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« Citation. »
– Osho

La Vérité Pure

Janak demanda : Comment peut-on atteindre la sagesse ? Comment arrive la libération ? Comment le non-attachement est-il atteint ? Dis-le moi, s’il te plaît.

Ashtavakra répondit : Oh ! bien-aimé, si tu veux la libération, renonce aux passions comme si c’était du poison, et considère le pardon, l’innocence, la compassion, le contentement et la vérité comme un nectar. Tu n’es ni la terre, ni l’air, ni le feu, ni l’eau, ni l’éther. Pour atteindre la libération, reconnais-toi comme la conscience qui observe tout cela.

Si tu peux te séparer de ton corps physique et reposer dans la conscience, à l'instant même tu seras heureux, en paix, et libre de liens.

Tu n’es ni un brahmane ni d’une autre caste, tu n’es dans aucune des quatre étapes de la vie, tu n’es pas perçu par les yeux ou par d'autres sens. Sans attache et sans forme, tu es le témoin de l’univers tout entier. Sache-le et sois heureux.

Oh ! Toi qui est en train de t’ouvrir, religion et athéisme, bonheur et malheur – tout cela appartient au mental, ce n'est pas pour toi. Tu n’es ni celui qui agit, ni celui qui a du plaisir. Tu as toujours été libre.

Nous nous embarquons pour un voyage exceptionnel. L’homme a beaucoup d’Ecritures, mais aucune ne se compare à la Gita d’Ashtavakra. Devant elle, les Védas pâlissent, les Upanishads sont à peine un murmure. Même la Bhagavadgita n’a pas la majesté que l’on trouve dans la Samhita Ashtavakra – elle est simplement incomparable.

Le plus important, c’est que ni la société, ni la politique, ni aucune autre institution humaine n’eurent la moindre influence sur les déclarations d’Ashtavakra. Nulle part ailleurs, il n’existe de déclarations qui soient si pures, transcendantales, par-delà le temps et l’espace. Peut-être est-ce la raison pour laquelle la Gita d’Ashtavakra, l'Ashtavakra Samhita n’a pas eu beaucoup d’impact.

La Bhagavadgita de Krishna a eu une grande influence. Tout d’abord parce que la Gita de Krishna est une synthèse. Il se soucie plus de synthèse que de vérité. Le désir de synthèse est si fort que Krishna n’hésite pas à sacrifier quelque peu la vérité si c'est nécessaire.

La Gita de Krishna est un pot-pourri qui contient tout ; c’est pourquoi elle plaît à tous car elle contient quelque chose pour chacun. Il est difficile de trouver une tradition dont on n'entendrait pas la voie dans la Gita. Il est difficile de trouver quelqu’un qui n'en tire pas de consolations. Mais pour ce genre de personnes, la Gita d’Ashtavakra se révélera très ardue.

Les gens aiment la Gita de Krishna parce qu’il est très facile d’en extraire une signification personnelle. La Gita de Krishna est poétique : deux plus deux peuvent y faire cinq, deux plus deux peuvent aussi y faire trois. Aucun stratagème de ce genre n’est possible avec Ashtavakra. Avec lui, deux plus deux font exactement quatre. Les déclarations d’Ashtavakra sont des déclarations de mathématiques pures. Ici, il n’y a pas la moindre possibilité de licence poétique. Il dit les choses telles qu’elles sont, sans compromis d’aucune sorte.

Lorsqu’un dévot lit la Gita de Krishna, il en extrait quelque chose dont il peut faire une croyance, car Krishna parle de la bhakti, de la dévotion. Le karma yogi en retire sa croyance, car Krishna a parlé du karma yoga, du yoga de l’action. Celui qui croit à la connaissance trouvera ce qu’il veut, car Krishna a aussi parlé de la connaissance. Parfois Krishna qualifie d’ultime la dévotion, ailleurs il qualifie d’ultime la connaissance, ailleurs encore il qualifie d’ultime le karma yoga.

Les déclarations de Krishna sont très politiques. Il fut un politicien, un politicien parfait. Dire simplement qu’il fut un politicien n’est pas correct ; il fut un politicien perspicace, un vrai diplomate. Dans ses déclarations, il prenait beaucoup de choses en considération, il en incluait beaucoup. C’est pourquoi la Gita convient à tous; c'est pourquoi il existe des milliers de commentaires sur la Gita.

Personne ne se soucie d’Ashtavakra, car en acceptant Ashtavakra, vous devrez vous abandonner – inconditionnellement. Vous ne pouvez pas venir avec. Vous ne vous en rapprocherez que si vous restez en arrière. Avec Krishna, vous pouvez venir avec. Avec Krishna, il n’est pas nécessaire de vous transformer. Avec Krishna, vous pouvez vous ajuster, tel que vous êtes.

C’est pourquoi les fondateurs de toutes les traditions ont écrit des commentaires sur la Gita de Krishna – Shankara, Ramanuja, Nimbaraka, Vallabha – tous. Chacun en a extrait sa propre signification. Krishna a dit les choses de manière à permettre de multiples significations ; c’est pourquoi je qualifie sa Gita de poétique. Vous pouvez tirer d’un poème la signification que vous voulez.

Les déclarations de Krishna sont comme des nuages qui vous entourent à la saison des pluies : vous y voyez tout ce que vous voulez. L’un y verra une trompe d’éléphant, un autre y verra le corps de Ganesh, le dieu éléphant. Un autre n'y verra rien. Il dira, « Quelle bêtise ! Ce sont des nuages, de la vapeur – comment pouvez-vous y voir des formes ? »

En Occident, les psychanalystes utilisent le test des taches d’encre : jetez simplement de l’encre sur du papier buvard et demandez à quelqu’un de dire ce qu’il y voit. Il regardera soigneusement et y verra une chose ou une autre. Il n’y a rien, juste une tache d’encre sur du buvard – faite par hasard, sans but précis, simplement versée du flacon. Mais celui qui les regarde y trouvera quelque chose. Ce qu’il trouve est dans sa tête, il l’a projeté.

Vous avez sûrement vu les lignes que la pluie fait en tombant sur un mur. Parfois on voit le visage d’un homme, parfois on voit la tête d’un cheval. Vous y projetez ce que vous voulez voir. Dans l’obscurité de la nuit, des vêtements qui pendent sur un cintre ressemblent à des fantômes.

C'est pareil pour la Gita de Krishna – vous y voyez tout ce qui est dans votre tête. Shankara y voit donc la connaissance, Ramanuja voit la dévotion, Tilak voit l’action – et chacun rentre chez lui de bonne humeur en pensant que ce que dit Krishna est pareil à sa croyance.

Emerson écrit qu’une fois un voisin est venu chez lui emprunter des écrits de Platon. Platon vivait il y a deux mille ans et il est l’un des penseurs exceptionnels et uniques du monde. Des semaines plus tard, Emerson lui rappela, « Si vous avez lu ces livres, voulez-vous bien les rendre ?« Quand le voisin les rendit, Emerson lui demanda, « Comment les avez-vous trouvés ? »

L’homme dit, « Les pensées de ce Platon, sont totalement en accord avec les miennes. Je l’ai ressenti plusieurs fois : comment cet homme pouvait-il connaître mes pensées ? « Platon vivait deux mille ans avant lui et ce type soupçonnait Platon de lui avoir volé ses pensées !

Souvent, ce genre de suspicion se produit aussi avec Krishna. Des siècles ont passé et des commentaires sur Krishna continuent d’affluer. Chaque siècle y trouve son propre sens, chaque personne y trouve son propre sens. La Gita de Krishna ressemble à une tache d’encre… C’est la déclaration du parfait politicien.

