à payer, ça valait le coup. Toute ma vie, j’ai vécu dans l’ennui rien d’excitant, pas d’aventure. J’ai finalement décidé de faire quelque chose. Et cet acte m’a rendu mondialement célèbre, ma photo est dans tous les journaux. Je suis parfaitement heureux de l’avoir fait. »
Il n’y avait pas besoin d’autre preuve. L’homme ne niait rien au contraire, il s’en glorifiait. Mais le tribunal a des façons de procéder routinières il fallait trouver des témoins, ses aveux n’étaient pas suffisants. Peut-être mentait-il, peut-être ne l’avait-il pas tué. Personne ne l’avait vu il n’y avait pas un seul témoin la police devait présenter des preuves indirectes.
Cet homme avait peut-être tué à cause de sa vie passée, de ses origines. Sa mère était morte quand il était jeune. Quand il apprit que sa mère était morte, il aurait dit : « Merde ! Même morte, cette femme ne va donc jamais me lâcher! C’est dimanche et j’ai pris des billets pour aller au théâtre avec ma copine. Mais je savais qu’elle trouverait quelque chose pour bousiller ma journée et elle l’a fait ! »
Sa mère est morte et il dit qu’elle lui a foutu son dimanche en l’air! Il s’apprêtait à aller au théâtre avec son amie, et maintenant, il doit se rendre aux funérailles. Les gens qui entendirent parler de sa réaction furent choqués.
Ils dirent : « Ce n’est pas juste… qu’est-ce que vous dites ? » Il s’exclama : « Quoi ? Qu’est-ce qui est juste et qu’est-ce qui est faux ? Ne pouvait-elle pas mourir un autre jour ? Il y a sept jours dans la semaine du lundi au samedi, elle pouvait mourir n’importe quand. Mais vous ne connaissez pas ma mère moi, je la connais. C’est une garce ! Elle l’a fait exprès. »
La seconde preuve fut que le jour où il assista à l’enterrement, on le vit, le soir même, danser dans une discothèque avec son amie. Et quelqu’un s’exclama : « Quoi ? Que faites-vous ? Votre mère vient de mourir. » Il dit : « Et alors ? Voulez-vous dire que désormais, je ne devrais plus jamais danser ? Ma mère n’est plus en vie, elle est morte ; qu’est-ce que ça peut bien faire que je danse après six heures, huit heures, huit mois, huit ans ? Quelle importance ? elle est morte ! J’ai besoin de danser, de vivre ma vie, d’aimer, même si elle est morte. Si chacun cessait de vivre avec la mort de sa mère, de son père, alors il n’y aurait plus de danse dans le monde, plus de chants. »
Sa logique est tout à fait correcte. Il dit : « Où tracez-vous la ligne de démarcation ? Après combien d’heures puis-je danser à nouveau ? Douze heures, quatorze heures, six semaines ? Où mettez-vous la limite ? Sur quelles bases ? Quel est le bon critère ? Ça n’a donc aucune importance. Une chose est sûre : si je danse maintenant, ce sera de toute façon après la mort de ma mère. Alors j’ai décidé de danser aujourd’hui. Pourquoi attendre à demain ? »
Ces preuves indirectes furent présentées au tribunal : cet homme a un comportement singulier, il peut avoir commis un tel acte. Mais si vous observez plus attentivement ce pauvre homme, vous ne serez pas en colère contre lui, vous ressentirez beaucoup de compassion. Si sa mère est morte, ce n’est pas de sa faute, et de toute façon, il devra bien danser un jour ou l’autre. Quelle différence cela fait-il ? Vous ne pouvez pas le blâmer de dire des choses horribles : « Elle est morte volontairement un dimanche pour me pourrir la vie ! » Son expérience, c’est qu’elle lui avait sans arrêt pourri la vie. Et c’était sa conclusion : « Même dans la mort, elle ne va pas me lâcher! »
Et vous ne pouvez pas le condamner d’avoir tué un étranger… ce n’est pas un voleur, il ne lui a rien pris. Ce n’était pas son ennemi ; il n’a même pas vu qui était sa victime. Il en avait simplement marre de la vie et il voulait faire quelque chose pour se sentir exister, pour se sentir important. Maintenant, il est heureux que tous les journaux publient sa photo. S’ils avaient publié sa photo avant, il n’aurait pas tué. Mais ils ont attendu à moins qu’il ne tue, ils n’étaient pas prêts à publier sa photo ! Il voulait être une célébrité… c’est juste un désir humain. Et il était prêt à payer de sa vie pour devenir célèbre dans le monde entier, être reconnu par tout le monde, ne serait-ce que pour une journée…
À moins que nous ne changions les fondements mêmes de l’humanité, le terrorisme deviendra de plus en plus quelque chose de normal, de quotidien. Il se produira dans les avions, dans les autobus. Puis il se produira aussi dans les voitures. Des personnes complètement étrangères seront visées.
Soudain, quelqu’un arrivera et vous tirera dessus. Non pas que vous lui ayez fait quoi que ce soit ; c’est simplement le chasseur qui est de retour ! Le chasseur était satisfait par la guerre.
Mais la guerre s’est arrêtée, et peut-être n’y a-t-il plus aucune chance pour elle. Le chasseur est de retour et maintenant, nous ne pouvons plus nous battre collectivement.
Chaque individu doit donc faire quelque chose pour relâcher la pression qui est en lui.
Les choses sont interconnectées. Il y a une première chose à changer : donner à l’être humain la possibilité de s’éclater beaucoup plus c’est ce que toutes les religions ont tué. Les vrais criminels ne sont pas arrêtés. Les terroristes et autres criminels ne sont que des victimes. Les vrais criminels, ce sont toutes les religions, parce qu’elles ont détruit toutes les possibilités de jouir vraiment de la vie. Elles ont détruit la possibilité de profiter des petites choses, elles ont condamné tout ce que la nature vous offre pour vous rendre heureux, pour vous faire vibrer, pour être bien. Elles vous ont tout retiré. Et si elles n’ont pas été capables de vous retirer certaines choses trop profondément enracinées dans votre biologie comme le sexe elles ont quand même réussi à les corrompre.
Selon moi, Friedrich Nietzsche, est l’un des plus grands prophètes du monde occidental ; ses yeux étaient vraiment capables de percer les racines les plus profondes d’un problème. Mais comme les autres ne voyaient pas aussi clair - leurs yeux n’étaient pas aussi pénétrants et leur intelligence pas assez aiguisée - il vécut seul, abandonné, isolé, mal aimé et sans aucun respect.
Dans une de ses déclarations, il dit que les religions ont enseigné à l’homme de condamner le sexe, d’y renoncer. La religion n’a pas été capable d’y parvenir ; l’homme a fait des efforts énormes, mais il a échoué - parce que le sexe est enraciné profondément dans sa biologie, il façonne entièrement son corps. L’homme est né du sexe comment pourrait-il s’en débarrasser, à moins de se suicider ?
Ainsi l’homme a essayé et les religions l’ont aidé à s’en débarrasser des milliers de disciplines et de stratégies ont été utilisées. Le seul résultat est que le sexe est toujours là, mais corrompu. Ce mot ‘corrompu’ est une très profonde intuition. Les religions n’ont pas réussi à éliminer le sexe, mais elles ont certainement réussi à le corrompre.
Et la même situation existe dans d’autres domaines : la religion condamne le fait de vivre dans le confort. Pourtant un homme qui vit dans le confort et le luxe ne peut pas être un terroriste. Les religions ont condamné la richesse et vanté la pauvreté, mais un homme qui est riche ne peut pas être un terroriste. Seuls ceux qui sont « bénis », parce que pauvres, peuvent être des terroristes, parce qu’ils n’ont rien à perdre et qu’ils sont fous de rage contre la société entière : les autres ont des choses qu’eux, ils n’ont pas.
Les religions ont essayé de les calmer. Mais alors, le communisme est apparu une religion matérialiste qui provoque les gens en leur disant : « Vos vieilles religions sont l’opium du peuple, ce n’est pas à cause de vos actions dans cette vie ou dans vos vies passées que vous êtes pauvres. C’est à cause de l’odieuse exploitation du bourgeois, du super riche, que vous souffrez. »
La dernière phrase du Manifeste Communiste de Karl Marx est : « Prolétaires du monde entier unissez-vous, vous n’avez rien à perdre et le monde entier à gagner ».
« Vous êtes déjà pauvres, affamés, nus que pourriez-vous perdre ? Votre mort ne vous rendra pas plus misérables que votre vie ne vous le rend déjà. Pourquoi ne pas tenter votre chance et détruire ces gens qui vous ont tout pris ? Reprenez ce qui vous appartient, et répartissez-le. »
Ce dont les religions se sont servies pour consoler les gens et c’étaient des choses fausses, des ruses, des mensonges, mais qui ont maintenu les gens dans un état de demi sommeil le communisme en rend maintenant les gens conscients.
