Sur la nature du mouvement
Je suis contre toute religion organisée, car dès l'instant où quelque chose s'organise, les intérêts personnels entrent en jeu. Ensuite, la religion est oubliée ; d'autres choses deviennent plus importantes. La vérité et la recherche de la vérité exigent votre engagement total ; rien ne devrait y faire obstacle.
Une religion organisée devient une prison. Elle vous donne des doctrines toutes faites et votre seule fonction, c'est d'y croire qu'elles soient sensées, logiques ou non. Vous n'êtes pas censé faire vos propres expériences, car qui sait... vous pourriez trouver quelque chose qui irait à l'encontre de la doctrine officielle.
Mais vous ne pouvez pas vous illuminer par la doctrine officielle. La doctrine officielle peut vous rendre savant, érudit, mais elle ne peut pas vous rendre sage, elle ne peut pas vous rendre intuitif ; elle ne peut pas vous faire prendre conscience de Dieu...
La réalité intérieure n'est que pur silence : des milliers de fleurs s'y épanouissent, mais elles n'appartiennent à aucune organisation. Elles sont la récompense de votre quête personnelle, de votre propre voyage intérieur.
Sur terre, la vérité ne peut pas durer longtemps
Sur terre, la vérité ne peut pas durer longtemps ; elle vient puis elle disparaît. Si vous êtes disponible, elle vous frappe, puis elle disparaît. Vous ne pouvez pas l'y maintenir. Le monde est tellement faux et les gens à tel point plongés dans leurs mensonges que la vérité ne dure pas longtemps. Quand un Bouddha marche sur la terre, la vérité y marche pendant quelque temps. Quand le Bouddha s'en va, la vérité disparaît également. Il ne reste que des empreintes et c'est ce que vous vénérez. Les empreintes ne sont pas le Bouddha, et les mots qu'il prononce ne sont pas de simples mots. Quand vous les répétez, ce ne sont plus que des mots, ils ne signifient plus rien. C'est Bouddha qui se trouvait derrière qui leur donnait un sens. Vous pouvez répéter exactement les mêmes mots, mais ils ne signifieront plus la même chose, car ce n'est plus la même personne qui est derrière...
Un Maître est nécessaire, un Maître vivant est nécessaire. Ce n'est qu'en présence d'un Maître vivant que s'ouvre votre bourgeon le plus intime, qu'il fleurit.
... Une fois que je serai parti d'ici, cette communauté ne sera plus aussi joyeuse, ce n'est pas possible. C'est tout simplement naturel. Il restera les mots et les gens les répéteront, ils essayeront de les suivre religieusement, mais ce sera un effort. Actuellement, il n'y a pas d'effort. Vous coulez simplement avec moi. Actuellement, c'est spontané, c'est une histoire d'amour. Puis cela deviendra une sorte de devoir à accomplir. Vous sentirez une obligation.
Vous vous souviendrez de moi. Vous voudrez vivre de la même manière, mais il manquera quelque chose de vital il manquera la vie. Quand un Maître s'en va, il ne reste que le cadavre de son enseignement.
Aussi recherchez toujours un Maître vivant. Un Maître n'est d'aucune utilité quand un Maître est mort, l'enseignement est mort. Recherchez toujours un Maître vivant. Mais c'est très difficile, parce que l'esprit humain est très lent. Quand vous réalisez que quelqu'un est un Maître, il n'est plus là. Voilà la difficulté. Quand vous réalisez que Jésus est un Maître, Jésus n'est plus là. alors, il ne reste que des chrétiens, il ne reste que des églises, il reste le Pape, le prêtre, et ils s'emparent de vous.
L'ashram est une organisation
J'ai le sentiment qu'il m'est plus facile d'être détendu et naturel autour de vous que dans le monde. Mais pas dans votre ashram. Pourquoi est-ce ainsi ?
L'ashram fait également partie du monde, il ne fait pas partie de moi, ce n'est pas possible. Avec moi, c'est totalement différent. L'ashram fait partie du monde, de la place du marché. L'ashram ne peut pas faire partie de moi. Un jour, je serai loin, l'ashram sera là, encore plus établi même qu'il ne l'est maintenant.
Tôt ou tard, je disparaîtrai de ce monde, l'ashram peut continuer pendant des siècles il fait partie du monde. La chrétienté fait partie du monde, pas le Christ.
Ainsi, avec moi, vous pouvez vous sentir détendu et naturel, parce que je ne vous impose rien. Si j'essaie d'imposer quoi que ce soit, vous ne vous sentirez ni détendu, ni naturel. Je vous donne la liberté, parce que j'aime la liberté, mais l'ashram ne peut pas vous donner la liberté, l'ashram fait partie du monde, du monde profane. Vous devez garder cette distinction à l'esprit. Ne m'identifiez pas à l'ashram. Ici, je peux être un invité, comme vous en êtes un, mais je suis également en dehors. Cet ashram n'est pas à moi aucun ashram ne peut l'être. L'ashram existe pour d'autres fonctions. C'est une organisation ! Une organisation doit être une organisation. Des règles, des règlements. Comment pouvez-vous vous y sentir détendu et naturel ? Ce n'est pas possible. Mais vous devez supporter l'ashram pour moi.
Osho crée-t-il une nouvelle tradition ?
Osho, j'ai peur de participer à la création d'une tradition.
Il n'y a aucune raison d'avoir peur c'est exactement ce qui est en train de se passer. Toutes les traditions ne sont pas mauvaises. Cela dépend. Par exemple, le christianisme est une tradition, l'islam est une tradition, le bouddhisme est une tradition. Le Zen en est également une, le soufisme aussi. Ne les rejetez pas en bloc ; elles sont totalement différentes.
Le christianisme est une tradition d'adorateurs (worshippers), de même que l'islam et le bouddhisme. Mais le zen, le soufisme, le hassidisme ne sont pas des traditions d'adorateurs, ce sont des traditions d'explorateurs. Ce sont là les traditions de ceux qui ont véritablement faim de vérité, qui sont assoiffés. Nombreux sont ceux qui ont marché sur le chemin avant vous ne voulez-vous pas profiter de leurs expériences ? C'est cela une vraie tradition.
Nombreux sont ceux qui ont cherché avant vous. Vous ne recherchez pas la vérité pour la première fois. Pourquoi devriez-vous commencer par l'abc ? Vous pouvez profiter de toutes ces expériences. C'est pour cela que je parle constamment de ces traditions : le soufisme, le hassidisme, le tantra, le yoga, le zen, le tao. Pourquoi ? Toutes sont des traditions, mais il y a traditions et traditions !
La tradition qui ne devient qu'une vénération, celle qui ne devient qu'une croyance, celle qui se contente de consoler sans vous transformer, cette tradition-là est fausse. Mais il existe des traditions qui peuvent vous transformer, qui sont de grands courants d'énergie : si vous pouvez joindre vos mains avec ces courants-là, votre voyage deviendra très simple, facile. Vous avancerez sur un terrain plus certain.
Oui, ceci est la création d'une tradition. Et vous avez de la chance, parce que cela arrive très rarement, il y a très peu de gens qui se trouvent présents au début d'une tradition, à sa source. Les gens qui viendront quand je serais parti n'auront pas autant de chance. Ils dépendront de choses de deuxième main.
Et cette tradition est créée de façon très consciente. C'est moi qui l'a crée.
Il existe deux types de personnes dans le monde. Ceux qui ne veulent pas créer de tradition. Par exemple, Krishnamurti ne veut pas créer de tradition. Pourtant la tradition est créée, mais il ne le souhaite pas, il ne coopérera donc pas à sa création. Au contraire, il créera toutes sortes d'obstacles sur son chemin. La tradition sera de toute façon créée. C'est inévitable. Au moment où vous parlez, la tradition est en route. Au moment où vous parlez, au moment où vous regardez dans les yeux de quelqu'un, la tradition est créée. Qu'est-ce qu'une tradition ? C'est tout simplement déclarer : « Je suis arrivé ! ». Ce ne sera peut-être pas avec des mots. Je pourrais me tenir tranquille, rester silencieux, mais mon silence sera perçu ; alors la tradition sera créée. La tradition est créée quand dans le monde, je commence à communier avec quelqu'un. Quand il y a deux, il y a création, création d'une tradition. Seul, il n'y a pas de tradition. Si je suis seul et que je ne communie pas, que je n'entre pas en relation, il n'y aura pas de tradition. Mais c'est impossible.