Vous ne pouvez extraire aucune croyance de la Gita d’Ashtavakra. Ce n’est que si vous vous abandonnez en la pénétrant, qu'elle devient claire pour vous. Le message d’Ashtavakra est claire comme du cristal. Vous serez même incapable d’y ajouter la moindre parcelle d’interprétation personnelle. C’est la raison pour laquelle on n’a pas écrit de commentaires sur la Gita d’Ashtavakra. Il n’y a pas la moindre chance d’écrire de commentaire ; il n’y a aucun moyen de la déformer, de l’altérer. Votre mental n’a aucune chance de pouvoir y ajouter quoi que ce soit. Ashtavakra s’est exprimé de telle façon que personne n’a été capable d’y ajouter ou d’en retrancher quoi que ce soit, même des siècles plus tard. Il n’est pas facile de produire une expression aussi parfaite. Il est très difficile de rencontrer un tel don des mots.

C’est pourquoi je dis que nous nous embarquons dans un voyage exceptionnel.

Les politiciens n’ont aucun intérêt pour Ashtavakra. Ni Tilak, ni Aurobindo, ni Gandhi, ni Vinoba ; aucun d’entre eux n’y a intérêt parce qu’avec Ashtavakra, ils ne peuvent plus jouer leur propre jeu. L’intérêt de Tilak, c'était d’inspirer le nationalisme. Il voulait que le pays tout entier passe à l’action – et la Gita de Krishna l’a aidé. Krishna est prêt à soutenir n’importe qui. Quiconque veut s’appuyer sur son dos pour tirer des balles – Krishna est prêt. Son dos est là, vous pouvez en profiter pour vous cacher derrière. Et tirer, caché derrière son dos, donne même un sens aux balles.

Ashtavakra ne permet à personne de poser même une main sur son épaule. Gandhi ne s’y intéresse donc pas, Tilak ne s’y intéresse pas, Aurobindo, Vinoba n’ont rien à faire avec lui, parce qu’ils ne peuvent rien imposer. Il n’y a pas de place pour la politique – Ashtavakra n’est pas un être politique.

C’est la première chose que vous devez garder à l’esprit… une clarté de cristal, une expression semblable à un ciel dégagé sans nuage en vue, vous ne pouvez voir aucune forme. Ce n’est que quand vous abandonnerez toutes les formes, quand vous vous désidentifierez de toutes les formes et que vous vous relierez au sans-forme, que vous pourrez comprendre Ashtavakra. Si vous voulez réellement le comprendre, vous devrez descendre dans les profondeurs de la méditation. Aucun commentaire, aucune interprétation ne vous aidera.

Et pour la méditation, Ashtavakra ne nous demande pas de nous asseoir et de chanter « Ram, Ram. « Il dit que ce que vous faites n'est pas de la méditation. Comment peut-il y avoir méditation quand il y a quelqu’un qui agit ? Tant qu’il y a action, il y a illusion. Tant que celui qui agit est présent, l’ego est présent. Ashtavakra dit que la méditation, c'est de devenir un témoin. Alors celui qui agit disparaît ; il ne reste plus que ce témoin, l'observateur. Quand vous n’êtes plus qu’un observateur, alors seulement il y a darshan, vision : alors seulement il y a méditation, alors seulement il y a sagesse.

Avant d'entrer dans les soutras, il est nécessaire de comprendre plusieurs choses au sujet d'Ashtavakra. On n’en connaît pas grand-chose, car il n’était ni un homme social ni un homme politique, il n’existe donc aucune trace historique. Seuls quelques incidents sont connus – et ils sont tout simplement étonnants, à peine croyables. Mais si vous les comprenez en profondeur, le sens vous en sera révélé.

Le premier incident se produisit avant la naissance d’Ashtavakra. On ne connaît rien de ce qui a suivi, mais ceci est un incident qui arriva alors qu' il était encore dans la matrice. Son père, qui était un grand érudit, aurait récité les Védas quotidiennement tandis qu’Ashtavakra l’écoutait dans la matrice. Un jour, une voix sortit de la matrice, elle disait, « Arrête ! C'est complètement idiot. Il n’y a absolument aucune sagesse là-dedans. De simples mots – rien qu’une collection de mots. Trouve-t-on la sagesse dans les écritures ? La sagesse est en soi. Trouve-t-on la vérité dans les mots ? La vérité est en soi. »

Bien sûr, le père fut fou de rage. Tout d’abord, c’était lui le père et en plus c’était un érudit. Et son fils, caché dans la matrice, lui disait ce genre de choses ! Même pas encore né ! Il explosa de rage, de colère : l’ego du père avait été touché. Et un ego d’érudit… il était un grand pandit, un maître du débat, qui connaissait les écritures.

Dans sa colère, il prononça une malédiction : le gamin serait difforme de naissance ; ses membres se plieraient en huit. D’où son nom : Ashtavakra veut dire celui dont le corps a huit articulations. Il naquit, déformé en huit endroits... huit endroits, bossu comme un chameau. Dans sa colère, le père déforma le corps de son fils.

Il y a d’autres histoires comme celle-ci…

On raconte que Bouddha est né debout. Sa mère se tenait debout sous un arbre ; elle donna naissance debout et il naquit debout. Il ne tomba pas sur le sol mais se mit à marcher ! Il fit sept pas et au huitième, il s’arrêta et proclama les quatre nobles vérités – que la vie est souffrance ! Il fit juste sept pas sur le sol et proclama que la vie est souffrance, qu’il est possible d’être libre de la souffrance, qu’il y a un moyen de s'en libérer, qu’il existe un état libre de souffrance – l’état de nirvana.

Quant à Lao Tseu, l’histoire dit qu’il est né vieux, qu’il est né âgé de quatre-vingts ans, qu’il est resté dans la matrice quatre-vingts ans. Comme il n’avait aucun désir de faire quoi que ce soit, il n’avait aucun désir de quitter la matrice. Comme il n’avait aucun souhait, il ne souhaitait pas naître non plus. Quand il naquit, il avait des cheveux blancs, un vieil homme de quatre-vingts ans !

On raconte que Zarathoustra éclata de rire à sa naissance.

Mais Ashtavakra les a tous battu. Tous ces événements se sont produits après la naissance ; Ashtavakra fit sa déclaration avant de naître!

Ces histoires sont significatives. Ces histoires contiennent l’essence, le trésor essentiel de la vie de ces maîtres.

L’histoire de Bouddha contient l’essence de ce qu’il enseigna toute sa vie… Bouddha enseigna la voie des huit retraits, il fit donc sept pas et s’arrêta au huitième. En tout, il y a huit parties ; le dernier pas est celui du vrai samadhi, et ce n’est que dans cet état de samadhi que toute la vérité de la vie est connue. Il révéla donc les quatre nobles vérités.

Lao Tseu est né vieux. Les gens vivent quatre-vingts ans, et malgré cela, ils n’ont pas la compréhension qu'avait Lao Tseu à sa naissance. Voyez-vous les gens devenir intelligents juste parce qu’ils vieillissent ? Vieillir et devenir intelligent ne sont pas synonymes. A l'âge mûr, les cheveux peuvent être blancs simplement parce qu’ils ont été décolorés par le soleil.

L’histoire de Lao Tseu dit simplement que s’il y a de l'urgence, de l'intensité dans la vie d’un être, alors ce qui pourrait prendre quatre-vingts ans peut se passer en un instant. Si la compréhension d’un être est intense, cela peut se passer en un instant, et sans intelligence pure, cela n’arrivera pas même en quatre-vingts ans.