Cela veut dire que ce monde ne sera jamais en paix, si nous ne retirons pas toutes ces idées fallacieuses qui ont été implantées dans l’homme.
Les religions d’abord : leurs ‘valeurs’ doivent être déracinées afin que l’homme puisse à nouveau sourire, qu’il puisse rire, s’éclater, être naturel.
Ensuite le communisme : ce que dit le communisme doit être exposé clairement devant les gens pour montrer que c’est psychologiquement faux. Vous tombez d’un piège dans un autre. Aucun homme n’est égal à un autre ; l’idée d’égalité est un non sens. Et si vous choisissez d’être ‘égal’, alors vous devez accepter la dictature du prolétariat. Cela veut dire que vous devez perdre votre liberté.
D’abord l’église vous a privé de votre liberté, Dieu vous a retiré votre liberté. Maintenant le communisme remplace votre église et il va, lui aussi, vous retirer votre liberté.
Et sans liberté vous ne pouvez pas apprécier la vie. Vous vivrez dans la peur, pas dans la joie.
Si l’on peut nettoyer le fondement même de la partie inconsciente du mental humain… Et c’est tout mon travail : l’inconscient peut être nettoyé.
Le terrorisme n’est pas dans les bombes, il n’est pas dans vos mains ; le terrorisme est dans votre inconscient.
Sans cette prise de conscience, la situation va devenir de plus en plus rude.
Et il semble que de plus en plus de gens aveugles ont des bombes dans leurs mains et les jettent à l’aveuglette.
La troisième guerre mondiale aurait déchargé les gens de leurs tensions pendant dix ou quinze ans. Mais la troisième guerre mondiale ne peut plus arriver parce que si elle se produisait elle ne soulagerait pas les gens, elle les détruirait. C’est pourquoi la violence individuelle va se développer elle est déjà en augmentation. Et tous les gouvernements, toutes les religions vont continuer à utiliser leurs vieilles stratégies, sans comprendre la nouveauté de la situation.
La situation est nouvelle : chaque individu a maintenant besoin de passer par des thérapies, de comprendre ses intentions inconscientes, de s’investir dans les méditations, afin de pouvoir se calmer, s’ouvrir et se tourner vers le monde avec une nouvelle approche, issue du silence.
OSHO Beyond Psychology # 18 Quest. 1
21 avril 1986
A propos du juste et du faux
Faites ce que votre nature veut faire, faites ce à quoi aspirent vos qualités intrinsèques. N’écoutez pas les Ecritures, écoutez votre propre coeur; c’est l’unique écriture que je prescris. Oui, écoutez très attentivement, très consciemment, votre propre coeur et vous ne ferez jamais rien de faux. Et en écoutant votre propre coeur, vous ne serez jamais divisé. En écoutant votre propre coeur, vous commencerez à avancer dans la bonne direction, sans même penser à ce qui est juste et à ce qui est faux.
Tout l’art de la nouvelle humanité, ce sera d’écouter le secret du coeur consciemment, attentivement, en étant alerte. Et de le suivre à n’importe quel prix, où qu’il vous conduise. Oui, parfois il vous entraînera dans des dangers. Mais alors souvenez-vous en, ces dangers sont nécessaires pour vous faire mûrir. Et parfois, il vous égarera - mais souvenez-vous en de nouveau, ces égarements font partie de la croissance. Vous tomberez bien des fois. Relevez-vous, car c’est ainsi qu’on rassemble ses forces, en tombant et en se relevant. C’est de cette façon que l’on devient intégré.
Mais ne suivez pas de règles imposées de l’extérieur. Aucune règle imposée ne peut jamais être juste, car les règles sont inventées par des gens qui veulent vous régenter. Oui, parfois il y a également eu dans le monde de grands illuminés - un Bouddha, un Jésus, un Krishna, un Mahomet. Ils n’ont pas donné de règles au monde, ils ont donné leur amour. Mais tôt ou tard les disciples se rassemblent et commencent à inventer des codes de conduites. Une fois que le maître est loin, une fois que la lumière est loin et ils sont dans une obscurité profonde, ils se mettent à aspirer à suivre des règles, car à présent, la lumière qui aurait permis de voir n’est plus là. Désormais, ils vont dépendre de règles.
Ce qu’a fait Jésus était chuchoté par son propre coeur, et ce que font les chrétiens n’est pas le chuchotement de leur propre coeur. Ce sont des imitateurs - et au moment où vous imitez, vous insultez votre humanité, vous insultez votre Dieu. Ne soyez jamais un imitateur, soyez toujours original. Il n’existe rien de tel que le juste ou le faux, car quelque chose peut être juste en cet instant et peut ne plus être juste un moment plus tard. Quelque chose peut être faux aujourd’hui et ne pas l’être demain.
Le juste et le faux ne sont pas des entités fixes, ce ne sont pas des étiquettes que vous pouvez mettre sur les choses, “ceci est juste” et “ceci est faux”. Mais c’est ce qu’on a fait jusqu’à présent. Les gens ont décidé du juste et du faux. Et cela a induit toute l’humanité en erreur.
Le mariage
Est-il possible d'être marié et d'être libre en même temps ?
C'est difficile, mais pas impossible. Il ne faut qu'un peu de compréhension. Il faut reconnaître quelques vérités fondamentales. La première est que personne ne naît pour quelqu'un d'autre. La seconde est que personne n'est ici-bas pour être ce que votre idéal voudrait qu'il soit. La troisième est que vous êtes maître de votre propre amour et que vous pouvez en donner autant que vous voulez mais vous ne pouvez pas exiger l'amour de l'autre, car personne n'est esclave.
Si vous comprenez ces simples faits, alors, peu importe que vous soyez mariés ou non, vous pouvez être ensemble en vous donnant de l'espace l'un à l'autre, en n'interférant jamais dans l'individualité l'un de l'autre.
Tout d'abord, pourquoi devriez-vous vous marier ? vous aimez quelqu'un, vivez avec ce quelqu'un cela fait partie de vos droits fondamentaux. Vous pouvez vivre avec quelqu'un, vous pouvez l'aimer.
Si vous voulez participer au jeu de la société et si vous ne voulez pas rester isolé, à l'écart, faites clairement comprendre à votre épouse ou à votre mari que ce mariage est juste un jeu : ne le prenez jamais au sérieux. Je resterai aussi indépendant(e) que je l'étais avant le mariage et tu resteras aussi indépendant(e) que tu l'étais avant le mariage. Je n'interférerai pas dans ta vie, pas plus que toi, tu n'interféreras dans la mienne ; nous vivrons ensemble comme deux amis, partageant nos joies, partageant notre liberté mais sans devenir un fardeau l'un pour l'autre.
L'amour est la valeur la plus élevée de la vie : on ne devrait pas le réduire à des rituels stupides.
L'amour et la liberté vont de pair : vous ne pouvez choisir l'un et laisser l'autre. Un homme qui connaît la liberté est plein d'amour, et un homme qui connaît l'amour est toujours disposé à donner la liberté. Si vous ne pouvez donner la liberté à la personne que vous aimez, à qui pouvez-vous donner la liberté ?
Donner la liberté n'est rien d'autre que faire confiance. La liberté est une expression de l'amour.
L'égalité
La bêtise du mouvement de libération de la femme est d'essayer de prouver qu'hommes et femmes sont égaux. Ils ne le sont pas et quand je dis qu'ils ne le sont pas, je ne veux pas dire que l'un est supérieur et que l'autre est inférieur. Je veux dire qu'ils sont uniques : les femmes sont des femmes et les hommes sont des hommes, il n'est pas question de les comparer. L'égalité est hors de question. Non pas qu'ils soient inégaux, mais ils ne peuvent pas non plus être égaux : ils sont uniques.
Le contrôle des naissances
Pourquoi l'Eglise est-elle tellement opposée au contrôle des naissances ?
La politique est un jeu de nombres. Plus il y a de chrétiens, plus il y a de pouvoir entre les mains des prêtres chrétiens, du clergé. Personne ne s'intéresse à sauver qui que ce soit ; on ne s'intéresse qu'à accroître la population. L'Eglise catholique ne fait que publier continuellement des injonctions du Vatican pour s'opposer au contrôle des naissances, en disant que c'est un péché d'utiliser des méthodes de contrôle des naissances, que c'est un péché d'admettre l'avortement, de le propager ou de le légaliser.
Pensez-vous qu'ils s'intéressent aux enfants à venir ? Ils ne s'y intéressent pas ; ils n'ont que faire de ces futurs enfants. Ils poursuivent leur objectif tout en sachant parfaitement que si l'on n'utilise pas l'avortement, si on n'utilise pas de méthodes de contrôle des naissances, on arrivera au suicide global de l'humanité. Et ce n'est pas éloigné au point que vous ne puissiez prévoir la situation. d'ici une quinzaine d'années seulement, la population mondiale sera telle qu'il sera impossible de survivre.