Quand la vérité surgit, elle doit être communiquée. C'est une nécessité intrinsèque. Tout comme un parfum se répand quand une fleur s'épanouit ; dans l'émanation de ce parfum se trouve le début de la tradition.
Krishnamurti dit qu'il ne veut pas créer de tradition. Ce qu'il dit est inutil ; la tradition sera créée. Bouddha n'a jamais voulu créé de tradition, mais la tradition fut créée.
Quand le Maître ne veut pas créer de tradition par peur des quatre-vingt-dix-neuf pour cent de choses fausses qui pourraient s'y trouver et il y a quatre-vingt-dix-neuf pour cent de choses fausses il ne veut pas la créer, mais la tradition est créée. Et elle ne contiendra que les quatre-vingt-dix-neuf pour cent de choses dont le Maître avait peur, car ce un pour cent-là, c'est seulement lui qui aurait pu le donner, et il ne l'a jamais fait.
Si Krishnamurti créée une tradition, il pourra y mettre ce un pour cent. Il n'y a que lui qui puisse le donner. La tradition sera créée par les disciples, ils peuvent apporter le quatre-vingt-dix-neuf pour cent. C'est ce qui s'est produit. C'est une voie.
L'autre voie, c'est quand le Maître décide de créer lui-même la tradition. Il y a plus de chances que la tradition reste proche de l'essentiel, car le Maître fournira ce un pour cent-là... Il s'agit d'un travail conscient. Il s'agit de la création consciente d'une tradition. Il y aura plus de chance que davantage de gens puissent en profiter. Mais je ne dis pas qu'il n'y aura aucune perversion ; il faut prendre ce risque-là.
La vie est toujours un risque. Vous dites quelque chose et le risque est là : quelqu'un peut comprendre de travers, interpréter différemment. Au moment où vous parlez, ce risque est là. Il faut l'accepter, cela fait partie du jeu de la vie, c'est un défi.
Osho propose-t-il une voie ?
La voie de la méditation est une voie, la voie de l'amour est une voie totalement différente. Ce sont les deux seules voies qui existent. Ce qui est juste sur la voie de l'amour sera un obstacle sur la voie de la méditation. Ce qui est juste sur la voie de la méditation sera un obstacle sur la voie de l'amour. Ces voies doivent garder leur pureté.
Je n'insiste ni sur une voie, ni sur l'autre. Aucune voie n'est mienne. Quand vous venez vers moi, je vous regarde et je vous dis quelle est votre voie. Je n'essaie pas de vous conduire sur ma voie, je ne fais pas cela. Je vous regarde, et c'est par rapport à vous que je décide quelle est votre voie. Je n'ai aucun attachement pour une voie particulière je n'insiste sur rien. Si une femme vient vers moi, je la guide habituellement vers la prière et l'amour. Parfois arrive un homme plein de coeur, alors je le guide aussi vers la prière. Parfois arrive une femme chez qui l'amour ne peut pas germer, alors je la guide vers la méditation.
Il y a de nombreuses formes de prières : l'islam a sa voie, les hindous ont la leur. Et il y a d'infinies formes de méditations, celle des jaïns, des bouddhistes, de Patanjali, de Lao Tzeu. Toutes sont différentes. Je vous regarde et je choisis.
Comprenez bien ceci. Il y a deux possibilités : l'une, c'est que si quelqu'un a une voie, qui que vous soyez, ce n'est pas vous qui compterez. Si des gens veulent suivre ma voie, je les choisirai, je ne choisirai pas ceux qui déformeront ma voie, je leur dirai . « Cette voie n'est pas pour vous. Cherchez un autre temple. » Avec Bouddha, il y a une voie choisie par Bouddha, Mahavira a aussi choisi une voie. Je n'insiste absolument pas sur une voie ou une autre.
Je ne vous fais pas marcher sur ma voie. C'est ce que vous pouvez appelez ma voie je désire que vous suiviez votre propre voie. Je vous observe attentivement. Pour moi, vous êtes plus précieux que n'importe quelle voie. Chaque individu a sa valeur.
Dans le Talmud des juifs, on trouve ces mots . « Un seul individu est plus précieux que tout l'univers. » Je suis d'accord avec cela chaque individu est tellement précieux que si vous placez tout l'univers sur un plateau de la balance et un seul individu sur l'autre, celui-ci pèsera davantage. Telle est la splendeur de l'homme ! Je vous regarde et je vous dis ce qui vous convient.
Aussi pour moi tout est acceptable. Vous pouvez aller vers le divin en dansant vous avez ma bénédiction. Vous pouvez aller vers le divin avec les yeux fermés, en méditant vous avez ma bénédiction. Vous y allez comme une femme, vous y allez comme un homme ce sont différentes façons d'aller mais tout le monde atteindra la même destination.
Dieu est un mais ses noms sont multiples. La vérité est une, mais les voies qui y conduisent sont multiples. J'accepte toutes les voies. Et chaque voie peut être efficace, cela dépend si cette voie vous convient ou non.
C'est donc sur vous que mes yeux se posent. Je ne me soucie pas du remède, je me soucie du patient. Je choisis le remède en fonction du patient. Il y a des médecins qui ont décidé d'avance quel remède utiliser. Ils disent que seuls les patients à qui ce remède convient doivent venir ; les autres patients n'en bénéficieront pas.
Mahavira a une voie, Bouddha a une voie. Je n'ai pas de voie, je suis sans voie.
Mahavira est une des rives, il est un tirthankara il guide son bateau à partir de cette rive. Je n'ai pas de rive particulière. J'ai un bateau, et quelle que soit la rive d'où vous voulez partir et celle où vous désirez aborder, ce bateau fera l'affaire. Le Gange tout entier est mien...
Je n'appartiens à aucun mouvement
Je n'appartiens à aucun mouvement. Ce que je fais ici fait partie de quelque chose d'éternel qui a lieu depuis que le premier être humain est apparu sur terre, et qui continuera jusqu'au dernier. Il ne s'agit pas d'un mouvement. Il s'agit de l'essence même de l'évolution.
Je participe à l'évolution éternelle de l'humanité. Chercher la vérité n'est pas quelque chose de nouveau ou d'ancien. La recherche de son propre être n'a rien à voir avec le temps. Je peux cesser d'exister, mais ce que je fais continuera. Personne n'en est le fondateur, personne n'en est la tête. C'est un phénomène tellement immense ! De nombreux êtres illuminés sont apparus, ont aidé, puis ont disparu, mais leur aide a entraîné l'humanité un peu plus haut, elle l'a rendue un peu meilleure, un peu plus humaine. Ils ont laissé le monde un peu plus beau qu'ils ne l'ont trouvé.
C'est délibérément que je vous crée des problèmes
Il y a un but derrière cela. Je désire que vous appreniez à vous battre, à vous rebeller, à ne pas être conformiste. Je veux que vous vous trouviez dans certaines difficultés, car c'est seulement à travers elles que vous naîtrez ; ce n'est qu'à travers le feu que l'or se purifiera.
La dérive de Rajneeshpuram (Oregon)
En octobre 1984, Osho décide de mettre un terme à sa période de silence et de retraite et reprend ses entretiens quotidiens. Curieusement, sa secrétaire Sheela s'oppose à cette décision et tente de le persuader de ne pas parler, en faisant mention de ses inquiétudes à propos de sa santé. Finalement, il est décidé qu'il commencera par parler dans le salon de sa maison à de petits groupes de personnes.
Au début, des vidéos de ses entretiens sont présentées à la communauté toute entière le jour suivant dans le grand hall de méditation. Quand Sheela propose de suspendre le visionnement de ces vidéos, car il y a trop de travail à faire, la communauté se révolte et un compromis est atteint : on les montrera tard le soir, une fois que le travail journalier sera accompli.
Finalement, le 14 septembre l985, Sheela et un groupe de proches collaborateurs font leurs valises et partent pour l'Allemagne avec tous leurs biens. Dès le départ de Sheela, une avalanche d'évidences émergent à propos des activités criminelles dans lesquelles certains de ses adeptes se trouvaient impliqués, y compris une tentative d'assassinat du médecin d'Osho et de sa gouvernante, de l'incendie d'un Bureau de planification du comté, de la mise sous écoute de la chambre d'Osho, des téléphones et des bureaux de la communauté.