Zarathoustra a rit au moment de sa naissance. La religion de Zarathoustra est la seule religion au monde qui peut être qualifiée de ‘religion du rire’… très terre à terre, une religion de la terre. C’est pourquoi ceux qui ont une autre religion ne considèrent pas les Parsis comme religieux. Ils les voient danser, chanter, heureux – la religion de Zarathoustra est une religion de rires, une religion qui affirme la vie, qui ne la nie pas. Chez elle, il n’y a pas de place pour la renonciation. Avez-vous jamais vu un sadhu Parsi complètement nu, ayant renoncé à tout, debout dans le soleil brûlant, assis fixant un feu comme un sannyasin hindou ? Non, la religion parsi ne se préoccupe nullement de torturer le corps ou de lui causer des problèmes. Tout le message de Zarathoustra est celui-ci : si vous pouvez réaliser le divin par le rire, alors pourquoi le réaliser par les larmes ? Quand vous pouvez arriver au temple en dansant, pourquoi semer inutilement des épines sur votre chemin ? Quand vous pouvez avancer avec des fleurs, pourquoi suivre des chemins de douleur et de tristesse ? C’est vrai, la légende est vraie : à sa naissance Zarathoustra riait.

Ne cherchez pas des faits historiques dans ces histoires. Elles ne se sont pas passées ainsi – mais elles ont une signification profonde.

Vous avez une graine : lorsque vous examinez la graine vous ne pouvez y trouver aucune indication de la fleur qu’elle produira. Il n’y a aucune clé de ce que ce sera. Sera-t-elle un lotus – s’épanouissant dans l’eau sans être touché par elle, dansant dans les rayons du soleil ? Et le soleil lui aussi peut devenir jaloux de sa beauté, de sa douceur, de sa gloire et de sa grâce incomparable. Son parfum s’envolera dans le ciel. En examinant la graine, on ne peut pas le savoir. En examinant la graine, on ne peut même pas imaginer, même pas deviner... mais un jour, cela arrive.

Nous pouvons donc penser de deux façons. Ou bien nous nous accrochons fermement à la graine en disant, « Ce qui n’est pas visible dans la graine ne peut pas se produire dans le lotus. C’est une illusion, c’est une ruse, c’est un mensonge. « C’est la position de ceux que nous appelons les rationnels, les sceptiques. Ils disent que ce qui n’est pas visible dans la graine, ne peut pas être présent dans la fleur – quelque chose est faux. C’est pourquoi un sceptique ne peut pas croire un Bouddha, ne peut pas accepter un Mahavira, ne peut pas embrasser un Jésus, parce qu’il soutient qu’il les connaît déjà.

Lorsque Jésus arriva dans son village, il fut très surpris – les gens du village ne se souciaient absolument pas de lui. Jésus a dit qu’un prophète n’est jamais respecté dans son propre pays. Quelle en est la raison ? Pourquoi le village ne respectera-t’il pas son prophète ? Les villageois l’ont vu en tant que fils du charpentier Joseph ; ils l’ont vu porter du bois, scier du bois, ils l'ont vu baigné de sueur, ils l’ont vu jouer et se bagarrer dans les rues. Les villageois le connaissaient depuis l’enfance, ils l’ont vu en tant que graine. Comment pourrait-il devenir tout à coup le fils de Dieu ! Non, ceux qui ont vu la graine ne peuvent pas accepter la fleur. Ils disent qu’il doit y avoir une tromperie, une tricherie ; cet homme est un hypocrite.

Bouddha retourna dans son village. Et le père… ce que le monde entier pouvait voir, le père n'a pas pu le voir. Le monde faisait l’expérience d’une illumination, la nouvelle se répandait par monts et par vaux, les gens commençaient à arriver de pays lointains. Mais douze ans plus tard, lorsque Bouddha revint chez lui, son père lui dit, « Malgré tout, je peux te pardonner. Bien que ce que tu as fait n’était pas juste, bien que tu nous as tourmenté, que tu as bien évidemment commis un crime, j’ai un cœur de père – je te pardonnerai. Les portes te sont ouvertes. Jette ce bol de mendiant, enlève cet habit de moine. Rien de tout cela ne convient ici. Reviens – ce royaume est à toi. J’ai vieilli ; qui va s’en occuper ? Assez de ces enfantillages, maintenant arrête tous ces jeux ! »

Bouddha dit, « Je t’en prie, regarde-moi. Celui qui est parti n’est pas revenu. Quelqu’un d’autre est arrivé, celui qui est né dans ta maison n’est pas revenu. Quelqu’un d’autre est ici, la graine est devenue une fleur. Regarde profondément. »

Le père dit, « Que veux-tu m’apprendre ! Je te connais depuis le jour de ta naissance. Va tromper les autres ; va faire des discours chez les autres et trompe-les – tu ne peux pas me tromper. Je te le répète, je te connais parfaitement bien – n’essaie pas de m’apprendre quoi que ce soit. Je veux bien te pardonner. »

Bouddha dit, « Tu dis que tu me connais ? Avant, je ne me connaissais même pas. Ce n’est que récemment que les rayons de lumière sont descendus sur moi et que je suis arrivé à me connaître. Excuse-moi, mais je dois dire que celui que tu voyais n’était pas moi. Peu importe ce que tu voyais, ce n’était pas moi. Tu a vu l’écorce extérieure, mais as-tu regardé en moi ? Tu m'as donné la vie mais tu ne m’as pas créé. Je suis venu à travers toi comme un voyageur vient par une certaine route, mais qu’ont le voyageur et la route de commun ? Suppose que demain la route dise, ‘Je te connais, ton être est venu à travers moi’ – comme tu viens de le dire.

J’existais avant toi. J’ai entrepris ce voyage il y a de nombreuses vies. Je suis bien sûr passé par toi, comme je suis passé par d’autres. D’autres aussi ont été mon père, d’autres aussi ont été ma mère. Mais mon être est complètement séparé. »

C’est difficile, extrêmement difficile : si vous avez vu la graine, vous ne pouvez pas croire que la fleur est devant vous.

Une façon de voir est celle de l'homme méfiant, rationnel, sceptique. Il dit, « Je connais la graine, par conséquent cette fleur n’est pas possible. Je connais la vase – comment un lotus peut-il en sortir ? Tout est faux – un rêve, une illusion. Il a dû tomber dans une sorte d’hypnose. Quelqu’un l’a trompé ; de la magie, un sort… »

C’est une façon de voir. L’autre, c' est la voie de la confiance – de l’amoureux, du dévot, de l’empathie dans le cœur. Il voit la fleur et à partir de là, il fait le voyage à l’envers. Il dit, « Quand la fleur devient aussi parfumée, quand un tel rayonnement l'entoure, quand elle a une telle beauté, quand on y voit une innocence aussi fraîche, alors c'était certainement déjà présent dans la graine – car il n’est pas possible que ce qui est présent dans la fleur ne se trouvait pas déjà dans la graine. »

Ces histoires ne se sont pas réellement passées. Ceux qui ont vu s’épanouir des fleurs chez Ashtavakra ont conclu que ce qui s’est passé aujourd’hui devait aussi être présent hier – c’était caché, masqué, derrière un voile. Ce qui est ici à la fin devait aussi être présent au début. Ce qui est vu au moment de la mort devait aussi être là au moment de la naissance ; sinon comment cela pourrait-il surgir ?