Or, nulle part dans la Bible, il est dit que l'avortement est un péché. Nulle part dans la Bible, le contrôle des naissances n'est un péché, parce qu'on n'avait pas besoin de contrôle des naissances. Neuf enfants sur dix mouraient. Telle était la proportion d'enfants qui mouraient, et telle était la mortalité infantile en Inde il y a encore trente ou quarante ans ; seul un enfant sur dix survivait.... Actuellement, même en Inde, il ne meurt qu'un seul enfant sur dix.
L'anarchisme
Le communisme est la première étape. La seconde est la méditation et la troisième, c'est l'anarchisme. L'anarchisme n'est pas possible tant que les gens ne sont pas réellement, authentiquement spirituels. Le Prince Kropotkin, Tolstoï, Bakounin ils étaient tous inconscients du fait qu'ils parlaient des fleurs, mais ils avaient oublié les racines et le tronc. Vous ne pouvez pas créer de fleurs sans racines, sans tronc.
Le communisme, ce n'est que les racines, et le tronc, ce sera la méditation. Les fleurs, ce sera un monde sans aucune domination, sans aucune interférence dans la croissance personnelle un monde sans états, un monde sans frontière. Un monde simplement constitué d'individus pas d'organisations, de nations, de races.
Voilà les trois étapes, et je peux les voir clairement, car je ne suis identifié à aucune ni au communisme, ni à la spiritualité, ni à l'anarchisme. Je suis simplement un témoin. Je n'ai aucune implication avec qui que ce soit. Je suis juste un miroir capable de refléter la situation telle qu'elle est, et même le futur, tel qu'il pourra se développer si la bonne nourriture est donnée.
La nourriture végétarienne
Pourquoi ne permettez-vous pas de la nourriture non-végétarienne dans l'ashram ?
Cela n'a rien à voir avec la religion. C'est une question purement esthétique. Je ne suis pas quelqu'un qui pense que si vous absorbez de la nourriture non-végétarienne, vous ne vous illuminez pas. Jésus s'est illuminé, Mahomet s'est illuminé, Ramakrishna s'est illuminé. Cela n'a pas posé de problème. Vous pouvez manger de la nourriture non-végétarienne et vous illuminer. Il n'y a aucun problème religieux. C'est une question d'esthétique... de beauté.
L'euthanasie
Ma soeur a eu un accident, et depuis lors, elle ne peut plus bouger, elle ne voit plus, elle n’entend plus, elle ne parle plus. Vaut-il mieux la laisser mourir?
C’est l’une des questions les plus fondamentales qui se posent tout autour de la terre sous diverses formes. Pendant des siècles, nous avons accepté l’idée qu’il fallait éviter la mort, que c’était quelque chose de mauvais, que la vie était donnée par Dieu et que la mort était l’oeuvre du diable.
Même dans la profession médicale, tous les diplômés en médecine doivent faire le serment d’Hippocrate disant qu’ils n’aideront jamais personne à mourir, qu’ils contribueront de toutes les manières possibles à protéger la vie. C’était juste à l’époque d’Hippocrate, parce que sur dix enfants qui naissaient, un seul survivait et devenait adulte. Neuf allaient mourir, telle était la situation. A l’époque de Gautama Bouddha, la population mondiale était très peu nombreuse, vous auriez peine à l’imaginer. Elle n’était que de deux cents millions de personnes. A présent, l’Inde en compte presque un milliard. Le monde entier en compte plus de cinq milliards. De deux cents millions, en vingt-cinq siècles, on est passé à plus de cinq milliards de personnes, sur la même terre. Et la science médicale s’est immensément développée.
On disait qu’on pouvait espérer vivre soixante-dix ans au maximum. Pendant presque cinq mille ans, les scientifiques ont recherché des os, des squelettes afin de découvrir la durée de vie des hommes. Et ils sont parvenus à la conclusion que les gens ne vivaient pas plus de quarante ans alors il est juste de dire qu’à cette belle époque, un père ne voyait jamais la mort de son propre fils. C’est naturel. Si un père mourait à quarante ans, comment aurait-il pu voir la mort de son propre fils ?
Mais là, ces neuf petits enfants n’étaient pas inclus, car ils ne vivaient pas plus de deux ans. Alors, en réalité, chaque père voyait des douzaines de ses fils et filles mourir. Une fois qu’un enfant avait survécu plus de deux ans, il pouvait vivre au moins quarante ans. Naturellement, entre-temps, son père était mort.
Aujourd’hui, beaucoup de gens dépassent l’âge de cent ans et dans certaines parties du monde, vous pourrez trouver des hommes de cent ans travaillant toujours aux champs comme n’importe quel jeune homme. Certains scientifiques disent qu’il est possible, avec une alimentation correcte, des exercices corrects et une atmosphère correcte, que le corps d’une personne puisse vivre au moins trois cents ans. C’est une perspective très dangereuse, car après quatre-vingt-dix ou cent ans, vous en avez déjà tellement marre de la vie que ferez-vous pendant trois cents ans ? Les membres de votre propre famille ne vous reconnaîtront plus. En trois cents ans, votre descendance représentera tant de générations ils n’auront aucune relation avec vous. Le clivage sera trop grand.
Et que ferez-vous ? Vous avez vécu, vous avez aimé. Vous avez vu tout ce que recelait la vie les échecs, les succès, les douleurs, les plaisirs, les jours et les nuits. Vous avez vu toutes les saisons ; désormais, il n’y a rien de plus. C’est juste une répétition, la même roue qui tourne.
Nous devons reconsidérer tout le sujet de la mort. A mon avis, si une personne parvient à un stade où pour elle, vivre est devenu absolument inutile, où elle a assez vécu, cela ne devrait pas être illégal. Cela devrait être absolument permis; en fait, chaque hôpital devrait avoir un département spécial pour que des personnes puissent venir y mourir en paix, en silence, avec tous les soins médicaux appropriés. Ces soins médicaux ne sont pas là pour les maintenir en vie, ils sont là pour les aider à mourir bellement, aussi silencieusement que possible.
Je suggère que chaque département consacré à la mort ait un méditant capable d’aider les gens à apprendre la méditation, ainsi ils pourront mourir de façon méditative. Leur mort peut devenir une expérience extrêmement précieuse, peut-être plus précieuse encore que ne le fut toute leur vie. Ils ne commettent aucun péché.
On peut prendre le temps d’y penser. Peut-être qu’en ce moment, une personne est troublée émotionnellement. Il s’est peut-être produit quelque chose qui lui fait penser qu’il vaut mieux en finir avec la vie. On devrait laisser du temps aux gens, on devrait leur dire : « Entrez à l’hôpital, reposez-vous pendant un mois, préparez-vous à la mort. Nous vous aiderons. Mais si pendant ce mois, vous changez d’avis, c’est votre décision. Vous pouvez vous lever et vous en aller ! Personne ne vous force. »
Et souvenez-vous qu’aucune émotion ne dure plus de quelques minutes. S’ils avaient attendu une minute de plus, ceux qui se suicident ne l’auraient peut-être pas fait. C’est une chose momentanée. Mais si pendant tout un mois, quelqu’un éprouve continuellement du plaisir, s’il est heureux, s’il se réjouit vraiment de la mort comme d’une aventure, alors c’est notre devoir de lui permettre de quitter le corps aussi gracieusement que possible.
Pour répondre à la question, j’ai dû donner toute cette introduction de façon à ce que vous puissiez comprendre que la mort n’est pas quelque chose de mauvais, que c’est quelque chose de naturel. Mais la question ne concerne pas une personne âgée. Elle concerne une soeur plus jeune, qui ne peut pas bouger, qui ne peut pas voir, qui ne peut pas entendre, qui ne peut pas parler. Tous ses sens sont absents. Comment pouvez-vous qualifier cela de vie ? C’est simplement végéter. Et elle doit vivre dans une souffrance incroyable. Cela, nous ne pouvons pas le voir, car elle ne peut rien dire. Elle n’a aucune porte pour communiquer. Elle est parfaitement seule, coupée de toute vie. A quoi bon végéter pendant soixante-dix, quatre-vingts ou quatrevingt- dix ans ou peut-être davantage ? Elle est une charge pour sa famille, une source de tristesse. Elle vit un enfer absolu, car elle est totalement prisonnière.