Osho rend publiques toutes les informations qu'il a reçues et offre sa totale collaboration aux enquêteurs fédéraux et à ceux de l'Etat. Des hordes de journalistes débarquent pour interviewer Osho et lui demander comment de tels événements ont pu se produire.
Osho répond à James Gordon, journaliste du New Yorker
James Gordon : En rencontrant Sheela, on pouvait certainement voir son intelligence, tout au moins en ce qui concerne les questions pratiques, matérielles, mais on pouvait également voir chez elle un aspect très répressif, un aspect très mesquin. Étant quotidiennement en contact avec elle, vous avez bien dû l'observer ?
Osho : Je sais ! Mais c'était nécessaire à cause de tous les politiciens mesquins qu'il y avait partout. Je ne pouvais pas remettre la commune entre les mains de personnes innocentes les politiciens l'auraient détruite.
Mais vous n'avez pas vu ce qu'elle faisait dans le ranch lui-même ?
Non, car je ne sortais jamais et je ne rencontrais jamais personne...
Mais si vous créez une expérience aussi vaste (la commune en Oregon), ne pensez-vous pas qu'il aurait été utile d'avoir au moins une autre personne qui vienne vous en parler ?
Non, l'expérience ne signifie rien comparée à mon silence. J'enseigne à chacun à être un individu et à se fier à sa propre vision. Et si quelqu'un a l'impression qu'il est forcé de faire quelque chose qu'il ne veut pas faire, il est parfaitement capable de se révolter. Il n'y a aucune nécessité de se soumettre et beaucoup de gens sont partis.
Désormais, il y aura une atmosphère totalement différente mais si vous regardez ce qui est arrivé, même si cela a mal tourné, seules de mauvaises personnes pouvaient y parvenir. De bonnes personnes n'auraient pas pu le faire.
Pendant cette dernière année, je me suis dit, quand va-t-il se débarrasser de Sheela, quand va-t-il changer les choses ? Et j'ai eu l'impression que vous la laissiez peut-être faire ça.
Je n'interviens que quand j'ai le sentiment que c'est le moment. Quand j'ai vu que le moment était venu de faire quelque chose, je l'ai fait.
Comment avez-vous su que le moment était venu de faire quelque chose ?
Quand son groupe a empoisonné mon médecin. C'est le moment où j'ai commencé à poser des questions à mon médecin et à ma gouvernante, et j'ai déclaré que j'allais me remettre à parler et à rencontrer des gens. Puis peu à peu, des informations me sont parvenues, et j'ai commencé à exposer Sheela et son groupe. Puis j'ai informé le gouvernement, la police, le FBI ils sont tous là, mais ils ne font quasiment rien. Nous leur avons donné toutes les preuves mais ils continuent de dire, « Nous n'avons pas de preuves solides. » Je ne comprends pas ce qu'ils veulent de plus est-ce qu'ils veulent qu'on attrape la personne la main dans le sac ?
Pourquoi avez-vous attendu près de neuf mois ?
C'était nécessaire, car elle avait engagé tant de procès je ne voulais pas bousculer les choses en plein milieu. Je voulais qu'on en termine pour qu'un nouveau groupe puisse reprendre. Et c'était le moment, de nombreux procès se terminaient et les nouveaux procès n'allaient commencer que huit mois plus tard, ainsi, durant ces huit mois, les nouvelles personnes pouvaient parfaitement se préparer à prendre le relais. Et elles seront capables de se battre il n'y a pas de problème.
Vous jouez un jeu très risqué.
Certainement ! Je suis une personne risquée. Et c'est un jeu je connais les moments justes. Je ne suis qu'une référence, rien de plus.
Un goût de fascisme
Des révélations de plus en plus nombreuses concernant les activités criminelles du groupe de Sheela créent un état de choc et de confusion dans la communauté, et on commence à comprendre la stratégie qu'il y avait derrière des situations et des événements précédemment inexplicables. Alors que les gens commencent à se poser des questions sur leur responsabilité personnelle, Osho répond à ces questions de façon de plus en plus tranchante dans ses entretiens quotidiens.
Nous essayons de vivre une sorte de vie différente de celle du reste du monde. Alors il n'y a que deux voies : celle de Sheela ou la mienne. J'avais choisi Sheela comme secrétaire pour vous donner un petit goût de ce que signifie le fascisme. Désormais, vivez selon ma voie. Soyez responsables, ainsi personne ne ressentira le besoin de vous dicter quoi que ce soit...
Si vous voulez que Sheela revienne, je peux l'appeler avec tout son gang et lui remettre la commune. Si vous ne voulez pas d'un dictateur, alors prenez vos responsabilités.
Et vous êtes un groupe de personnes très intelligentes, mais c'est là le problème. Les personnes intelligentes essaient toujours d'utiliser la liberté à mauvais escient.
J'aimerais vous rappeler que l'Allemagne est l'un des pays les plus intellectuels du monde. Elle a produit des gens comme Kant, Hegel, Feuerbach, Karl Marx, Sigmund Freud, Martin Heidegger des grands philosophes, de grands psychologues. Et pourtant, Adolf Hitler, un pot-fêlé de troisième ordre, est parvenu à ce que toute l'intelligentsia du pays le suive.
Et je ne pense pas que l'humanité en ait retiré quoi que ce soit. Quand on n'apprend pas, l'histoire se répète. Si vous apprenez, alors vous pouvez empêcher que l'histoire se répète à nouveau.
Martin Heidegger était peut-être l'un des philosophes les plus importants du siècle, et c'était un contemporain d'Adolf Hitler. Il a soutenu Adolf Hitler c'est inconcevable ! toute la jeunesse, la crème de la société, son intelligence, toutes les universités, les vice-recteurs, les professeurs tout le monde a soutenu Adolf Hitler, un homme sans éducation, un homme qui s'était vu refuser son entrée dans une Ecole d'art, dans une Ecole d'Architecture, car il n'avait aucune intelligence. Cet homme est devenu le leader du pays le plus intelligent du monde, et il a créé le régime le plus fasciste qui soit. Il a tué presque dix millions de personnes, et pourtant les gens le soutenaient.
Cela doit être psychanalysé. Quelle en est la raison ? La raison, c'est que l'Allemagne a été vaincue lors de la Première guerre mondiale. Et les intellectuels ont tendance à se bagarrer entre eux. Ils argumentent, rationalisent, philosophent ; ce ne sont pas des personnes physiquement actives. Et ce sont des égoïstes. Ils pensent tous avoir découvert le secret de la vie.
Après sa défaite de la Première guerre mondiale, l'Allemagne était dans le chaos. Ce chaos a créé Adolf Hitler, car il a fait des promesses et ils les a tenues : « Je peux unir ce pays à nouveau, le rendre fort à nouveau, si fort qu'il puisse régner sur le monde entier. »
C'était quelque chose dont on avait immensément besoin. Les gens ne travaillaient pas, les gens n'étaient pas créatifs. Il fallait que quelqu'un permette à ce pays de redevenir créatif, discipliné, et Adolf Hitler a comblé ce vide. En dix ans, l'Allemagne est redevenue une puissance mondiale.
C'est étrange si vous donnez la liberté aux gens, ils deviennent paresseux, ils ne veulent pas travailler. Mais si vous leur donner un ordre fasciste, ils travaillent au mieux de leur potentiel ; ils créent, ils sont unis, ils deviennent forts. Pendant cinq ans, l'Allemagne n'arrêta pas de gagner. Cela prouvait que les Allemands avaient choisi la bonne personne face au monde entier, à lui seul Hitler suffisait.
Il donna son ego à l'intelligentsia comme jamais personne n'avait pu le faire auparavant. Il leur dit que la race nordique allemande était la race aryenne la plus pure, et que c'était sa destinée de régner sur le monde, car tous les autres hommes n'étaient que des sous-hommes. C'était extrêmement gratifiant. L'ego intellectuel en était très satisfait, et même un homme comme Martin Heidegger est tombé dans le piège.
Ce n'est qu'après la défaite d'Hitler, une fois que l'Allemagne était presque entièrement détruite, que les gens ont commencé à regarder ce qu'ils avaient fait. Quel genre d'homme avaient-ils soutenu ? Un monstre, un assassin qui avait tué des millions de gens peut-être le plus grand assassin de toute l'histoire.
Alors souvenez-vous d'une chose : la liberté, ce n'est pas la licence. La liberté est une responsabilité. Et si vous ne pouvez pas prendre vos responsabilités vous-mêmes, quelqu'un d'autre les prendra à votre place. Alors, vous serez réduits à l'esclavage.