Donc une voie, c'est de regarder le passé de la fleur, et l’autre c'est de regarder le futur de la graine. Si vous regardez soigneusement, leur essence est la même, leur base est la même, mais quelle différence – comme celle qui existe entre la terre et le ciel ! Celui qui connaît la graine dit, « Comment ce qui n’est pas dans la graine peut-il être dans la fleur ? « C’est son argument. Celui qui connaît la fleur dit la même chose. Il dit, « Ce qui est dans la fleur devrait aussi être dans la graine. « Ils ont le même argument. Mais chacun a sa façon de regarder.

C’est un grand obstacle. On m’a demandé, « Dans ton enfance, beaucoup de gens ont fait leurs études avec toi – à l’école, au collège – mais on ne les voit pas ici. « Comment le pourraient-ils – pour eux, c'est un obstacle important. Ils ne peuvent pas croire ce qu’ils voient, cela leur est incroyablement difficile. Hier, quelqu’un m’a envoyé un journal de Raipour. Sri Harishankar Parsai a écrit un article contre moi. Il me connaît, il me connaît depuis mon séjour à l’université. Il est le meilleur écrivain satirique de langue hindi. J’ai toujours eu du respect pour ses écrits. Dans l’article, il écrit, « Il doit y avoir quelque chose qui ne va pas dans l’atmosphère de Jabalpour. Ici, il ne naît que des escrocs et des charlatans – comme Osho, Mahesh Yogi et Munindra. »

Il a énuméré trois noms. Je dois le remercier de m’avoir au moins mis à la première place sur sa liste ! Il estime que j’en vaux la peine. Il ne m’a pas complètement chassé de son esprit. Il ne m’a pas complètement oublié. Mais sa difficulté est naturelle, claire et simple. Je peux comprendre son point de vue. C’est impossible – il a vu la graine ; comment peut-il faire confiance à la fleur ? Et ceux qui ont vu la fleur ont de la peine à faire confiance à la graine.

Par conséquent, la vie de tout grand homme peut être décrite sous deux angles. Ceux qui sont contre lui commencent le voyage à son enfance, et ceux qui sont pour lui commencent le voyage à la fin et retournent vers l’enfance. Les deux ont raison, en quelque sorte. Mais ceux qui débutent par l’enfance pour aller vers la fin passeront à côté de la vérité. Leur approche de la vérité est suicidaire. Ceux qui font le voyage depuis la fin pour retourner vers le passé sont bénis. Ils recevront beaucoup sans effort… plus que ceux qui pensent de la première façon, les sceptiques.

Aujourd’hui, non seulement je suis dans le faux, mais à cause de moi, même l’air de Jabalpour est mauvais ! Il doit y avoir quelque chose de mauvais dans l’environnement. Mais je veux lui dire que Jabalpour n’a aucun pouvoir sur moi, que l’environnement soit bon ou mauvais. Je n’ai pas beaucoup de liens avec Jabalpour ; je n’y suis resté que quelques années. Mahesh Yogi y a aussi été quelques années ; lui non plus n’y a pas de liens.

Nous sommes tous les deux liés à un autre endroit. Les gens de ce lieu-là sont tellement endormis qu'aujourd’hui encore, ils ne savent rien de nous. Les lieux où nous sommes nés, Mahesh Yogi et moi, sont très proches l’un de l’autre ; nous sommes nés tous les deux près de Gadawara. Il est né à Chichli, je suis né à Kuchwada. Si l’environnement est mauvais, ce doit être là-bas. Gadawara devrait en souffrir – ou recevoir des bénédictions. Jabalpour ne devrait pas être entraîné là-dedans.

Mais quels arguments le mental n'invente-t’il pas !

Quiconque entend l’histoire d’Ashtavakra s’écriera immédiatement, « Faux ! Impossible ! ». Bien sûr, ceux qui ont rédigé cette histoire savaient que personne n’a jamais parlé depuis une matrice. Ils ne disaient que ceci : ce qui apparaît à la fin devait être présent dans la matrice. La voix qui s’est épanouie plus tard devait être présente dans les tréfonds de la matrice ; sinon d’où serait venu son épanouissement, d’où serait-elle venue? Les choses surgissent-elles simplement du vide ?

Derrière tout, il y a une raison. Nous ne sommes peut-être pas capables de la voir, mais elle doit être présente. Toutes ces anecdotes l’indiquent.

Le deuxième incident connu sur Ashtavakra se produisit lorsqu’il avait douze ans. On ne connaît que ces deux incidents. Le troisième est sa Gita d’Ashtavakra, ou comme certains l’appellent, l’Ashtavakra Samhita. Quand Ashtavakra eut douze ans, Janak organisa un très grand tournoi de débats. Janak était un roi, et il invita les pandits de tout le pays pour discuter des Ecritures. Il fit rassembler un millier de vaches aux portes du palais, leur fit recouvrir les cornes d’or et de bijoux. Il proclama, « Le vainqueur recevra ces vaches. »

Ce fut un grand débat. Le père d’Ashtavakra y participa aussi. Comme le crépuscule tombait, Ashtavakra apprit que son père perdait. Il avait déjà vaincu tous les autres, mais il était sur le point de perdre, face à un pandit dont le nom était Vandin. Quand il reçut ce message, Ashtavakra se rendit au palais.

L’assemblée était sur le point de partir ; le débat en était à sa phase finale et le moment décisif approchait rapidement. La défaite de son père était prévue d’avance – il était au bord de la défaite.

Les pandits aperçurent Ashtavakra comme il entrait dans la cour royale. Ils étaient tous de savants érudits. Son corps était tordu et déformé en huit endroits : il n’avait qu’à bouger pour que tout le monde se mette à rire. Sa façon de bouger faisait rire.

Toute l’assemblée éclata de rire. Ashtavakra, lui aussi, hurla de rire. Janak demanda, « Tout le monde rit. Je peux le comprendre, mais toi, mon fils, pourquoi as-tu ri ? »

Ashtavakra dit, « Je ris parce qu'on décide de la vérité dans cette assemblée de chamars, de cordonniers « – l’homme devait être extraordinaire. « Que font tous ces cordonniers ici ? »

Un profond silence tomba sur l’assemblée. Chamars ? Cordonniers ?

Le roi demanda, « Que veux-tu dire ? »

Ashtavakra dit, « C’est simple et direct. Ils ne voient que la peau, ils ne me voient pas. Il est difficile de trouver un homme plus pur et plus simple que moi, mais ils ne le voient pas ; ils voient un corps tordu et contrefait. Ce sont des ouvriers du cuir, ils jugent d’après la peau. Votre Majesté, le ciel est-il incurvé dans la courbe d’un temple ? Le ciel se fracasse-t-il quand un pot se fracasse? Le ciel est au-delà du changement. Mon corps est tordu, mais pas moi. Regardez celui qui est dedans. Vous ne pourrez trouver plus droit et pur. »

Ce fut une déclaration tout à fait étonnante. Il dut régner un silence dans lequel on aurait entendu tomber une épingle. Janak fut impressionné, éberlué : « Absolument juste, pourquoi avait-il réuni ici une assemblée de cordonniers ? « Il éprouva du remords, il se sentit coupable d’avoir ri lui aussi.

Ce jour-là, le roi ne put rien dire, mais le jour suivant, alors qu’il faisait sa promenade matinale à cheval, il vit Ashtavakra sur son chemin. Janak descendit de cheval et tomba à ses pieds. Le jour d’avant, devant tout le monde, il n’en avait pas trouvé le courage. Puis il avait dit, « Pourquoi ris-tu, mon fils ? « Ashtavakra était un garçon de douze ans, et Janak avait pris son âge en considération. A présent, il ne prêta pas attention à l’âge. Il descendit de son cheval, tomba aux pieds d’Ashtavakra et se prosterna bras de tout son long.