Mettez-vous simplement à sa place. Il ne peut pas exister plus grand camp de concentration ; vos yeux vous sont enlevés, vos oreilles se sont fermées, vous ne pouvez pas parler. Vous êtes dans un coma. Il existe de nombreuses personnes dans cette situation. Personnellement, j’ai vu une femme qui était depuis neuf mois dans le coma. Les médecins disaient qu’elle ne pourrait jamais revenir à la conscience ; elle avait été si longtemps inconsciente que le délicat système nerveux qui nous maintient conscient était quasiment détruit. Ils me montrèrent des scanners de son cerveau et me dirent que tous les points qui permettent à quelqu’un d’être conscient étaient morts. Elle allait rester inconsciente et ce peut-être pendant cinquante ans, car quand je l’ai vue, elle n’avait pas plus de trente ans. C’est un poids constant pour la famille, le mari, les enfants. Ils ne peuvent rien faire, ils sont tout simplement impuissants. Les médecins ne peuvent rien faire, ils sont impuissants. Mais la loi interdit d’aider quelqu’un à mourir ; s’ils passaient outre, les médecins seraient des criminels. On penserait que ce sont des assassins.
La loi est primitive. Elle ne comprend pas la compassion. Cette femme a besoin d’une mort clémente. Elle ne peut même pas demander sa mort !
La soeur de celui qui pose la question ne peut même pas demander sa propre mort. Mais ceux qui l’aiment devraient en faire la demande au gouvernement du pays auquel elle appartient. Vous devriez exposer son cas devant les tribunaux et insister sur le fait que la maintenir en vie, ce n’est pas de la compassion. Ce n’est pas de l’amour, c’est une idée parfaitement primitive, sans réalité contemporaine. Faites-leur savoir que toute la famille est prête, qu’elle devrait être délivrée de cette prison pour avoir accès à une nouvelle naissance, à un nouveau corps avec des yeux, des oreilles, un corps qui puisse parler, marcher. Pour elle, sa mort ne sera pas une calamité, ce sera une bénédiction.
Je vous exprime simplement mon approche. Je ne vous dis pas de la suivre, car dans votre pays, ça pourrait être illégal. Vous devez prendre en considération les lois de votre gouvernement et en faire un débat national, car il ne s’agit peut-être pas uniquement de votre soeur. Il existe peut-être bien d’autres enfants et jeunes gens qui souffrent pareillement pour la seule raison que la loi interdit à tout membre du corps médical d’aider qui que ce soit à quitter son corps.
Il est temps de le comprendre, et la profession médicale devrait le comprendre le serment d’Hippocrate ne devrait plus être celui des étudiants en médecine. On devrait leur proposer un serment qui aide la personne à vivre si elle peut vivre bien, en abondance. Mais si une personne ne peut pas vivre et qu’on se contente de l’aider à respirer… Respirer, ce n’est pas vivre. Alors, il vaut mieux aider la personne à mourir. Dans les deux cas, vous êtes compatissant. Soit vous servez la vie, soit vous servez la mort cela n’a pas d’importance. Votre compassion devrait s’assurer que la personne accède à un meilleur espace, à une vie meilleure.
Et chaque pays devrait faire passer une loi, tout comme la plupart des pays acceptent aujourd’hui le contrôle des naissances. C’est une des extrémités de la vie ; vous empêchez des enfants de naître. Si vous avez accepté cela, alors à l’autre bout, vous devriez permettre aux vieillards qui veulent quitter le monde de le faire cérémonieusement. Ils peuvent inviter tous leurs amis, tous leurs parents. Ils peuvent vivre avec leur famille pendant un mois, car désormais, c’est le temps qu’il leur reste à vivre.
Votre naissance ne dépend pas de vous, mais vous pouvez au moins être libre de choisir votre mort. Dans le monde, quelques gouvernements permettront bientôt aux gens d’atteindre plus vite l’autre extrémité de la vie. Le monde est surpeuplé. D’un côté, on les empêche de venir et de l’autre, on devrait les laisser-aller, de façon à ce que le monde soit moins pauvre et moins encombré.
Et la question, ce n’est pas seulement que le monde soit moins pauvre et moins encombré, il s’agit aussi des personnes. Dans près de la moitié des pays occidentaux, en Amérique en particulier, des centaines de milliers d’individus vivement tout simplement à l’hôpital. Ils ont quatrevingt- dix ou cent ans. Ils ne peuvent plus vivre chez eux, car ils ne peuvent même plus respirer tout seuls. Pourtant, on les maintient en vie pourquoi ? On les fait respirer artificiellement. Pour ces gens-là, je ne pense pas que ce soit un plaisir. Ils ne rentreront jamais à la maison. Ils mourront à l’hôpital. Et logiquement, je ne vois pas la raison pour laquelle on les fait respirer artificiellement. Si leur corps ne parvient plus à respirer, je vous en prie, laissez- le tranquille. C’est une affaire personnelle.
Vous interférez trop. Vous ne les laissez pas mourir. Ils sont déjà morts et vous les forcez à vivre alors même que vous n’en voyez pas la raison. Et quand vous maintenez en vie des milliers de personnes qui devraient reposer dans leur tombe qui utilisent inutilement tant de lits d’hôpital, de machines et de soins, le temps des médecins quel est votre but ? D’ici deux ou trois ans, elles refuseront même l’air artificiel. Elles le refuseront, le rejetteront. Il ne se passera rien d’autre. Mais pendant ces trois années-là, vous les torturerez inutilement. Et on croit rendre service, on croit qu’il s’agit de compassion. On pense que c’est chrétien ! C’est simplement de la cruauté ! Laissez ces pauvres gens mourir. Et il y a des milliers de personnes dans le monde qui sont prêtes à quitter leur corps, car pour elles, il n’est que souffrance. Avec tant de maladies, tant de maux, elles ne sont plus en mesure de faire quoi que ce soit. Elles ne sont plus en mesure de jouir de quoi que ce soit.
Mais c’est un monde très étrange. Il persiste à suivre de vieilles lois qui ont perdu toute réalité, qui ne sont devenues que des ombres du passé et qui, aujourd’hui, torturent inutilement l’humanité.
Ma suggestion, c’est que votre soeur puisse être libérée de ce corps, car pour elle, il n’est rien d’autre qu’une prison. Si vous l’aimez, vous devez lui dire au revoir. Avec des larmes, de la tristesse, mais pourtant, il vous faudra dire au revoir. Il vous faudra méditer et prier pour qu’elle aille dans un corps meilleur. Mais faites une demande au gouvernement, créez un mouvement, de façon à ce que ce ne soit pas que votre soeur qui soit aidée. Il y a bien d’autres personnes dans sa situation. Et faites autant de tumulte que possible, ce n’est qu’à ce moment-là qu’on permettra à votre soeur d’avoir une mort paisible. Et ne vous faites pas de soucis car votre être le plus intime ne meurt jamais.
Extrait du livre Compassion d'Osho
La peine de mort
La peine de mort est une preuve dégradante de l’inhumanité de l’homme envers l’homme. Elle montre que l’homme vit toujours dans une ère barbare. La civilisation reste toujours une idée elle n’est pas devenue une réalité.
Il vous faudra considérer tous les aspects pour comprendre pourquoi une chose aussi idiote que la peine de mort continue d’être utilisée dans tant de civilisations, de cultures, de nations. Dans quelques pays où on l’avait abandonnée, elle a été rétablie à nouveau. Dans d’autres pays où elle a été abandonnée, elle a été remplacée par l’emprisonnement à vie ce qui est pire que la peine de mort elle-même. Il vaut mieux mourir en un seul instant que de mourir à petit feu pendant cinquante, soixante ans. Ce passage de la peine de mort à la condamnation à perpétuité ne va pas dans le sens de la civilisation, on s’enfonce encore plus profondément dans une inconscience, une obscurité inhumaine et barbare.
La première chose à comprendre, c’est que la peine de mort n’est pas réellement un châtiment. Si vous ne pouvez pas donner la vie comme récompense, vous ne pouvez pas donner la mort comme punition. C’est simplement logique, il ne peut pas y avoir deux opinions à ce sujet. Si vous ne pouvez pas donner aux gens la vie, de quel droit la leur enlevez-vous ?
Cela me rappelle une histoire vraie.
Deux criminels découvrirent un trésor qui était caché dans un château. Bien des fois, des gens avaient tenté de pénétrer dans ce château pour le voler, et on les avait attrapés, mais d’une certaine manière, ces criminels y parvinrent. Le trésor était énorme, et l’un des deux décida qu’il n’allait pas le partager. Une solution, c’était de tuer l’autre, mais ce faisant, il pouvait se faire attraper. Il ne pouvait pas prendre de risque, car tout le trésor se trouvait entre ses mains.
Il y parvint d’une façon très rusée. Il disparut et répandit la rumeur qu’il avait été assassiné. Il laissa des preuves indiquant que son ami était l’assassin. On attrapa l’ami avec toutes les preuves : il manquait deux balles à son revolver et ses empreintes se trouvaient sur l’arme. Un mouchoir brodé à son nom avait été laissé sur le lieu du crime… Il ne put pas prouver son innocence ; il n’y avait pas moyen, tout était contre lui. On le condamna à mort. Il savait qu’il n’avait pas assassiné son ami ; il savait que c’était un complot. Son ami n’était pas mort ; c’était juste un truc pour garder tout le trésor pour lui.