On m'a demandé comment il était possible que pendant quatre ans, cinq mille personnes, possédant presque toutes des diplômes universitaires, ayant les meilleures qualifications des meilleures universités du monde, n'aient pas pu voir ce qui était en train de se passer.
La raison, c'est que Sheela ne se contentait pas uniquement de faire quelque chose de laid et de fasciste, elle créait également la commune. Elle transformait également le désert en oasis. Elle rendait la commune confortable de toutes les façons possibles. Chaque médaille a deux faces, vous avez donc regardé la face lumineuse. Et vous étiez entourés par l'hostilité de l'Oregon ce que Sheela et son groupe avait créé. C'est une simple stratégie politique.
Dans Mein Kampf, son auto-biographie, Adolf Hitler dit que si vous voulez qu'une nation devienne forte, vous devez créer un ennemi tout autour ; sinon les gens se détendent. Maintenez-les dans la paranoïa, faites leur craindre qu'un danger les entoure. Et Sheela a créé cela. Elle a provoqué l'hostilité du gouvernement de l'Oregon. Elle a provoqué l'hostilité des Américains en général. Cela vous a rapprochés les uns des autres, cela vous a rendus forts : « Soyez prêts afin que personne ne puisse vous faire de mal. »
Ainsi, si vous ne prenez pas vos responsabilités, il est inévitable que quelque chose de ce genre arrive à nouveau. Il est certain que l'histoire se répète, parce que l'homme n'apprend pas.
Le défi de la commune
Le problème, ce n'est pas l'endroit où vous vivez, le problème c'est vous. Vous pouvez aller dans une commune et amener tous vos problèmes avec vous. Et les autres feront comme vous, ils viendront avec tous leurs problèmes. Tôt ou tard, ces problèmes feront surface. Les choses extérieures ne sont d'aucun secours. Ce sont des distractions.
Le vrai changement doit se produire en vous, avec ou sans commune. Le vrai changement doit se produire dans le coeur le plus intime de votre être. Ce n'est que s'il se produit là que la vie sera différente, pas autrement.
Les communes ont échoué parce que vous restiez les mêmes... Quelles étaient vos attentes ? Vous pensiez qu'il suffisait de vivre dans une commune.
Vivre dans une commune ne peut pas être une aide, pas plus que d'aller vivre dans une grotte des Himalayas. Il faut envisager la vie de façon très réaliste. Vous devez regarder vos problèmes, vous devez aller à leur racine, en brûler la graine, et alors seulement...
Vous recherchiez un paradis. C'est ce que les gens ont toujours fait. Ils ne se changent pas eux-mêmes, ils aspirent à un paradis, mais où qu'ils aillent, ils créent un enfer. C'est eux l'enfer la question ce n'est pas de trouver un paradis où que ce soit. Tant que vous ne le trouverez pas en vous, vous ne le trouverez nulle part...
Où que vous soyez, à moins d'être un bodhisattva, vous serez en enfer. Quand la passion se transforme en compassion... alors, où que vous soyez, vous êtes au paradis. C'est le seul paradis qui soit.
L'organisation
Les organisations m'ont toujours fait peur parce que j'ai senti qu'elles sont un mal implicite, et peut-être un mal nécessaire. La fondation Rajneesh est une organisation et a toutes les chances de devenir une organisation très puissante. Pouvez-vous me dire pourquoi la fondation est nécessaire ?
Oui. Parce que le mal est nécessaire.
Expression de la vision d'Osho : un rassemblement d'amis
Publié dans l'Osho Times de Mai 1997
Nous nous sommes rassemblés ici pour aborder un certain nombre de sujets très importants. Je ne pensais pas que ce que je dis à des individus serait un jour rendu public. Je n'y avais jamais pensé. Dans la mesure de mes capacités, je parle aux gens de ce qui pour moi est une joie et de ce qui me semble pouvoir les aider. Mais peu à peu, ayant eu l'occasion d'entrer en contact avec des centaines et des centaines de gens, j'ai réalisé, j'ai commencé à voir que j'avais mes limitations. Malgré mon envie, je ne peux pas m'adresser à tous ceux qui ont besoin de m'entendre. Et nombreux sont ceux qui ont grand besoin de mes paroles. Le pays tout entier, la terre entière ont une soif intense, sont dans la détresse. Même si nous ne tenons pas compte du reste de la planète, ce pays-ci traverse une crise spirituelle.
Toutes les vieilles valeurs ont été ébranlées ; on ne les respecte plus et on n'en a pas créé de nouvelles. L'homme ne sait plus où se diriger ni que faire. Il est naturel que dans une telle situation son esprit soit envahi par l'inquiétude, la détresse et le malheur. L'individu porte tant de misère en lui ; si nous pouvions ouvrir son coeur et voir ce qui s'y passe, nous serions désemparés. Plus j'ai rencontré de gens, plus j'ai été étonné de voir que l'homme porte en lui tout le contraire de ce qu'il paraît être à l'extérieur. Ses sourires sont faux, son bonheur est faux et toutes ses soi-disant joies sont fausses. Il a accumulé en lui un gigantesque enfer d'obscurité et de malheur.
Il y a moyen d'éliminer cette angoisse, cette douleur. Il est possible de s'en libérer. La vie de l'homme peut devenir divinement paisible et mélodieuse. Et depuis que je m'en suis aperçu, j'ai aussi senti que si nous n'apportons pas à ceux qui en ont besoin ce qui pourrait les conduire à cette paix, nous commettons en quelque sorte un crime. Consciemment ou non, nous péchons par omission.
J'ai donc senti qu'il fallait apporter au plus grand nombre de gens possible tout ce qui peut transformer la vie humaine . Mais j'ai mes limitations, mes capacités sont limitées. Voyant l'immensité de la vie qui m'entoure et la profonde angoisse de la société, j'ai compris que je ne pourrai y faire face tout seul, quelle que soit l'importance de mes déplacements et le nombre de gens que je pourrai atteindre. Si nous versons une couleur sur la plage, il se pourra qu'une petite vague soit teintée, mais cela ne fera aucune différence pour le vaste océan. Et ce qui est intéressant, c'est de voir que la petite vague teintée se perdra très vite dans le grand océan et que sa couleur disparaîtra.
Aussi nous nous sommes rassemblés ici pour examiner comment la couleur de la paix peut se répandre jusqu'aux extrémités de ce vaste océan qu'est la vie. En même temps, je suis conscient que celui qui ne s'intéresse qu'à sa seule paix personnelle ne peut jamais être vraiment paisible, car ne s'intéresser qu'à soi est une des causes de notre mal-être. Etre uniquement centré sur soi est l'une des raisons fondamentales du mal-être. Celui qui se centre sur son petit moi et ne s'intéresse qu'à lui-même, qui désire oublier tout ce qui l'entoure, ressemble à un homme qui construirait une magnifique maison sans vouloir se soucier des amas de détritus qui entourent sa maison. Il peut créer un très beau jardin dans sa propriété sans se soucier de tout ce qui empeste tout autour de sa maison. Si tout le voisinage est sale, son jardin, ses fleurs et leur parfum ne vaudront pas grand-chose. Les mauvaises odeurs entreront aussi dans sa maison et noieront le parfum de ses fleurs.
L'homme ne devrait pas s'intéresser qu'à lui, mais tenir compte aussi de son environnement. Un être religieux ne s'intéresse pas qu'à lui-même, mais aussi à tout ce qui l'entoure. Je ressens aussi qu'il ne suffit pas de se préoccuper que de sa propre paix ; il faut aussi se demander si la brise de la paix atteint tous les êtres sensibles à qui nous sommes reliés, avec lesquels nous sommes connectés. Cela aussi doit nous intéresser. Et celui qui est mû par une soif intense de conduire toute la vie qui l'entoure vers la paix, découvrira que même s'il ne réussit pas à rendre les autres paisibles, il le deviendra certainement lui-même grâce à cet effort.