Il dit, « S’il te plaît, viens me rendre visite au palais, viens satisfaire mon ardent désir de vérité. Ô Seigneur, fais-moi la grâce de venir dans ma maison. J’ai compris. Je n’ai pu dormir de toute la nuit. Tu as dit la vérité : quelle est la profondeur de compréhension de ceux qui ne reconnaissent que le corps ? Ils débattent de l’être, mais l’attraction et la répulsion du corps surgissent encore ; la haine et l’attirance surgissent encore. Ils regardent la mort tout en parlant de l’immortalité. Quelle grâce que tu sois venu me déranger, que tu aies interrompu mon sommeil ! S’il te plaît, viens au palais. »

Janak avait fait décorer le palais avec magnificence. Il accueillit Ashtavakra et le fit asseoir sur un trône d’or – Ashtavakra, ce gamin de douze ans. Puis il lui posa ses questions. Le premier soutra est celui des interrogations de Janak. Janak demanda et Ashtavakra expliqua. A part cela, on ne connaît rien d’Ashtavakra. Et il n’est pas nécessaire d’en savoir plus, c’est plus qu’assez. Les diamants ne sont pas nombreux ; seuls les cailloux et les rochers sont aussi communs. Un seul diamant suffit.

Ce sont deux petits incidents. L’un précédant la naissance : une voix venant de la matrice qui déclare, « Dans quelle folie es-tu tombé ? Déconcerté par des écritures… par des mots ? Réveille-toi ! Ceci n’est pas de la sagesse, tout ceci est emprunté. Ce sont des méandres du mental, ce n'est pas l’expérience. Il n’y a pas la moindre trace de réalité là-dedans. Combien de temps encore vas-tu te bercer d’illusions ? »

Et le deuxième incident : les pandits dans le palais qui rient et Ashtavakra qui déclare qu'il y a deux façons de voir dans la vie : voir l’être ou voir la peau.

Les cordonniers voient la peau, le sage voit l’être.

L'avez-vous remarqué ? Un cordonnier ne regarde pas votre visage, il ne voit que vos souliers. En fait, un cordonnier peut tout connaître de vous en examinant simplement vos souliers : quelle est votre situation économique, si vous connaissez la réussite ou l'échec ; la chance que vous avez… La condition des chaussures le lui indique. Votre autobiographie est écrite sur vos chaussures – le cordonnier peut la lire. Si les chaussures brillent, si les chaussures sont propres et neuves, le cordonnier est heureux de vous rencontrer. Pour lui, vos souliers témoignent de votre existence. Un tailleur regarde les vêtements. En voyant comment vous vous habillez, il comprend votre situation. Ils ont tous leur propre vision étroite. Seul celui qui est plein de son propre être voit l’être. Il n’a aucune vision arrêtée. Il n’a que la vision, darshan.

Un petit incident supplémentaire – ce n’est pas sur Ashtavakra mais sur Ramakrishna et Vivekananda, mais Ashtavakra y est mêlé… Après, nous pénétrerons dans les soutras.

Quand Vivekananda arriva chez Ramakrishna, il s'appelait encore Narendranath – plus tard, Ramakrishna lui donna le nom de Vivekananda. Quand il arriva chez Ramakrishna, il était extrêmement raisonneur, athée, rationnel. Il voulait que tout soit prouvé.

Il existe des choses pour lesquelles il n’y a pas de preuve – on ne peut rien y faire. Il n’y a pas de preuve de l’état du divin : cela existe, et pourtant il n’y a aucune preuve. Il n’y a pas de preuve de l’amour. Il existe, et pourtant il n’y a pas de preuve. Il n’y a pas de preuve de la beauté. Elle existe, et pourtant il n’y a pas de preuve.

Si je dis, « Regardez comme ces arbres, ces ironwood sont beaux », et que vous répondez, « Je ne vois aucune beauté – ces arbres ne sont que des arbres. Prouvez-le ! « Ce sera difficile. Comment peut-on prouver qu’ils sont beaux ? Pour voir de la beauté, il vous faut un sens de la beauté – il n’y a pas d'autre moyen. Vous avez besoin d’yeux – il n’y a pas d'autre moyen.

On raconte que Majnu disait, « Pour connaître Laila vous devez avoir les yeux de Majnu. « C’est vrai ; pour voir Laila, il n’y a pas d’autre moyen.

Le roi de cette région convoqua Majnu et lui dit, « Tu es fou ! Je connais ta Laila – une fille ordinaire, noire comme jais – rien de spécial. J’en suis désolé pour toi. Voici douze des filles de mon palais – ce sont les femmes les plus belles du pays. Choisis celle que tu préfères, n’importe laquelle. Quand je te vois pleurer, mon cœur pleure aussi. »

Majnu les regarda et dit, « Parmi elles, il n’y a aucune Laila. Elles ne peuvent même pas lui être comparées, elles ne valent même pas la poussière de ses pieds. »

Le roi dit, « Majnu, tu es fou… ! »

Majnu répliqua, « Peut-être bien, mais je dois vous dire une chose : pour voir Laila, vous devez avoir les yeux de Majnu. »

Majnu a raison. Pour voir la beauté des arbres, vous avez besoin d’un œil d'artiste – il n’y a aucune preuve. Si on veut connaître l’amour, on a besoin d’avoir le cœur d’un amant – il n’y a aucune preuve. Et le divin, c'est le nom collectif de toute la beauté, de tout l’amour et de toute la vérité de cet univers. Parce qu’un état de conscience inébranlable est nécessaire, un état de témoin est nécessaire… où ne subsiste aucune parole, aucune pensée, où ne surgit aucune vague… où ne reste aucune poussière mentale et où le miroir de la conscience est parfaitement pur. Quelle preuve ?

Vivekananda répondit à Ramakrishna, « Je veux une preuve. Si Dieu existe, alors prouve-le. »

Ramakrishna examina Vivekananda. Ce jeune homme promettait beaucoup, il avait un grand potentiel ; en lui, beaucoup de choses étaient prêtes à se produire. C’était un grand trésor, Ramakrishna n’avait jamais rien rencontré de tel. Ramakrishna étudia, regarda minutieusement les vies passées de ce jeune homme. Vivekananda était né avec un grand trésor, un grand trésor d’intégrité, mais qui était réprimé par sa logique. En voyant cela, un cri d’angoisse et de compassion a dû s'élever dans le cœur de Ramakrishna. Il s'exclama, « Oublie tout ceci. Nous parlerons de preuve et de ces choses-là plus tard. J’ai un peu vieilli, j’ai peine à lire ; tu es jeune, tes yeux sont encore forts – lis ce livre qui est là ». C’était la Gita d’Ashtavakra, « Lis m’en un peu à haute voix. »

On rapporte que Vivekananda n’y vit rien de mal, ce type n’avait rien demandé de spécial. Il lut trois ou quatre soutras et toutes ses cellules se mirent à trembler. Il commença à paniquer et dit, « Je ne peux pas continuer à lire. »

Ramakrishna insista, « Continue à lire. Quel mal peut-il y avoir ? Comment ce livre pourrait-il te faire du mal ? Tu es jeune, tes yeux sont encore frais, et je suis vieux, lire m’est difficile. Je suis obligé d’écouter ce livre – lis-le moi à haute voix. »

On rapporte que Vivekananda continua à lire à haute voix et qu’il disparut en méditation. Ramakrishna avait vu un grand potentiel chez ce jeune homme, Vivekananda, un potentiel très prometteur, comme celui d'un bodhisattva destiné à devenir un bouddha un jour ou l'autre. Tôt ou tard, peu importe jusqu'où il s’égare, il se rapprochera de l’état de bouddha.