Mais l’homme s’évada de prison avant d’être exécuté. Douze ans plus tard, quand il entendit dire que l’autre qui avait changé son identité et qui était devenu un politicien respecté était mort, il approcha les autorités. Il dit à la Cour c’était le même juge: «Je suis l’homme que vous avez condamné à mort il y a douze ans, mais je me suis échappé. Et j’étais parfaitement innocent, mais je n’avais aucune preuve. » En fait, l’innocence n’a jamais aucune preuve. Les preuves sont pour ou contre le crime, mais l’innocence n’a pas de preuves. Il dit : « A présent, l’homme que vous avez condamné il y a douze ans pour assassinat vient de mourir c’est le même homme. Je ne peux donc pas l’avoir assassiné à l’époque. » Il ajouta : « Le seul crime que j’ai commis fut de m’échapper de prison, mais pouvez-vous qualifier cela de crime ? Quand vous condamnez à mort un homme innocent, qui est le criminel vous ou moi ? »
L’histoire a des implications multiples. L’homme demanda: « Si j’avais été condamné à mort, si je ne m’étais pas évadé et si j’avais été exécuté, quelle aurait été la situation aujourd’hui ? Si on avait découvert que l’homme censé avoir été assassiné était vivant, auriez-vous pu me rendre la vie ? Si vous ne pouvez pas me rendre la vie, de quel droit pouvez-vous me l’enlever ? »
On dit que le juge donna sa démission, s’excusa auprès de l’homme et dit : «Peut-être que dans ma vie, j’ai commis de nombreux crimes. »
En réalité, partout dans le monde, on est coupable à moins d’avoir prouvé son innocence. Cela s’oppose à tous les idéaux humanitaires, à la démocratie, à la liberté, au respect de l’individualité ; cela s’oppose à tout. La règle dit qu’à moins d’être reconnu coupable, vous êtes innocent c’est ce que disent les mots mais en réalité, c’est juste le contraire.
Constamment, l’homme dit une chose et fait exactement le contraire. Il parle d’être civilisé, cultivé il n’est pas civilisé, il n’est pas cultivé. La peine de mort en est une preuve suffisante.
C’est une loi barbare : oeil pour oeil, dent pour dent. On vous coupe une main, une simple loi l’autorise, c’est le fait d’une société barbare. La peine de mort, c’est exactement la même loi : oeil pour oeil. Si on pense qu’un homme est un assassin, il faut l’assassiner. C’est étrange : si tuer quelqu’un est un crime, alors, comment effacera-t-on le même crime commis par la société ? Il y avait un cadavre, maintenant, il y en a deux. Et prouver un meurtre n’est pas chose facile, il n’est pas absolument certain que la victime ait été assassinée par l’autre. Si l’assassinat est mauvais, qu’il soit commis par un individu ou par une société et ses tribunaux ne fait aucune différence.
Tuer est certainement un crime. La peine de mort est un crime commis par la société contre un individu seul et impuissant. Je ne peux pas qualifier cela de châtiment, c’est un crime.
Et vous pouvez en comprendre la raison: c’est une façon de se venger. La société se venge parce qu’un individu n’a pas suivi les règles. La société est prête à le tuer mais personne ne veut savoir que si un individu commet un crime, c’est qu’il est malade psychologiquement. Plutôt que de l’envoyer en prison ou de l’exécuter, on devrait l’envoyer dans un lieu où on peut le traiter physiquement, psychologiquement, spirituellement. Il est malade ; il a besoin de toute la compassion de la société, il n’est pas question de châtiment.
Oui, c’est vrai quelqu’un a été assassiné. Mais on ne peut rien y faire. Si vous assassinez le meurtrier, pensezvous que l’autre retrouvera la vie pour autant ? Si c’était possible, je soutiendrais tout à fait l’idée de supprimer le meurtrier il n’est pas digne de faire partie de la société et on devrait rendre la vie à l’autre. Mais c’est impossible. L’autre est parti pour toujours ; il n’y a aucun moyen de lui redonner la vie. Oui, vous pouvez également tuer le meurtrier. Vous essayez de laver le sang avec du sang, la boue avec de la boue.
Vous n’avez pas conscience de ce qui s’est passé dans l’histoire. Il y a trois cents ans, dans de nombreuses cultures, on pensait que le fou faisait semblant. Dans de nombreuses cultures, on pensait qu’il était possédé par des esprits. Dans d’autres, on pensait qu’il était fou, mais qu’on pouvait le traiter. Ce sont là les trois façons dont on prenait soin des fous.
On les traitait en les battant étrange traitement ! Et en leur enlevant du sang. Actuellement, vous faites des transfusions ; on faisait juste le contraire on saignait les personnes, car on pensait qu’elles avaient trop d’énergie. Naturellement, la personne s’affaiblissait. Comme on lui enlevait trop de sang, elle commençait à montrer des signes de faiblesse et on pensait l’avoir guérie de sa folie.
En étant battu, naturellement, il arrivait parfois que quelqu’un retrouve ses esprits. C’est comme si une personne était endormie, que vous vous mettiez à la frapper et qu’elle se réveille. Le fou est tombé hors de son mental conscient ; si vous le frappez dur, il est possible que parfois, il s’éveille à nouveau à la conscience. Cela devint la preuve que les coups étaient le traitement adéquat. Cela se produisait rarement ; dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas, c’était une torture inutile. Mais cette exception-là devint la règle.
On pensait que les fous étaient possédés par des esprits, des fantômes ; là aussi, on eut l’idée de les frapper. S’ils étaient possédés par des fantômes, ces coups affecteraient uniquement les fantômes. Vous ne frapperez pas le corps des personnes, en réalité, vous frapperez les esprits qui l’habitent. Ainsi ils s’enfuiront. Et de temps à autre, quelqu’un retrouvait ses esprits mais rarement, moins de un pour cent, pas plus.
Je suis allé dans un endroit célèbre pour sa façon de traiter les fous. On y emmenait des centaines de fous. C’était un temple au bord d’une rivière. Le prêtre de ce temple avait dû être boucher dans une centaine de vies au moins. Il en avait l’allure et distribuait à tous des raclées. Ces fous étaient enchaînés, on leur donnait une bonne raclée, aucune nourriture et de puissants laxatifs. J’ai observé que parfois, quelqu’un retrouvait ses esprits. Quelques jours de puissants laxatifs, aucune nourriture, cela nettoyait leur système interne. Les coups leur redonnaient un peu de conscience. Aucune nourriture, la faim un homme affamé ne peut pas se permettre d’être fou, son corps subit une telle torture. Pour être fou, vous avez besoin d’un peu de confort dans votre vie.
Vous pouvez l’observer plus une société vit dans le confort, dans le luxe, plus la culture est riche, plus les gens deviennent fous. Plus une société est pauvre famine, disette moins les gens deviennent fous. Pour commencer, la folie a besoin d’un mental. Mais la personne affamée n’a aucune nourriture pour son mental. Elle est sous-alimentée, son mental n’est donc pas dans une situation qui lui permette de devenir folle. Pour cela, le mental a besoin de plus d’énergie qu’il n’en faut pour survivre. La folie est la maladie de l’homme riche. Le pauvre ne peut pas se la permettre.
Ainsi, quand vous affamez une personne et que vous lui donnez des laxatifs, cela nettoie son système interne, cela l’affame à tel point qu’elle se branche sur le corps. Elle oublie le mental. Son intérêt premier, c’est son corps. Elle ne s’intéresse plus au mental et à ses jeux.
La folie est un jeu du mental.
Parfois, des gens guérissaient dans ce temple. Ce un pour cent de guérison a permis à la rumeur de se répandre et on y a amené des gens par centaines. Le temple devint très riche. Je m’y suis souvent rendu, mais une seule fois, j’ai rencontré un homme qui s’y était guéri ; les autres retournaient chez eux battus, affamés encore plus malades, plus faibles. Suite au traitement de ce prêtre beaucoup moururent.
Mais en Inde, si le traitement est donné par un prêtre dans un temple, un lieu sacré, mourir n’est pas un crime ; en fait, on se dit que vous avez eu de la chance de mourir dans un lieu sacré. Vous renaîtrez avec un niveau de conscience supérieur. Ce n’est donc pas considéré comme un crime. Et pendant des siècles, dans le monde entier, des prêtres ont traité des fous de cette façon.