Il y a une anecdote dans la vie de Bouddha qui n'est peut-être qu'une histoire mais qui est très belle. Quand Bouddha atteignit le nirvana, l'ultime libération, il arriva à la porte de moksha, le salut, et le gardien lui ouvrit. Mais Bouddha lui tourna le dos. Alors le gardien lui demanda : « Pourquoi tournes-tu le dos à la porte de moksha ? » Bouddha répondit : « Il y a beaucoup de gens derrière moi, et tant qu'ils n'auront pas tous atteint moksha, je m'arrêterai ici et j'attendrai. Je ne suis pas assez dur, assez cruel et violent pour profiter tout seul du salut. La paix que j'ai trouvée me dit simplement d'être le dernier à entrer dans moksha ; tous les autres doivent y entrer d'abord. »
C'est une très belle histoire ; l'histoire dit que Bouddha attend toujours à la porte de moksha, afin que tous les autres puissent entrer d'abord ; lui-même veut être le dernier à entrer.
Le coeur de celui chez qui un tel sentiment est né a déjà atteint moksha, il n'a plus besoin de passer par une porte. Pour lui, la notion même de moksha n'a plus de sens. Celui qui éprouve une telle compassion y est déjà entré. Seuls ceux dont la vie témoigne d'une intense aspiration à répandre la paix deviennent paisibles.
Je crois que les amis qui se sentent attirés dans cette direction ne devraient pas se contenter de s'occuper d'eux-mêmes, mais aussi des autres et de leur environnement. Car cet intérêt peut faire du bien aux autres, et même s'il n'en fait pas, il sera pour eux-mêmes d'une grande valeur : cela les aidera à approfondir leur paix et leur joie, car l'une des raisons du mal-être est de rester centré sur soi. Et celui qui inclut dans son centre ceux qui l'entourent deviendra paisible. Ainsi nous nous sommes réunis ici pour que je puisse discuter avec vous de quelle manière un message d'amour, de paix et de compassion peut atteindre le plus grand nombre de gens possible. Quelles méthodes pouvons-nous trouver pour être sûrs que ce message les atteigne ? Est-ce possible ? Il ne s'agit pas de faire de la propagande, ni de créer une secte, une organisation ou un groupe. Nous n'avons pas à créer un centre qui devienne puissant en lui-même, mais nous devons diffuser le message aussi largement que possible, sans devenir un groupe, une secte, une organisation, sans créer un pouvoir centralisé. Et ceci nécessite une réflexion approfondie.
Si l'on désire créer une secte ou une organisation, ce n'est pas la peine d'y réfléchir longuement n'importe qui sait comment s'y prendre. On a déjà créé des milliers de sectes. Nous n'allons pas en créer une de plus. C'est pourquoi il faut y réfléchir de façon approfondie pour ne pas créer une secte ou une organisation et pourtant être capable de partager avec tous ce que nous aimons, ce qui nous donne de la joie. Nous ne voulons pas devenir des missionnaires, et pourtant une diffusion doit être possible.
C'est pourquoi c'est un problème très délicat, qui doit être considéré avec la plus grande attention et avec beaucoup de sensibilité. C'est comme si nous marchions sur une corde raide. Une des options est de ne rien diffuser du tout, à cause du danger de devenir une secte. Cela voudrait simplement dire que nous ne partageons ce message avec personne. Et la seconde alternative est de diffuser le message et d'aboutir à la création d'une secte. Ce danger existe aussi. Nous devons répandre le message, mais c'est absolument nécessaire de veiller à ne pas créer de secte.
Aussi la question est de rendre la diffusion possible sans faire de propagande, sans devenir une secte ni une organisation ; afin que la transmission nécessaire, le message vital, atteignent le maximum de gens possible. C'est ce que je vous invite à discuter ici. Je voudrais vous dire certaines choses fondamentales afin que vous puissiez y réfléchir.
La première chose, c'est que notre rassemblement d'amis aujourd'hui n'est pas aussi vaste que le message. Une organisation n'est pas nécessaire, mais seulement un rassemblement. Et la différence entre une organisation et un rassemblement doit être clairement comprise. Un rassemblement signifie que chacun est libre, il a librement choisi de venir et il peut librement décider de partir. Un rassemblement implique que tous sont égaux, personne n'est supérieur ou inférieur, il n'y a pas de hiérarchie, personne ne suit, personne ne commande. Tel est le sens d'un rassemblement. Nous voulons créer un rassemblement d'amis, pas une organisation qui comporte une autorité, une hiérarchie, des gens qui occupent un rang supérieur ou inférieur. Et une organisation a sa propre infrastructure ; de bas en haut il y a une hiérarchie, il y a des rangs et des positions, et tout cela devient de la politique. La politique est inévitable partout où il est question de rang et de position. Ceux qui s'accrochent à une position ont peur que quelqu'un ne les remplace. Ceux qui n'en ont pas aspirent à en avoir une. Ainsi l'organisation comporte ses propres risques.
Nous devons créer un rassemblement d'amis, pas une organisation. Dans le rassemblement tout le monde est égal et a une valeur égale. Personne n'est une autorité, personne n'est respectable, personne n'est supérieur et personne n'est inférieur ; et chaque individu n'est venu là que par amour. A part l'amour, il n'y a aucun autre commandement à suivre ; il n'y a pas non plus de serments ni de promesses à tenir ; pas plus que de voeux ou de préceptes auxquels s'engager. On se joint sur la seule base de son amour et de sa liberté individuelle et on peut partir dès qu'on veut. Et même lorsqu'on fait partie du rassemblement, on n'est pas tenu par un dogme ou une idéologie quelconque ; on est toujours libre d'avoir des opinions différentes, d'avoir sa propre pensée et de la suivre, de suivre sa propre sagesse. On n'est pas là pour suivre quelqu'un. Afin qu'un rassemblement d'amis, Jeevan Jagruti Kendra, puisse se créer, nous devons réfléchir sur cette base.
Il est certain que les règles qui régissent un rassemblement d'amis diffèrent de celles d'une organisation. Un rassemblement d'amis est tout à fait ce que nous pourrions appeler une institution anarchique. Par contre, une organisation est un système bien planifié, maintenu par des règles, des principes et des lois. Je n'ai pas l'intention de lier les gens par des lois, des règles ou des principes, car c'est tout ce contre quoi je lutte. De telles organisations existent déjà dans le monde entier ; à quoi bon en créer une de plus ? Il est certain qu'une organisation est plus efficace, et qu'un rassemblement ne saurait l'être à ce point. Mais être efficace au prix de la liberté, c'est payer trop cher. La démocratie n'est pas aussi efficace que la dictature, mais l'efficacité peut être sacrifiée, la liberté ne peut pas être sacrifiée.
Un rassemblement d'amis consiste en individus libres, qui se réunissent volontairement. S'il est nécessaire qu'il comporte un certain nombre de lois et de systèmes mineurs, ceux-ci seront au service des individus, ils ne les domineront pas. Ils seront fonctionnels ; ils ne peuvent pas être le but. Nous serons libres de les modifier n'importe quand. Ils ne devraient jamais être capables de nous perturber. Les lois seront faites pour nous, et non pas le contraire. C'est important de garder cela à l'esprit.
Certains amis pensent aujourd'hui qu'il devrait y avoir une charte. Bien sûr qu'il devrait y avoir une charte, mais pas semblable à ce qu'elle serait pour une organisation. Elle devrait être créée en se rappelant qu'elle doit servir un rassemblement d'amis. Elle sera très fonctionnelle ; elle sera utilitaire, et c'est dans ce but qu'elle sera rédigée, mais on ne s'y accrochera pas. Elle pourra être rejetée et brûlée n'importe quand. Et il est important de garder à l'esprit qu'aussi valable que soit cette charte, nos amis, en tant qu'individus, ont plus de valeur qu'elle, car elle a été créée pour ces amis ; ils ne se sont pas rassemblés ici pour elle. Ainsi, nous devons créer un rassemblement d'amis où la valeur et la dignité de chaque individu sera préservée. Il est évident que plus il y aura d'individus, plus leurs façons de penser et de comprendre seront variées. Il est naturel que plus ce rassemblement d'amis sera grand, plus il y aura de différences parmi eux.
Ainsi nous ne devrions pas essayer de créer une uniformité, sinon ce sera le début d'une organisation. Et plus nous essaierons de créer une uniformité, plus l'individualité de la personne, sa dignité et sa liberté seront détruites. Notre souci n'est pas l'uniformité, mais le respect de tous les amis, même de leurs opinions différentes. Car ma vision, c'est que la libre réflexion se développe dans tout le pays. Et si ceux qui désirent donner naissance à la libre réflexion sont eux-mêmes pris au piège d'une réflexion contrôlée, cela deviendra dangereux. Ainsi même vis-à-vis de moi, ce rassemblement d'amis ne devrait pas montrer de respect particulier. A mon égard aussi, ils devraient avoir une approche rationnelle et intelligente. Si ce que je dis vous semble juste, si cela vous plaît, si cela vous semble utile, alors seulement vous devriez le communiquer aux gens. Ne faites pas l'erreur de leur communiquer ce que je dis rien que parce que je l'ai dit.