Pourquoi Ramakrishna lui demanda-t’il de lui lire la Gita d’Ashtavakra à haute voix ? Parce qu’il n’existe pas de déclaration plus pure de la vérité.

Si ces mots vous pénètrent, ils se mettront à éveiller votre âme endormie. Ces mots vous feront frissonner de joie. Ces mots vous combleront d’extase. Ces mots vous secoueront.

Grâce à ces mots, la révolution peut avoir lieu.

Je n’ai pas choisi la Gita d’Ashtavakra par hasard. Je n’aurais pas pu la choisir plus tôt non plus – je l’ai choisie après une longue attente, après beaucoup de réflexion. Pendant un temps, j’ai parlé de la Gita de Krishna parce qu’il y avait une grande foule autour de moi. Pour la foule, la Gita d’Ashtavakra ne veut rien dire. C’est avec grand effort que je me suis débarrassé de cette foule.

Aujourd’hui, il y a ici quelques Vivekanandas.

Aujourd’hui, je veux parler à ceux qui ont un grand potentiel.

Je travaillerai avec les quelques personnes chez qui ce travail peut amener des résultats. Aujourd’hui, je vais tailler des diamants. Ce burin ne se détruira pas sur des cailloux et des galets. C’est pourquoi j’ai choisi la Gita d’Ashtavakra : je l’ai choisie parce que vous êtes prêts.

Le premier soutra.

Janak demanda : Oh, Seigneur, comment atteint-on la sagesse ?
Comment la libération arrive-t’elle ?
Comment le non-attachement est-il atteint ? Dis-le moi, s’il te plaît.

« Dis-moi, oh seigneur. S’il te plaît, explique-le moi. « Le roi Janak dit à un gamin de douze ans, « Oh seigneur, Bhagwan. Explique-moi s’il te plaît ! Fais qu’un ignorant tel que moi comprenne un peu. Eveille un ignorant tel que moi.

Trois questions sont posées…

Comment atteint-on la sagesse ? Naturellement, nous pouvons nous demander pourquoi il a besoin de poser cette question ? Il y a des livres remplis de ces choses. Janak le savait aussi.

Ce dont les livres sont pleins, ce n’est pas de la sagesse. C’est simplement de la poussière que la sagesse laisse derrière elle – des cendres. Après qu'ait brûlé la flamme de la sagesse, il reste les cendres. Les cendres continuent de s’accumuler, et elles deviennent des textes . Les Védas sont des cendres ; un jour, elles furent des charbons ardents. Les sages védiques les ont faits brûler dans leur âme et il est resté les cendres. Puis les cendres furent rassemblées, comparées et organisées systématiquement.

C’est comme lorsque les gens rassemblent les cendres et les os une fois que le corps d’un homme a été brûlé. Ils appellent cela des « fleurs ». Les gens sont bizarres. Ils n’ont jamais qualifié l’homme de fleur quand il était vivant, mais après l’avoir brûlé, ils rassemblent ses os et disent que ce sont des fleurs. Puis ils les conservent, les gardent dans une boîte ; tant que l'homme vivait ils ne l’ont jamais considéré comme une fleur. Une fois qu'il est mort… l’homme est fou ! – ils qualifient ses os, ses cendres, de fleurs.

De la même façon, quand un bouddha est vivant, vous n’écoutez pas. Quand un Mahavira se promène parmi vous, vous vous mettez en colère. On dirait que cet homme détruit vos rêves ou qu’il dérange votre sommeil : « Est-ce le moment de se faire réveiller ? Au moment où mes rêves commençaient à devenir vrais, où le succès entre dans ma vie, où mes chances s’améliorent, où la flèche touche la cible – ce type arrive et dit que rien n’a de signification ! Au moment où j’ai gagné aux élections et que le chemin du pouvoir est ouvert, ce type génial arrive et dit que tout est un rêve, que rien n’a de signification, que la mort va venir et qu’elle prendra tout. Ne parlez pas comme cela! Quand la mort viendra, nous verrons, mais ne soulevez pas ce genre de choses maintenant. »

Mais quand Mahavira meurt ou quand Bouddha meurt, nous rassemblons leurs cendres. Nous créons le Dhammapada, nous en faisons des Védas, puis nous offrons des fleurs en dévotion.

Janak savait aussi que les textes ne contiennent que des informations. Mais il demanda, Comment atteint-on la sagesse ? – parce que peu importe l'ampleur de votre savoir, la sagesse n’est pas atteinte. Vous pouvez continuer à rassembler des connaissances tant et plus, à apprendre les textes par coeur, à devenir des perroquets, à mémoriser le moindre des soutras, à laisser la totalité des Védas s’imprimer dans votre mémoire – malgré tout il n’y aura pas de sagesse. Comment atteint-on la sagesse ? Comment la libération arrive-t-elle ? Il pose la question parce que ce que vous appelez sagesse, savoir, vous ligote au contraire – comment cela pourrait-il être une libération ? La sagesse est ce qui vous libère. Jésus a dit, « La vérité vous libérera. « La sagesse est ce qui vous libère – ceci est le critère de la vérité. Les pandits ne semblent pas libérés, on dirait qu'ils sont enchaînés. Ils parlent de libération, mais ils n’ont pas l’air libres. Ils semblent entravés par des milliers de chaînes.

L'avez-vous jamais observé : vos soi-disant religieux ont l’air plus enchaînés que vous. Vous avez peut-être un peu de liberté, mais vos saints sont plus coincés que vous. Ils ne font que suivre aveuglément la tradition. Ils ne peuvent pas se mouvoir librement, ils ne peuvent pas s’asseoir librement, ils ne peuvent pas vivre librement.

Il y a quelques jours, quelques sadhvis jaïns, des nonnes jaïns m'ont fait parvenir un message disant qu’elles veulent me rencontrer, mais que leurs disciples ne leur permettent pas de venir. Quelle situation bizarre ! Sadhvi signifie : celle qui ne se soucie plus de la société, celle qui a commencé un voyage dans la l'inconnu sauvage, celle qui a dit, « Dorénavant, je n’ai besoin ni de votre respect ni de vos honneurs ». Mais les nonnes et les moines disent, « Les disciples ne nous permettent pas de venir. « Ils disent, « Ne songez même pas à aller là-bas. Si vous y allez, nous vous enfermerons. « Quelle sorte de chercheurs est-ce là ? Ce n’est que de la dépendance, de l’esclavage. C’est complètement rétrograde. Cela signifie qu’au lieu que ce soit le sadhvi qui transforme le disciple, c’est le disciple qui transforme le sadhvi.

Un ami est venu me dire qu’une sadhvi jaïn lit mes livres, mais en secret seulement. Elle essaie aussi d’écouter mes cassettes, mais encore une fois en secret. Et si par hasard quelqu’un mentionne mon nom en sa présence, elle reste assise et fait comme si elle n’avait jamais entendu parler de moi. Est-ce cela la libération ?

Janak a demandé : Comment la libération arrive-t-elle ? « Qu’est-ce que la libération ? Explique-moi la sagesse qui libère. »

La liberté est le désir le plus important de l’homme. Vous pouvez tout réussir, mais si vous n’êtes toujours pas libres, cela fait mal. Vous pouvez tout réaliser, mais si vous ne réalisez pas la liberté, vous n’avez rien réalisé.