A présent, nous savons qu’une personne folle ne peut pas être traitée ainsi. On mettait les fous en prison, dans des cellules d’isolation. Dans le monde, cela se passe encore, car on ne sait pas quoi faire d’autre. Pour cacher notre ignorance, nous mettons des fous en prison. Ainsi, nous pouvons les oublier, ignorer le fait qu’ils existent.
Dans ma ville, l’oncle d’un de mes amis était fou. C’étaient des gens riches. J’allais souvent chez eux, mais ce n’est qu’après des années que j’ai pris conscience qu’un des oncles de mon ami était enchaîné dans un sous-sol. J’ai demandé : « Pourquoi ? » Ils répondirent : « Il est fou. » Il n’y avait que deux issues : soit on le gardait à la maison, enchaîné. Et bien sûr, on ne peut pas l’enchaîner à l’étage, sinon les gens qui nous rendent visite se feraient du souci, cela les préoccuperait. Et ses enfants, sa femme, qui verraient leur père, leur mari dans cet état… ce serait terrible. L’envoyer en prison aurait terni la réputation de la famille, alors on a trouvé une solution. On l’a emprisonné dans le sous-sol. Une servante lui apporte de la nourriture. Sinon, personne ne va le voir, il ne rencontre personne. J’ai persuadé mon ami: « J’aimerais rencontrer ton oncle. » Il dit : « Mais je ne peux pas venir avec toi c’est un homme dangereux, il est fou ! Même s’il est enchaîné, il peut faire quelque chose. » J’ai répondu : « Il peut tout au plus me tuer. Reste juste derrière moi. Comme ça, s’il me tue, tu peux t’enfuir mais j’aimerais y aller. » Comme j’ai insisté, il parvint à obtenir la clé de la servante qui s’occupait de sa nourriture. En trente ans, j’étais la première personne du monde extérieur, à part la servante, à le rencontrer. Cet homme avait peut-être été fou un jour je ne saurais le dire mais à ce moment-là, il n’était pas fou. Mais personne n’était prêt à l’écouter, parce que tous les fous disent : « Nous ne sommes pas fous. » Quand il disait à la servante : « Dis à ma famille que je ne suis pas fou », elle se mettait tout simplement à rire. Finalement, la servante l’a dit à la famille, mais personne n’en a pris note. Quand j’ai vu cet homme, je me suis assis avec lui, nous avons parlé. Il était aussi sain d’esprit que n’importe qui d’autre peut-être même davantage, car il m’a dit : « Rester là pendant trente ans a été une expérience immense. En fait, j’ai de la chance de me retrouver en dehors de votre monde de fous. Ils pensent que je suis fou laissons-les penser, ça ne fait pas de mal mais en fait, j’ai de la chance d’être en dehors de votre monde de fous. Qu’en pensez- vous ? », me demanda-t-il. Je répondis : «Vous avez parfaitement raison. Le monde extérieur est bien plus fou qu’il y a trente ans, quand vous l’avez quitté. En trente ans, tout a beaucoup évolué la folie aussi. Vous devriez arrêter de dire aux gens que vous n’êtes pas fou ; ils pourraient vous faire sortir ! Vous vivez une vie parfaitement magnifique. Vous avez assez d’espace pour marcher…» Il répondit : « Ici, c’est le seul exercice que je puisse faire marcher. » Je me suis mis à lui enseigner vipassana. J’ai dit : « Ce sont de bonnes conditions pour devenir un bouddha : aucun souci, aucun dérangement, personne qui vous ennuie. Vous êtes réellement béni. » Et la dernière fois que je l’ai rencontré, avant sa mort, j’ai pu voir sur son visage, dans ses yeux, qu’il n’était plus le même en lui, une transformation totale, une mutation s’était effectuée.
Les fous ont besoin de méthodes de méditation pour pouvoir sortir de leur folie. Les criminels ont besoin d’aide psychologique, de soutien spirituel. Ils sont vraiment profondément malades, et vous punissez des gens malades. Ce n’est pas de leur faute. Si quelqu’un tue, cela signifie qu’il a longtemps porté en lui une tendance à tuer. Ce n’est pas tout à coup, de nulle part, qu’on assassine quelqu’un.
Si un meurtre se produit, il faut regarder la société, c’est toute la société qui doit en subir la peine. Pourquoi une chose pareille s’est-elle produite ? Qu’avez-vous fait au meurtrier ? Pourquoi cet homme est-il devenu destructeur ? La nature donne à tous l’énergie d’être créatif. Elle ne devient destructrice que quand elle est obstruée, quand aucun flux naturel n’est permis. Quand l’énergie s’exprime de façon naturelle, la société l’en empêche, elle le handicape ; elle la détourne dans une autre direction. L’homme ne tarde pas à se retrouver dans la confusion. Il ne sait plus ce qui est quoi. Il ne sait plus ce qu’il fait, pourquoi il le fait. Les raisons originelles sont laissées loin derrière ; il a pris tant de tournants qu’il en est devenu un puzzle.
Personne n’a besoin de la peine de mort, personne ne la mérite. En fait, ce n’est pas juste la peine de mort, ce sont toutes les autres formes de punitions qui ne sont pas justes, car la punition ne guérit jamais personne. Chaque jour, le nombre de criminels ne cesse de s’accroître ; chaque jour, vous construisez davantage de prisons. C’est étrange. Il ne devrait pas en être ainsi. Ce devrait être juste le contraire. Avec tant de tribunaux, tant de châtiments et tant de prisons, le crime devrait diminuer, le nombre de criminels devrait diminuer. Au fil du temps, les prisons devraient être moins nombreuses, de même que les tribunaux. Et ce n’est pas ce qui se produit.
C’est parce que tout votre raisonnement est faux. On ne peut pas éduquer les gens en les punissant. C’est ce que vos juristes, vos experts légaux, vos politiciens font depuis toujours : « Si vous ne punissez pas les gens, comment allez-vous leur apprendre ? Tout le monde se mettra à commettre des crimes. Nous devons punir les gens pour qu’ils aient peur. » Ils pensent que la peur est la seule façon d’enseigner et la peur n’est absolument pas une façon d’enseigner! La punition enseigne aux gens à faire connaissance de la peur, de façon à ce que le choc original ne soit plus là. Ils savent ce qui peut arriver : «Vous pouvez tout au plus me frapper. Et si un autre peut le supporter, je le peux également. De plus, sur cent voleurs, vous ne pouvez en attraper qu’un ou deux. A présent, si vous n’êtes même pas prêts à prendre ce genre de risque quatre-vingt-dix-huit pour cent de succès, deux pour cent d’échec quel type d’homme êtes-vous ? »
Personne n’apprend à travers le châtiment. Même celui qui est puni n’apprend pas ce que vous voulez qu’il apprenne. Oui, il apprend quelque chose d’autre ; il apprend à avoir la peau dure.
Et une fois que quelqu’un va en prison, la prison devient sa maison. Il y trouve des gens qui ont le même esprit que lui. Là, il trouve sa vraie société. A l’extérieur, il était un étranger ; en prison, il est dans son monde. Tous comprennent le même langage, et ce sont des experts. Il se peut que vous ne soyez qu’un amateur, un apprenti ; c’est peut-être votre premier coup.
Un homme entra en prison et, dans l’obscurité de la cellule, il vit un vieillard qui se reposait. Le vieillard lui demanda : « Combien de temps vas-tu rester là ? » Le nouveau venu répondit : «Pendant dix ans. » Le vieillard dit : « Dans ce cas, tu peux rester près de la porte. Seulement dix ans ! Tu sembles être un amateur. Je vais rester ici cinquante ans, tu peux donc te mettre près de la porte. Tu seras bientôt dehors. »
Mais quand vous passez dix ans avec des experts, bien entendu, vous apprenez toutes leurs techniques, leurs stratégies, leurs méthodes. Vous profitez de leur expérience. Votre prison est une sorte d’université où l’on enseigne le crime aux frais du gouvernement. Vous y trouverez des professeurs du crime, doyens de faculté du crime, vicechanceliers, chanceliers toutes sortes de gens qui ont commis tous les crimes imaginables. Il est certain que les nouveaux venus se mettront à apprendre. Je me suis rendu dans de multiples prisons, et partout, le climat était essentiellement le même. L’idée commune de toutes les prisons, de tous les pénitenciers que j’ai visités, c’est que ce n’est pas le crime qui vous conduit en prison, c’est le fait d’être pris. Il vous faut donc apprendre la bonne façon de commettre un méfait. La question n’est pas de faire bien, la question est de faire mal de la bonne façon. Et en prison, chaque prisonnier apprend la bonne façon de commettre un méfait. En fait, j’ai parlé avec des prisonniers qui m’ont dit: « Nous nous réjouissons de sortir de prison aussi vite que possible. Nous avons tant appris, on veut passer à la pratique. Il nous manquait juste les aspects pratiques, avant de nous faire prendre, notre savoir n’était que théorique. Pour ce qui est de l’enseignement pratique, une société prisonnière doit vous l’enseigner. »
Une fois que quelqu’un est devenu récidiviste, il ne se trouvera nulle part à l’aise à ce point ; tôt ou tard, il retournera en prison. Au fil du temps, la prison est devenue sa société alternative. C’est plus confortable, il s’y sent davantage à la maison ; personne ne le méprise. Chacun est un criminel. Personne n’est un prêtre, personne n’est un sage, personne n’est un saint homme. Tous sont de pauvres êtres humains, avec toutes les faiblesses et fragilités imaginables. A l’extérieur, il se sentira rejeté, abandonné.