Le rassemblement d'amis ne doit pas non plus être centré autour d'un individu, car cette personne, que ce soit moi ou n'importe qui d'autre, pourrait devenir le centre de l'adoration. Nous n'adorerons personne, nous ne serons les adeptes de personne, et nous n'aurons aucun chef. En commun, nous sommes amoureux d'une vision, d'un message, et nous sentons que si cela touche davantage de gens, ils en bénéficieront ; c'est pourquoi nous nous sommes réunis en amis, avec le désir de rendre cette vision accessible.
Aussi tout d'abord nous allons parler des organisations. Nous ne voulons pas créer une organisation, mais seulement un rassemblement d'amis. Et nous allons essayer de comprendre la différence subtile qu'il y a entre les deux. Cela sera la responsabilité de chaque individu de s'efforcer d'empêcher que le rassemblement ne devienne une organisation. Cela ne dépend pas seulement de moi. Je ne puis que le dire, mais cela ne dépend pas seulement de moi. Et si nous ne sommes pas très alertes, alors il y a un danger qu'il devienne une organisation. Aussi est-ce nécessaire d'être très alerte. Et cela doit être une expérience très consciente, afin qu'il ne devienne pas une organisation.
Une secte peut se former de façon très insensible ; avant même que nous en soyons conscients, une secte se forme. Aussi nous devons être très attentifs à cela. Et si nous en sommes conscients à l'avance, alors peut-être pourrons-nous faire en sorte que cela ne se produise pas. Ceci est une des alternatives. L'autre possibilité est que si nous avons peur qu'elle devienne une organisation, ou une secte, nous ne fassions rien du tout. C'est l'autre danger : si on ne fait rient, le message qui doit être transmis ne peut pas l'être. Alors c'est à moi tout seul qu'il incombe de courir autant que je peux pour transmettre ce message. Je le ferai de toute manière ; pour moi cela ne fait pas de différence. Mais le même message pourrait atteindre bien plus de gens. Plus il y aura d'amis qui coopéreront, plus ce message pourra se répandre facilement.
Et aujourd'hui la science a développé tant de techniques qui modernisent la société que nous serions bien bêtes de ne pas les utiliser. Ce serait commettre une erreur. Par exemple ici, si je parlais sans micro, cela irait. Même si vous n'entendiez pas ma voix très clairement, cela suffirait quand même. Quand il n'y a pas trop de monde, on peut m'entendre, mais s'il y avait davantage de gens, ma voix ne porterait plus assez loin. Grâce au micro, ma voix porte plus loin. Aujourd'hui, avec toute la technologie dont nous disposons, une seule personne peut accomplir davantage de travail en une vie que Bouddha et Mahavir ne l'auraient pu en vingt, s'ils l'avaient voulu. Bouddha et Mahavir étaient désavantagés. En utilisant les moyens qui leur étaient accessibles, ils accomplirent un travail plus que suffisant. Mais si aujourd'hui, on demandait à quelqu'un de travailler de la même manière, ce serait pure bêtise.
Actuellement, nous pouvons profiter de toute cette technologie. Une seule personne peut faire tellement plus de travail avec cette technologie. Nous devons donc l'utiliser. Il est également important de réfléchir à cela.
Il m'est impossible de le faire tout seul. Il nous faut beaucoup plus d'amis, toutes sortes d'amis différents. L'un peut faire un travail manuel, l'un peut utiliser son intellect, un autre peut s'occuper de l'argent, un autre peut aider d'une autre manière ; chacun peut aider en fonction de sa compréhension, de ses dispositions. Il est aussi important de se rappeler que plus ces amis seront variés, mieux cela vaudra, car plus il y aura de gens différents, contribuant chacun à sa manière, accomplissant différents types de travaux, offrant différents types d'aide, plus le travail deviendra riche.
Il arrive souvent que des amis ayant formé leur propre cercle craignent les étrangers. Ils ont peur que la venue d'un étranger ne cause toutes sortes de difficultés. Aussi ce qui se passe généralement, c'est que lorsque des amis se réunissent quelque part, ils créent leur cercle, puis ils craignent que de nouveaux amis les rejoignent. Leur peur c'est que le nouveau-venu ne les dérange. Cette peur aussi est naturelle. Ce sentiment protecteur n'est pas entièrement mauvais. Mais si vingt-cinq amis anciens craignent un seul nouvel arrivant, c'est un signe de grande faiblesse. Ils devraient au contraire se dire que nous qui sommes vingt-cinq, nous transformerons le nouveau, et non le contraire. Si nous sommes assez faibles pour qu'un nouvel arrivant puisse nous changer, alors c'est nous qui devrions être changés. Quel mal y a-t-il à cela ? Pourquoi serait-ce si grave ?
Il arrive toujours que lorsqu'un groupe se rassemble, il forme un cercle. Alors il se crée une distance entre ce cercle et ceux qui sont à l'extérieur. Cela se fait inconsciemment, personne ne le fait consciemment. Ce sont les caractéristiques naturelles du mental. Si vous vous rendez dans un village inconnu accompagné de quelques amis, peut-être ne vous ferez-vous pas d'amis dans ce village. Vous resterez entouré par le cercle de ces quelques amis et vous n'en sortirez pas. Dans une situation où vous vous trouveriez inévitablement seul, ce serait différent, vous seriez obligé de vous faire un ami. Autrement vous n'en feriez pas.
Aussi chaque groupe a tendance à se replier sur lui-même ; cette tendance existe. Et ce repli offre une sorte de sécurité ; tout est connu, tout est bien ; ce que nous aimons, les autres l'aiment aussi. Un étranger pourrait dire des choses nouvelles et tout bouleverser. Nous devons laisser tomber cette peur. Ce n'est qu'à cette condition que le travail pourra se répandre largement. Il faudrait mettre l'accent sur la capacité de rester tellement tolérant, d'avoir un coeur si vaste et ouvert, des bras si accueillants que nous pourrons assimiler même les gens les plus opposés. Pas un seul ne devrait être exclu. Nous devons faire place en nous même pour celui qui est totalement différent de nous et nous devons découvrir ses dons qui peuvent nous être utiles.
A ce propos, récemment en Inde, Gandhi a fait une grande expérience. Il a rassemblé bien des gens ayant des points de vue différents et même opposés. Des gens totalement dissemblables qui, étant donné leurs opinions, ne pourraient jamais se mettre d'accord, furent réunis dans le même projet et participèrent à une entreprise épique.
Lorsqu'on croit que des gens ayant des idées et des personnalités différentes ne devraient pas être inclus dans un même effort, cet effort ne pourra pas prendre de l'ampleur ; il restera très limité. Ce serait comme une petite rivière qui se dirait : « Je ne dois pas me mêler à n'importe quelle rivière ou ruisselet venant de loin ; qui sait quelle sorte de boue et de déchets, quelles sortes de substances et de minéraux ils risquent d'apporter, qui sait si leur eau est bonne ou mauvaise ? » Si une rivière raisonne ainsi, elle ne restera qu'un ruisselet ; elle ne pourra pas devenir un fleuve, un Gange. Et pour devenir un Gange, elle doit tous les recevoir. Ainsi cette capacité de tout recevoir doit être présente.
Il est nécessaire de se demander comment assimiler autant de gens que possible. Nous devrons créer cet espace. Peu à peu, nous devrons voir comment donner aux gens l'occasion de se joindre à nous, comment nous pouvons leur trouver du travail et comment nous pouvons les aider à participer.
Il y a tant de gens dans le pays qui viennent me dire qu'ils aimeraient m'aider dans mon travail, qui m'écrivent des lettres pour me demander ce qu'ils peuvent faire pour m'aider. C'est à vous qu'incombe la responsabilité d'accueillir la contribution de tous ces amis. Et vous devez complètement vous débarrasser de l'idée qu'il pourrait y avoir un seul être qui ne puisse être utile à quelque chose. Un tel être n'existe pas sur la terre. Que dire des gens, même les animaux et les oiseaux deviennent une aide. Même leur aide devient... Absolument personne n'est inutile. Aussi devons-nous considérer comment employer au mieux quelqu'un qui le souhaite.