L’homme désire un ciel ouvert, sans limites. C’est l'aspiration la plus intime de l’homme, l'aspiration la plus secrète – un espace où il n’y a aucune limite, aucune barrière. Vous pouvez l’appeler l'aspiration au divin ou le désir du moksha, de la libération. En sanscrit, nous avons choisi le mot juste, moksha. Un mot aussi joli n’existe dans aucune autre langue. Il y a des mots comme ciel, paradis, mais ces mots-là n’ont pas la mélodie du moksha. Moksha a une musique unique. Il signifie simplement une liberté si ultime qu’elle n’a pas de barrières ; une liberté si pure qu’elle est illimitée.

Janak demanda : Comment la libération arrive-t’elle ?
Comment le renoncement est-il atteint ?
Oh Seigneur, Dis-le moi, s’il te plaît.

Ashtavakra a dû observer Janak soigneusement – parce que c’est la première chose qu’un maître fait quand quelqu’un le questionne. Il observe attentivement : de quelle source cette interrogation a-t’elle surgi ? Pourquoi le questionneur demande-t-il quelque chose ? La réponse du maître ne peut être significative que s’il comprend clairement pourquoi la question est posée.

Rappelez-vous, celui qui a atteint la vérité – un maître – ne répond pas à votre question. Il vous répond.

Il se soucie peu de ce que vous demandez, il se soucie davantage de la raison pour laquelle vous l'interrogez, ce qui est derrière la question, le complexe caché dans l’inconscient – quel est le désir qui se cache réellement derrière l’écran de votre question.

Il existe quatre types de personnes dans le monde : le sage, le chercheur, l’ignorant, l’idiot. Et il existe quatre types d’investigation. La première investigation est sans mots – l’investigation du sage, du gyani, de celui qui sait. En fait, l’investigation du sage n’est pas une investigation du tout. Il sait – il ne reste rien à savoir. Il a terminé ; le mental est devenu clair, il est devenu calme. Il est rentré chez lui, il a atteint un état de relaxation.

Ainsi l’investigation d’un gyani n’est pas du tout une investigation. Cela ne veut pas dire qu’un gyani n’est pas prêt à apprendre. Un gyani devient simple, comme un petit enfant – il est toujours prêt à apprendre. Plus vous apprenez, plus l’aptitude à apprendre augmente. Plus vous devenez simple et innocent, plus vous êtes ouvert pour apprendre. Les vents viennent et trouvent vos portes ouvertes. Le soleil vient et n’a pas besoin de frapper à votre porte. L’existence vient et vous trouve toujours disponible.

Un gyani ne collectionne pas les connaissances, il a simplement la capacité de savoir. Comprenez bien ceci, car cela vous sera utile. ‘Gyani’ signifie simplement celui qui est totalement disposé à apprendre, qui n’a aucun préjugé, qui n’a aucune résistance à l’étude, qui n’a aucun système ou structure préétablis. Gyani veut dire dhyani, celui qui est en méditation.

Ashtavakra a dû observer soigneusement Janak, il a regardé en lui et vu qu'il n’était pas un gyani, qu'il n’avait pas atteint l’état de méditation ; sinon son investigation aurait été silencieuse, il n’y aurait pas eu de mots.

Il s'est passé un incident dans la vie de Bouddha… Un fakir vint pour le rencontrer ; un ascète solitaire, un vagabond. Il vint dire à Bouddha : « Je n’ai pas les mots pour demander, je n’ai aucun talent pour mettre en mots ce que je veux demander. Tu le sais déjà. Comprends et dis tout ce qui est juste pour moi. « Cela, c'est la question de quelqu’un qui sait.

Bouddha était assis silencieusement. Il ne dit rien. Après un court laps de temps, il sembla qu'il s'était passé quelque chose! L’homme regarda Bouddha, puis des larmes ruisselèrent de ses yeux. Il se prosterna aux pieds de Bouddha en disant, « Merci ! Je suis réellement fortuné – tu m’as donné ce que j’étais venu chercher ici. « Il se leva et partit. De son visage irradiait une aura, une splendeur unique. Il s’en alla en dansant.

Les disciples de Bouddha furent perturbés. Ananda demanda, « Bhante, Bhagwan. C’est un mystère ? D’abord cet homme dit, ‘Je ne sais pas comment demander, je ne connais pas les mots pour le faire, je ne sais même pas ce que je suis venu demander; mais tu sais tout. Regarde-moi, dis-moi ce dont j'ai besoin.’

Tout d’abord, cet homme est un mystère. Est-ce une façon de poser des questions ? Si vous ne savez pas que demander, alors pourquoi demander ? Comment pouvez-vous demander ? C'est incroyable !

« Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Tu étais assis en silence, et tu es resté assis en silence. Nous ne t’avons jamais vu à tel point muet. Quand quelqu’un pose une question, tu réponds. Parfois arrive que quelqu’un ne demande rien, mais pourtant tu réponds. Ta compassion se répand sans arrêt. Que s’est-il passé pour que tout à coup tu sois silencieux et que tes yeux soient clos ? Quelle est l’alchimie qui a transformé cet homme? Nous l’avons vu changer. Nous l’avons vu subir une mutation complète. Nous avons vu l’extase l’envahir. Il est parti en dansant, ruisselant de larmes, comblé, en extase. Il s’est prosterné à tes pieds. Sa fragrance nous a aussi touché. Que s’est-il passé ? Tu n’as pas prononcé un seul mot ; comment a-t’il pu entendre ? Et nous sommes avec toi depuis tant de jours, depuis des années. As-tu moins de compassion pour nous ? Pourquoi ne recevons-nous pas la grâce que tu lui as donnée ? »

Mais rappelez-vous, vous ne recevez que ce que vous pouvez recevoir.

Bouddha dit, « Ecoutez. Des chevaux… « Il parle de chevaux à Ananda, parce que Ananda était un guerrier. Il était un cousin de Bouddha, et depuis l'âge le plus tendre, il aimait beaucoup les chevaux. C’était un cavalier. Il était un cavalier connu, il excellait dans les compétitions.

« Ecoute, Ananda, « dit Bouddha, « il existe quatre types de chevaux. Les premiers ne bougeront pas d’un centimètre même si tu les fouettes – de tous les chevaux, c'est ceux qui ont le moins de valeur. Plus tu les fouettes, plus ils résistent avec entêtement. Ils ne bougent pas – aussi entêtés qu’un hatha yogi. Si tu les fouettes, tu ne provoques que de la résistance.

« Puis, il y a un second type de chevaux. Si tu les fouettes, ils bougent. Si tu ne les fouettes pas, ils ne bougent pas. Ils sont déjà mieux que les premiers.

Et il y a un troisième type. Faites simplement claquer le fouet – les frapper n’est pas nécessaire. Faites simplement claquer le fouet, le son est suffisant. Ils sont plus aristocratiques – et mieux que les deuxièmes.

Enfin, Ananda, tu dois connaître ces chevaux qui galopent simplement à la vue de l’ombre du fouet. Tu n'as même pas besoin de le faire claquer. Cet homme était de ce type-là : l’ombre était suffisante. »

Ashtavakra a dû regarder soigneusement.

Quand vous venez me demander quelque chose, vous êtes vous-même une question, une question plus importante que ce que vous demandez. Parfois, vous pouvez aussi avoir l’impression que j’ai répondu à une question que vous n’avez pas posée. Et vous pouvez peut-être même avoir l’impression que j’ai éludé votre question, que je suis passé à côté et que j'ai répondu à autre chose. Mais pour moi, votre besoin profond est toujours plus important, ce que vous demandez n’est pas important – parce que vous-même, vous ne savez pas vraiment ce que vous demandez, pourquoi vous le demandez. Je réponds à votre besoin; ce n’est pas votre question qui détermine la réponse.