Dans ma ville vivait un récidiviste permanent. C’était un très bel homme, il s’appelait Barkat Mianet. Il passait quasiment neuf mois en prison par année et trois à l’extérieur. Durant ces trois mois, chaque semaine, il devait se présenter au poste de police pour prouver que tout allait bien et qu’il était toujours là. Mais j’entretenais une grande amitié avec cet homme-là. Mes parents étaient fort en colère ; ils me dirent : «Pourquoi tiens-tu compagnie à ce Barkat, on reconnaît un homme à sa compagnie. » J’ai répondu : «Je vous comprends. Cela signifie qu’on connaîtra Barkat à travers moi, mais donner à quelqu’un un peu de respectabilité n’est pas un mal. » Ils s’exclamèrent : « Quand verras-tu correctement les choses ? » J’ai dit : «Je les vois de façon parfaitement correcte. Ce n’est pas Barkat qui me dégrade, c’est moi qui l’élève. Croyez-vous que ce qu’il a de mauvais est plus fort que ce que j’ai de bon ? Vous ne faites pas confiance à mon intégrité, vous faites confiance à celle de Barkat. Quelle que soit votre opinion, je me fais confiance. Barkat ne peut pas me faire de mal. Si un mal peut être fait, c’est moi qui le ferai à Barkat. » C’était vraiment un bel homme, aimable. Il me disait: « Tu ne devrais pas venir vers moi. Si tu veux me rencontrer, me parler, on peut s’arranger pour se rencontrer en dehors de ville, au bord de la rivière. » Il vivait près du cimetière musulman où personne ne va, à moins de mourir ; on ne s’y rend qu’une seule fois. Il n’avait pas la permission de vivre en ville. Personne n’était prêt à lui louer une maison. Peu importe le loyer qu’il était prêt à payer, personne n’en voulait. Personne ne voulait de lui. J’ai demandé à Barkat: «Comment es-tu devenu un voleur ? » Il répondit : « La première fois que je me suis retrouvé en prison, j’étais parfaitement innocent, mais j’étais pauvre. Je n’ai pas pu payer les services d’un avocat et ceux qui m’ont fait mettre en prison avaient des intérêts cachés. Mes parents sont morts quand j’étais très jeune, quatorze ou quinze ans. Mes autres parents voulaient s’approprier tous les biens de la famille, la maison, les terres mais pour ce faire, il fallait se débarrasser de moi. Ils y sont tout simplement parvenus. A la maison, ils ont glissé quelque chose dans mon sac et je n’ai pas pu m’en sortir. On a trouvé cette chose-là dans mon sac, et on m’a expédié en prison. Quand j’en suis revenu, mes terres étaient liquidées, ma maison vendue, mes parents avaient réussi à tout disperser et distribuer. Je me suis simplement retrouvé à la rue. Quand j’y suis entré, j’étais innocent, mais quand j’en suis ressorti, je ne l’étais plus, car j’étais monté en grade. J’ai raconté à tous les prisonniers ce qui m’était arrivé je n’avais que dix-sept ans. Ils me dirent : “Ne te fais pas de soucis, ces neuf mois seront vite passés, mais pendant ce temps-là, on va fignoler ta formation. Tu seras en mesure de te venger de tout le monde.” »
« D’abord, j’ai commencé par me venger de tous mes parents c’était simplement oeil pour oeil. On m’avait forcé à devenir voleur, j’ai donc prouvé qu’à présent j’en étais un. Je me suis concentré sur le gang de mes parents et j’ai volé tout ce qu’ils avaient. Je me suis de plus en plus impliqué. On peut s’en sortir dans dix cas, mais au onzième, on est pris. Quand on vieillit, on devient plus efficace et on vous attrape de moins en moins souvent. Mais désormais, il n’y a plus de problème ; en fait la prison est un endroit relaxant. Ça vous fait des vacances : plus de travail, ni de soucis de toutes sortes. Quelques mois de prison sont bons pour la santé la vie est disciplinée, vous vous levez, allez au travail, allez vous coucher à heures fixes. Vous avez suffisamment de nourriture pour vous maintenir en vie. » Il dit : « En prison, je ne suis jamais malade, sauf quand je fais semblant dans le but de passer des vacances à l’hôpital. Dehors, je tombe malade, mais jamais dedans. Dehors, le monde est étranger ; tout le monde est supérieur et moi je suis inférieur. Ce n’est qu’en prison que j’éprouve un sentiment de liberté. » Etrange ! Quand il a dit cela, je me suis exclamé: «Tu dis que tu te sens libre en prison ? » Il répondit : « Il n’y a qu’en prison que je me sente libre. »
Quelle sorte de société est-ce là si les gens se sentent libres en prison et emprisonnés à l’extérieur ?
Et c’est quasiment l’histoire de chaque criminel. Au début, il s’agit d’une petite chose peut-être qu’il avait faim, qu’il avait froid, qu’il avait besoin d’une couverture et il l’a tout simplement volée de petites nécessités qui doivent être satisfaites ; sinon la société n’aurait pas produit ces gens. Personne ne demande à la société de les produire. D’un côté, vous procréez de plus en plus, et de l’autre, il n’y a pas suffisamment de nourriture, d’abris et de vêtements pour eux. A quoi pouvez-vous donc vous attendre ? Vous les mettez dans une situation où inévitablement, ils deviennent des criminels.
La population mondiale doit être réduite d’un tiers si on veut que le crime disparaisse.
Mais personne ne le souhaite, car la disparition du crime signifierait la disparition de vos juges, de vos juristes, de vos experts légaux, de vos parlements, de vos policiers, de vos gardiens de prison. Cela créera beaucoup de problèmes de chômage; personne ne veut que les choses changent pour le mieux.
Tout le monde dit que les choses devraient changer pour le mieux, mais tout le monde les empire, car ce qu’il y a de pire crée plus d’emploi. Plus les choses vont mal, plus vous avez de chances de vous sentir bien. Vous avez besoin des criminels pour vous sentir vraiment moral, vraiment respectable. Les pécheurs sont nécessaires pour que les saints puissent sentir qu’ils sont des saints. Sans pécheurs, qui sera un saint ? Si toute la société était composée de bonnes gens, pensez-vous qu’on se souviendrait de Jésus après deux mille ans ? Pourquoi ? Seule une société criminelle se souviendra de Jésus pendant deux mille ans. C’est facile à comprendre. Pourquoi vous souvenez-vous de Gautama Bouddha? S’il y avait des millions de bouddhas, de gens éveillés dans le monde, vous n’y prendriez pas garde. Qu’avait Gautama Bouddha de spécial ? Dans une foule, il aurait été perdu. Mais vingt-cinq siècles ont passé et il se tient comme un pilier, une cime bien au-dessus de vos têtes.
En fait, Bouddha, Jésus, Mahomet, Mahavira ne sont pas des géants c’est vous qui êtes des Pygmées. Et chaque géant a intérêt à ce que vous restiez un Pygmée ; je n’ai aucun intérêt caché. Je suis juste moi-même. Je ne me compare à personne, alors personne n’est plus bas que moi et personne n’est plus haut non plus. A cause de ce simple fait, je peux voir directement ; il n’y a aucun intérêt caché qui puisse perturber ma vision. Et c’est ma réponse immédiate à la question de la peine de mort c’est simplement la preuve que l’homme a encore besoin d’être civilisé, qu’il a besoin d’être cultivé, qu’il a besoin de reconnaître les valeurs humaines.
Dans ce monde, personne n’est un criminel, personne ne l’a jamais été. Oui, il y a des gens qui ont besoin de compassion pas d’emprisonnement, pas de châtiments. Toutes les prisons devraient être transformées en centres de soins psychologiques.
Extrait du livre Compassion d'Osho
Je condamne les religions organisées
Une religion organisée est une autre forme de politique. Tout comme j’ai toujours condamné la politique comme étant l’activité la plus vile que des êtres humains puissent avoir, mon attitude est la même face aux religions organisées. Vous pouvez le voir : les prêtres et les politiciens ont toujours conspiré contre l’humanité. Ils se sont soutenus les uns et les autres. Ils se sont tout partagé entre eux, et c’est ainsi que votre vie matérielle appartient au politicien c’est lui qui la gouverne et que votre vie intérieure appartient au prêtre là, c’est lui qui gouverne.