Si nous nous encombrons d'idées toutes faites sur ce que chacun est ou doit être, cela sera très difficile. Si nous décidons d'attendre et de juger les gens avant de décider en premier lieu personne n'a le droit de juger quiconque et si nous essayons de juger les autres, vous ne pouvez pas vous imaginer à quel point cela freinera le travail.
Il y avait un homme qui fréquentait l'ashram de Gandhi. Les gens se plaignirent qu'il était vraiment immoral, qu'il était un ivrogne, qu'il avait fait ceci ou cela. Gandhi se contenta de les écouter. Tous les amis furent très troublés de voir que Gandhi ne chassait pas cet homme de l'ashram au contraire il le faisait venir toujours plus près jusqu'à ce qu'enfin, ses peurs ayant disparu, l'homme se mit à entrer dans l'ashram d'un air très arrogant.
Un jour, quelques-uns des proches de Gandhi lui dirent que c'en était trop ; ce jour-là, ils avaient vu de leurs propres yeux cet homme assis dans un bar ; c'était absolument honteux et dégradant que cet homme boive du vin en étant habillé d'un khadi, l'habit gandhien, et c'était très malheureux qu'un tel homme vienne à l'ashram, c'était une honte pour l'ashram.
Gandhi leur répondit : « Pour qui ai-je ouvert cet ashram ? Pour des gens bien ? Où donc iront les mauvaises gens ? Et ceux qui sont bien, pourquoi ont-ils besoin de venir à l'ashram ? Pour quoi et pour qui suis-je ici tout d'abord ? Et deuxièmement, vous dites qu'il est assis dans ce bar vêtu d'un khadi et vous vous demandez ce que les gens vont penser ? Si je le voyais là, je le serrerais contre mon coeur. Car la première pensée qui me viendrait à l'esprit serait : « C'est étonnant, on dirait que mes paroles commencent à atteindre les masses ; même des ivrognes commencent à porter le khadi. Vous voyez que quelqu'un qui porte le khadi boit du vin ; j'aurais vu que quelqu'un qui boit du vin s'est mis à porter le khadi. Et dans ce cas, le jour n'est pas loin où cet homme s'arrêtera de boire. Une transformation est en train de se faire chez cet homme. Il a eu du courage ; au moins, il porte le khadi. L'amour est né dans son coeur, une transformation se fait en lui ».
Ainsi, cet homme peut être vu sous deux angles différents : d'un côté, on voit qu'il boit du vin tout en étant vêtu d'un khadi ; et vous voudrez le chasser de l'ashram. Mais on peut aussi le voir autrement : voilà un ivrogne qui porte un khadi. Et vous aurez envie de l'accueillir dans l'ashram avec joie.
Si cet ashram doit s'agrandir et atteindre les masses, vous devrez adopter ce second point de vue plutôt que le premier. Ainsi quiconque s'approchera de nous sera uniquement considéré d'après ce qu'il y a de bon en lui, et en fonction de l'aide qu'il pourra apporter. Et je voudrais aussi vous dire que nous donnons une énergie considérable et un puissant encouragement à devenir bon à celui que nous voyons avec amour.
Si vingt êtres bons acceptent un homme mauvais comme s'il était bon, il lui sera difficile de continuer à être mauvais. Mais lorsque tout le monde qualifie un homme de mauvais, c'est facile pour lui de devenir mauvais, ou de continuer à l'être. Si un homme est un voleur et qu'un autre homme lui témoigne sa confiance, comme s'il n'était pas un voleur, sa capacité de voler et la probabilité qu'il vole, diminueront. Car il n'existe personne qui ne respecte pas les bons sentiments d'un autre coeur. Si un voleur venait parmi nous et que nous pouvions tout simplement lui faire confiance, comme s'il était quelqu'un de bien, il ne serait pas capable de voler ici. Cela a l'air de contredire toutes les lois habituelles, mais cela devient impossible. Le fait que tant de gens lui témoignent respect et confiance serait pour lui tellement plus précieux que de voler qu'il ne pourrait s'y soustraire.
Chaque individu a le sentiment d'être bon, mais le problème est que personne n'est prêt à l'accepter. Et lorsqu'il rencontre quelqu'un qui est prêt à l'accepter comme bon, vous ne pouvez pas imaginer ce qui se réveille et grandit en lui.
Vous avez peut-être entendu parler d'une actrice américaine, Greta Garbo. Elle est née dans une pauvre famille d'un petit pays d'Europe. Et jusqu'à l'âge de dix-neuf ans, elle travaillait comme aide chez un barbier, pour presque rien.
Un touriste américain dont elle savonnait la barbe vit son visage dans le miroir et dit : « Très beau, votre visage est très beau ! » Greta lui dit : « De quoi parlez-vous ? J'ai fait ce travail pendant six ans, et personne ne m'a jamais dit que j'étais belle. De quoi parlez-vous ? Suis-je vraiment belle ? »
L'Américain dit : « Vous êtes très belle. J'ai rarement vu une femme aussi belle. »
Et Greta Garbo écrit dans son autobiographie : « Ce jour-là, pour la première fois je devins belle. Un homme m'a dit que j'étais belle. Je ne le savais pas. Ce jour-là, quand je suis rentrée chez moi et que je me suis regardée dans le miroir, j'ai réalisé que j'étais devenue une autre femme ».
Cette jeune fille, qui fut assistante chez un barbier jusqu'à dix-neuf ans, se révéla plus tard être la plus grande actrice d'Amérique. Et elle ne put en remercier que cet Américain, qui pour la première fois lui avait dit qu'elle était belle. Elle dit : « Si cet homme ne m'avait pas adressé ces quelques paroles ce jour-là, je serais probablement restée toute ma vie l'aide d'un barbier. Je n'avais pas la moindre idée que j'étais belle. » Il se peut qu'il n'ait dit cela qu'en passant, ou simplement pour être poli, sans même se rendre compte de ce qu'il disait, comme un simple commentaire. Et il se peut qu'il n'ait pas même réalisé que cette simple déclaration avait donné naissance à une image de beauté chez cette femme, quelque chose d'endormi s'était soudain éveillé en elle.
Il est nécessaire de réveiller ce qui est endormi chez ceux pour qui vous voulez faire quelque chose. C'est pourquoi il faut se concentrer moins sur ce qu'ils sont et davantage sur ce qu'ils pourraient être. Si vous avez un grand travail à accomplir et sans aide vous ne pourriez le faire et que je vous dise de demander à tel ou tel de vous aider, vous pourriez dire : « Mais cet homme est mauvais, il n'est pas honnête, on ne peut pas lui faire confiance. » C'est entendu que ce n'est pas un homme bien, qu'il est malhonnête qui ne l'est pas ? Et la question n'est pas ce qu'il est, mais plutôt ce qu'il pourrait être. Si vous voulez qu'il accomplisse un grand travail, vous devrez toucher en lui ce qu'il pourrait devenir.
Kripalani travaillait comme cuisinier dans l'ashram de Gandhi. Un journaliste américain séjournait dans l'ashram et il demanda : « L'homme qui prépare votre nourriture a l'air d'être J.B. Kripalani. » Kripalani, qui était en train de faire la vaisselle, s'exclama : « Ce vieil homme est incroyable ! En fait, je n'étais capable d'être qu'un cuisinier et cet homme a réveillé en moi quelque chose qui dépasse toute description. » Ce réveil peut avoir lieu même chez l'être le plus insignifiant.
Lorsque nous lui lançons un appel, lorsque nous faisons apparaître ce qui dormait dans son âme et que nous lui faisons confiance, lorsque notre appel lance un défi à ce qui sommeille en lui, il peut donner beaucoup. Et vous pouvez aussi démoraliser l'homme le plus remarquable. Si vous lui dites qu'il n'est rien, et si c'est ce que tout le monde lui répète, soyez sûrs qu'il ne deviendra rien.
Aussi si une révolution spirituelle doit se développer à une vaste échelle dans ce pays et c'est absolument nécessaire et même si nous ne pouvons pas faire plus que de préparer le chemin, cela suffit, car quelqu'un d'autre l'achèvera. Peu importe par qui cela arrive. L'important n'est pas que cela se produise seulement à travers nous. Non, si nous pouvons au moins préparer la voie afin que plus tard, un jour, une révolution se réalise, c'est plus qu'assez ; le processus est déjà en route. Ainsi si cela doit se faire, il faut former un groupe très inclusif. Une organisation ne peut jamais être inclusive. Un groupe d'amis peut être très inclusif, très étendu. Car on y accepte la diversité. Personne n'est contraint ni contrôlé. Dans le groupe chacun est libre et personne n'est sous contrôle. Car lorsque quelqu'un d'intelligent commence à sentir qu'il est contrôlé, cela le dérange. Aucun être intelligent n'aime être esclave. Ce sont ceux qui souffrent d'un complexe d'infériorité qui veulent être contrôlés ; seuls ceux qui se sentent inférieurs préfèrent les chaînes ; personne d'autre n'en a envie.
Le groupe doit rester tellement ouvert que lorsque quelqu'un y entre, il ne sente même pas qu'il est entré quelque part, qu'il se soit fait prendre. Il devrait se sentir libre. Pour lui, entrer ou partir ne devrait pas faire de différence.
Je voudrais qu'un tel groupe se crée, un groupe d'amis aussi inclusif. Car ceux qui au début se réunissent en vue d'une révolution ne se rendent pas compte de la portée que cette révolution va avoir. Les compagnons de Lénine n'avaient aucune idée que ce qui se passa en 1917 deviendrait un phénomène aussi universel. Voltaire et ses amis n'imaginaient pas non plus tout ce qui résulterait de la Révolution française. Gandhi et ses amis non plus ne savaient pas ce qui allait se passer ou non. Le Christ ne pouvait pas du tout savoir ce qui était en train de naître avec lui... Le Christ n'avait que douze amis, qui n'étaient même pas très instruits, de simples campagnards : l'un était charpentier, un autre était cordonnier, un autre pêcheur des gens sans instruction. Le Christ ne pouvait même pas imaginer que cela deviendrait une révolution si étendue, qu'un jour la moitié du monde reconnaîtrait son message. Il n'aurait même pas pu l'imaginer. Celui qui sème les premières semences n'imagine jamais la grandeur qu'auront les arbres. S'il en avait été ainsi, le travail serait devenu incomparablement beau.
Lors de mes rencontres de plus en plus nombreuses à travers le pays, j'ai commencé à sentir que ce travail pourrait devenir un immense banyan. Des milliers de gens pourraient s'abriter sous son ombre. Il deviendrait une source si abondante qu'elle pourrait étancher la soif de millions d'êtres. Mais cela n'apparaît pas encore clairement aux amis qui sont les premiers à se rassembler ici. S'ils peuvent en prendre conscience, alors ils pourront peut-être commencer à travailler de façon organisée.
Récemment, je lisais un livre scientifique. En Russie, lorsqu'ils construisent des routes, ils calculent combien de personnes utiliseront ces routes pendant cent ans, puis ils les construisent en conséquence. Et ici dans notre pays, nous construisons aussi des routes, mais nous ne prévoyons même pas combien de gens y passeront pendant deux ans. Et tous les deux ans les routes doivent être refaites, on doit les élargir. Tous les cinq ans nous réalisons que le trafic a augmenté et que la route n'est plus adéquate. Sommes-nous aveugles au point de ne pouvoir estimer le nombre de gens qui utiliseront les routes ?
Des gens étonnants prédisent cent ans d'avance combien il y aura d'habitants dans telle ville, combien il y aura d'usagers des routes, quelle devra être leur largeur. Ils décident qu'il vaut mieux les construire maintenant selon ces données. Le travail de ceux qui ont cette vision à long terme devient facile, cela évite que les difficultés ne se répètent sans cesse.
Aujourd'hui, notre groupe d'amis est restreint. Mais dans dix ans, il pourrait être plus nombreux que vous ne pouvez l'imaginer. Et nous devons travailler en tenant compte de ceci la route doit être construite d'une largeur suffisante pour accueillir cette possibilité. Dans dix ans, des étrangers inconnus marcheront le long de cette route ; peut-être ne serez-vous plus là, ni moi non plus, ni aucun d'entre nous, mais quelqu'un marchera sur cette route. Et nous devons garder cela à l'esprit tout en travaillant. Nous devons aussi réaliser que ce n'est pas nous qui sommes précieux, c'est le chemin que nous créons et auquel nous consacrons notre vie qui est précieux. S'il est assez large, nombreux sont ceux qui pourront y marcher.
Il nous faut considérer chacun de ces points en détail, pour voir ce qui peut être fait à ce sujet. Ma compréhension des détails est très limitée. Pour cela vous êtes plus compétents que moi.
Je puis vous indiquer quelques lignes directrices sur lesquelles on doit réfléchir. Mais je ne comprends presque rien aux détails : comment il faut faire les choses, quelle quantité de personnes, d'argent, de travail cela nécessitera. Vous savez probablement tout cela mieux que moi. Vous savez certainement mieux que moi quelle forme pratique donner à cette vision, et jusqu'où la développer. Je n'en connais même pas l'ABC. C'est pourquoi j'ai pensé vous soumettre mes idées et écouter également les vôtres. Et de la rencontre de nos idées naîtra peut-être quelque chose de possible.
Je puis vous dire certaines choses à propos du ciel, mais en ce qui concerne la terre, je ne sais pas grand-chose. Et ne parler que du ciel n'a pas grande valeur. Les racines doivent s'enfoncer dans la terre, c'est là qu'elles puisent l'eau et la nourriture. Ainsi je parlerai de la manière dont un arbre peut se déployer dans le ciel, et comment il peut fleurir, mais vous devrez réfléchir davantage aux racines. Et souvenez-vous que les fleurs ne sont pas aussi importantes que les racines. Les fleurs dépendent des racines.
Quelles racines pouvons-nous donner à ce travail afin que cet arbre puisse croître ? J'y consacrerai tout mon effort et toute mon énergie, qu'il grandisse ou non c'est ma contribution. Pour moi ce n'est pas un travail, c'est ma joie, ma félicité. Que j'aie des compagnons ou non, cela ne fait aucune différence ; je continuerai de la même manière. Mais si j'ai des compagnons, ce travail peut devenir vaste et atteindre bien des gens.
Je vous ai dit certaines choses sur ces quelques points. Maintenant c'est à vous de réfléchir aux détails : qu'est-ce qui peut être fait, et comment ? Réfléchissez-y avec un esprit très ouvert.
Le camp que je conduis ici est restreint. Mais l'idée, c'est d'organiser un camp pour tous mes amis qui se sont intéressés à ce travail, à travers tout le pays. Ce camp est expérimental, car un petit nombre de gens peut arriver plus facilement à une conclusion. Cela ne serait peut-être pas si facile avec un groupe plus nombreux.
Aussi nous devrions réfléchir, puis refaire un camp qui puisse rassembler des gens de tout le pays. Il est aussi nécessaire qu'ils se rencontrent entre eux, qu'ils fassent connaissance les uns avec les autres. Ils travaillent dans leur région. Votre coopération et votre encouragement sont nécessaires à leur travail. Ils ne devraient pas se sentir seuls là où ils sont. Ils devraient sentir qu'il y a aussi beaucoup d'autres amis dans tout le pays, qu'ils ne sont pas isolés dans leur coin, qu'ils ont des compagnons de route, et qu'en cas de nécessité, ils seraient tous avec eux, pour les conseiller, ou pour les aider dans leur travail si c'est nécessaire.
Récemment, des amis de Rajkot m'ont dit qu'ils désiraient apporter mon message dans les villes et dans les endroits où je n'ai pas encore été. Ils veulent créer une base pour que je puisse y aller.
C'est devenu nécessaire. Lorsque je vais dans une nouvelle ville, quelques centaines ou quelques milliers de personnes viennent m'écouter. Si un travail préparatoire avait été fait à l'avance, dix mille, cinquante mille personnes pourraient m'entendre.
Des amis à différents endroits me font diverses suggestions. Elles sont très significatives et très utiles. Tous ces amis peuvent se rencontrer pour examiner la situation. Cette rencontre deviendra une base pour que cela se passe. Pour l'instant je n'en dirai pas davantage. L'idée est que nous arrivions ensemble à certaines conclusions, grâce à notre réflexion commune, afin que nous puissions avancer sur la base de décisions solides, qui nous permettront à leur tour de faire un certain travail.
C'en est assez pour aujourd'hui.
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