Leur désir secret n’est pas de chercher Dieu, de chercher la vérité ; ce ne sont pas des chercheurs, ce sont des exploiteurs.
Les religions organisées que ce soit le christianisme, l‘hindouisme ou l’islam n’ont jamais été des chercheuses de vérité.
Vous devriez vous rappeler que Gautama Bouddha n’appartenait à aucune religion organisée, Mahavira non plus, pas plus que Jésus c’étaient des chercheurs individuels. La vérité a toujours été trouvée par des individus. C’est le privilège de l’individu et sa dignité.
Je condamne les religions organisées de la même façon que je condamne les politiciens, parce qu’elles ne sont que de la politique.
Les religions organisées devraient disparaître du monde ; elles devraient laisser tomber ce masque de religiosité. Ce ne sont que des politiciens, des loups qui se cachent sous la peau de brebis ; ils devraient se montrer sous leurs vraies couleurs, celle des politiciens.
Je ne suis contre personne, je ne suis pas contre le pape, mais je suis certainement pour la vérité. Je suis déterminé à critiquer tout ce qui va à l’encontre de la vérité ; pour moi, c’est un devoir sacré. Que la religion catholique romaine soit la plus organisée des religions, ce n’est qu’une des raisons pour lesquelles je critique tant le pape. Il y en a beaucoup d’autres…
En fait, les qualifier de religions organisées, c’est utiliser un qualificatif erroné. Il s’agit de superstition organisée.
Une religion organisée devient une prison. Elle vous donne des doctrines toutes faites et votre seule fonction, c’est d’y croire qu’elles soient sensées, logiques ou non. Vous n’êtes pas censé faire vos propres expériences. Qui sait, vous pourriez trouver quelque chose qui irait à l’encontre de la doctrine officielle.
Mais vous ne pouvez pas vous illuminer par la doctrine officielle. La doctrine officielle peut vous rendre savant, érudit, mais elle ne peut pas vous rendre sage, elle ne peut pas vous rendre intuitif ; elle ne peut pas vous faire prendre conscience de Dieu.
Religion et politique devraient être séparées.
Il faut au moins qu’il reste à l’individu quelques aspects de la vie où il soit totalement libre, sans personne qui décide pour lui, où il puisse ouvrir ses ailes comme un aigle et voler à la rencontre du soleil pas de chaînes, pas de liens, pas d’entraves.
La religion ne fleurit que dans un cœur absolument libre de toute doctrine, de toute croyance, de toute église, de toute mosquée.
Je veux que le monde entier soit religieux, mais pas chrétien, pas catholique, pas hindou, pas musulman. Etre simplement religieux, c’est assez.
Fondamentalement, toutes les religions organisées privent l’humanité de religion, car elles vous fourvoient.
Ce sont les prêtres qui ont le plus abusé de l’homme. Sur terre, c’est la pire des professions, pire que celle de prostituées. Les prostituées vous donnent au moins quelque chose en retour : le prêtre ne vous donne que du vent. Il n’a rien à vous donner.
Et ce n’est pas tout : chaque fois que quelqu’un réalise la vérité, ces prêtres sont contre lui. C’est inévitable. Si les gens reconnaissent la vérité, des millions de prêtres se retrouveront sans emploi, un emploi totalement improductif. Ce sont des parasites, ils ne cessent de sucer le sang de l’homme. De la naissance à la mort, le prêtre trouve constamment des moyens d’exploiter l’homme.
Renoncer au monde :
Le prêtre fait le malheur des gens parce qu’il condamne les plaisirs. Il condamne les plaisirs de ce monde pour pouvoir vanter ceux de l’autre monde.
L’autre monde est son invention. Et il veut que l’humanité sacrifie sa réalité pour une fiction et l’humanité l’a sacrifiée. Les prêtres sont les ennemis de tous ceux qui aiment la vérité, de tous ceux qui sont en quête de vérité et qui l’ont trouvée.
Toutes les religions détruisent la dignité de l’homme, le qualifient de « pécheur ». Au lieu de doter l’homme de dignité, au lieu de le rendre plus beau et plus vrai, au lieu d’en faire un dieu sur terre, ils ont fait de l’humanité entière un troupeau de pécheurs.
Dans sa totalité, cet univers est le temple de Dieu. Et tout ce qui y vit est divin.
Tout est sacré, rien n’est profane.
Ce sont les prêtres qui ont créé la dualité.
Et la dualité entre le profane et le sacré a créé une dualité en vous entre le corps et l’âme. Elle a créé une humanité schizophrène : tout le monde est divisé.
A moins de devenir un, une harmonie profonde, un accord, vous n’entendrez jamais la musique céleste. Cette musique est l’unique preuve que le monde n’est pas mauvais, que le monde est vivant : non seulement vivant, mais conscient non seulement conscient, mais continuellement créateur.
Etranges sont ces prêtres soi-disant religieux dont tout l’enseignement consiste a renoncer au monde, alors que c’est Dieu qui l’a créé. Ne voyez-vous pas la contradiction ? Si Dieu crée le monde, alors, renoncer au monde signifie renoncer à Dieu.
Les religions ont détruit l’intégrité de l’homme. Non seulement elles l’ont morcelé, mais elles l’ont morcelé en parties qui s’opposent.
Le plus grand crime contre l’humanité a été commis par les religions: elles ont rendu l’humanité schizophrène; elles ont donné à chacun une personnalité divisée. Cela a été fait d’une façon extrêmement intelligente et habile.
Aucune religion n’accepte le phénomène simple, naturel et factuel que l’homme est une unité, que ce monde n’est pas un châtiment et qu’il n’est pas séparé de l’homme.
Le vrai problème, c’est la chasteté.
Toutes les religions en souffrent parce que toutes enseignent la chasteté. Mais aucune religion n’est prête à le reconnaître, et quand vous ne reconnaissez pas un ennemi, vous lui donnez plus de pouvoir. Reconnaissez-le afin de trouver les moyens de lutter contre lui.
Bien que toutes les religions prêchent la chasteté, personne n’a soulevé ces questions : « La chasteté est-elle naturelle ? Est-il humainement possible d’observer l’abstinence sexuelle ? » Des scientifiques, des experts médicaux ou des psychologues pourraient-ils donner leur soutien à cette idée de chasteté ? Personne ne prononcera ne fut-ce qu’un mot contre cette chasteté, personne ne dira qu’elle entraîne l’humanité dans toutes sortes de perversions sexuelles.
A moins de libérer la religion de l’emprise des prêtres, le monde ne connaîtra que des pseudo-religions ; il ne deviendra jamais religieux.
Extraits de Prêtres et politiciens la mafia de l'âme. Editions A.L.T.E.S.S.
Pouvoir
Les gens ne sont pas corrompus par le pouvoir. Ils sont corrompus ; le pouvoir met simplement leur corruption en action.
En lui-même, le pouvoir est neutre. Entre les mains d’un homme de bien, ce sera une bénédiction. Entre les mains d’un homme inconscient, ce sera une malédiction. Mais depuis des milliers d’années, nous avons condamné le pouvoir, sans penser que le pouvoir n’a pas à être condamné ; les gens doivent nettoyer tous les instincts vils qui se cachent en eux, parce que, d’une façon ou d’une autre, tout le monde a du pouvoir. Il n’est pas nécessaire que ce pouvoir soit important.
La seule issue, c’est de nettoyer l’inconscient de l’humanité par la méditation, de remplir de lumière l’être intérieur. Seule la méditation donne un cœur propre, qui ne peut être corrompu. Dans ce cas, on ne peut jamais abuser du pouvoir, dans ce cas, le pouvoir peut être une bénédiction il sera créatif.
Ne soyez pas un réformateur
Sincérité, truthfulness, signifie authenticité soyez vrai, ne soyez pas faux, n’utilisez pas de masques. Quel que soit votre vrai visage, montrez-le quel qu’en soit le prix.
Souvenez-vous que cela ne signifie pas que vous démasquer les autres ; si ils sont heureux avec leurs mensonges, c’est à eux d’en décider. N’allez pas démasquer qui que ce soit. Les gens pensent qu’ils doivent être sincères, vrais, authentiques ; ils entendent par là qu’ils doivent aller dénuder tout le monde : « Pourquoi cachez-vous votre corps ? Ces habits ne sont pas nécessaires. » Non, je vous en prie, souvenez-vous-en : soyez sincère avec vous-même. On n’a pas besoin de vous pour réformer qui que ce soit d’autre dans le monde. Si vous-même vous grandissez, c’est suffisant. Ne soyez pas un réformateur, et n’essayez pas d’enseigner aux autres, n’essayez pas de les changer. Si vous vous changez, ce message-là est suffisant.
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