Ashtavakra a dû voir que Janak n’était pas un gyani. Est-il donc un ignorant ? Non, il n’est pas non plus un ignorant… parce que l'ignorant est arrogant, il se tient bien droit, fièrement. Il ne sait même pas se prosterner – et cet homme s’est prosterné à ses pieds, il s’est étendu de tout son long aux pieds d’un garçon de douze ans. Pour un ignorant, c'est impossible. Un ignorant pense qu’il sait déjà – comment pourrait-on lui expliquer quoi que ce soit ? Si un ignorant pose une question, il ne la pose que pour vous prouver que vous êtes dans l’erreur, car il présume qu’il sait déjà et il veut voir si vous le savez ou non. L’ignorant demande pour vous tester.

Ashtavakra a dû penser, « Non, les yeux de Janak sont très clairs. Bien qu’il soit roi, c'est moi qu’il interroge, un gamin de douze ans, inconnu, étrange, ‘Oh Seigneur, s’il te plaît explique-moi …’ Non, il est humble, il n’est pas ignorant. Est-il donc un idiot ? Les idiots ne demandent jamais. Les idiots n’ont pas la moindre idée que dans la vie, il y a des problèmes. »

Il y a une similitude entre les idiots et les illuminés. Pour les illuminés, il ne reste aucun problème ; pour les idiots, aucun problème ne s’est encore posé. Les illuminés ont transcendé les problèmes ; les idiots n’y sont même pas encore entrés. Les idiots sont tellement inconscients, comment pourraient-ils poser des questions ? Un idiot va-t-il demander, « Qu’est-ce que la sagesse ?’ « « Qu’est-ce que la libération ? « « Qu’est-ce que le non-attachement ? « Impossible !

Et si un idiot pose quand même une question, il demandera comment satisfaire ses passions. Il demandera comment vivre ici quelques jours de plus. Libération ? Non, l’idiot demande comment transformer ses chaînes en or, comment sertir ses chaînes de diamants. Si un idiot pose une question, il demandera ce genre de choses. Sagesse ? Un idiot n’imagine pas que la sagesse puisse exister. Il ne peut même pas accepter que c'est possible. Il dira, « La sagesse, c’est quoi ? « Un idiot vit comme une bête.

Non, Janak n’est pas un idiot non plus. Il est un mumukshu, un chercheur de vérité. Le mot ‘mumukshu’ doit être compris. Mumukshu signifie le désir de libération, le désir du moksha.

Pourtant, il n’a pas atteint la libération : il n’est pas un gyani. Il ne tourne pas le dos à la libération : ce n’est pas un idiot. Il n’est pas arrêté, coincé par une de ces idées traditionnelles sur la libération : ce n’est pas un ignorant non plus. C'est un mumukshu. Mumukshu signifie que sa quête est simple et directe. Elle n’est ni corrompue par de l’idiotie, ni déformée par des idées toutes faites. Sa quête est pure – il demande avec un esprit innocent.

Ashtavakra répondit : Oh ! bien-aimé, si tu veux la libération,
renonce aux passions comme si c’était du poison,
et considère le pardon, l’innocence, la compassion,
le contentement et la vérité comme un nectar.

… Si tu veux la libération, renonce aux passions comme si c'était du poison. Le mot vishaya, passion, est très significatif. Il dérive de visha, poison. Visha signifie: substance qui nous fait mourir si nous la consommons. Vishaya signifie que nous mourrons à chaque fois que nous en prendrons. Par les passions, nous mourrons à chaque fois. Avec cette nourriture-là, nous mourrons encore et à nouveau ; par les ambitions, la colère, la haine, la jalousie ardente – en les consommant, nous mourrons encore et à nouveau. A cause d’elles, nous mourrons continuellement.

Jusqu’à présent, notre expérience de la vie ne nous a pas fait connaître réellement la vie, nous n'avons connu que la mort. Notre vie jusqu’à maintenant … où est la torche brûlante de la vie ? Il n’y a que la fumée de la mort. De la naissance à la mort, nous mourons progressivement. Vivons-nous ? Nous mourons chaque jour sans exception. Ce que nous appelons vie est un processus continuel de mort.

Nous ne connaissons pas encore la vie, comment pouvons-nous vivre ? Le corps s’affaiblit chaque jour, la force s’amenuise chaque jour. Le plaisir et la passion sucent notre énergie chaque jour, nous font vieillir. Les passions et les désirs sont comme des trous, à travers lesquels notre énergie, notre être, s’écoulent sans arrêt. A la fin, notre seau est vide – c’est cela que nous appelons la mort.

Ne l’avez-vous jamais remarqué ? Si vous jetez un seau troué dans un puits, tant qu’il est immergé dans l’eau, il a l’air plein. Tirez sur la corde, sortez-le de l’eau et déjà, il se vide. Cela crée beaucoup de perturbations. Est-ce cela que vous appelez la vie ? Des fuites d’eau! Est-ce cela que vous appelez la vie ? Et plus le seau se rapproche de vos mains, plus il se vide. Quand il vous arrive dans les mains, il est vide… pas une seule goutte d’eau. Voilà comment est votre vie.

Quand un enfant n’est pas encore né, il semble être plein. A peine né, il commence à se vider. Le jour de sa naissance est le premier jour de sa mort. Il commence à se vider : mort un jour, deux jours, trois jours. Vous feriez mieux d’appeler l'anniversaire du jour de votre naissance, anniversaire du jour de votre mort – ce serait plus proche de la vérité. Vous êtes en train de mourir depuis un an et vous dites que l’anniversaire de votre jour de naissance est arrivé. Vous êtes en train de mourir depuis cinquante ans et vous dites que vous vivez depuis cinquante ans : « Célébrons mon cinquantenaire. « Mais vous mourez depuis cinquante ans. La mort se rapproche et la vie recule de plus en plus : le seau se vide. Basez-vous ce que vous pensez de la vie sur ce qui diminue ou sur ce qui se rapproche ? Qu’est-ce que c’est pour une arithmétique inversée ? Nous mourons quotidiennement, la mort se rapproche à petits pas.

Ashtavakra dit que les passions sont du poison, parce qu’en nous y adonnant, nous mourons, tout simplement. Elles ne nous donnent pas la vie.

Oh ! bien-aimé, si tu veux la libération,
renonce aux passions comme si c’était du poison,
et considère le pardon, l’innocence, la compassion,
le contentement et la vérité comme un nectar.

Nectar veut dire: ce qui donne la vie, ce qui donne l’immortalité, l’ambroisie – une fois qu'on la trouvée, on ne meurt jamais plus.

Ensuite, le pardon. La colère est un poison – le pardon est de l’ambroisie.

L’innocence. La sournoiserie est un poison – la simplicité, l’innocence est du nectar.

La compassion. La dureté du cœur, la cruauté, est un poison – la bonté, la compassion est du nectar.

Le contentement. Le ver de l’insatisfaction dévore tout. Le ver de l’insatisfaction s'immisce dans le cœur comme un cancer. Il y pénètre de plus en plus, il répand sans arrêt son poison.

Le contentement. La satisfaction de ce qui est, aucun désir de ce qui n’est pas. Ce qui est, est plus que suffisant. Que cela soit, est plus que suffisant. Ouvrez donc les yeux et vous verrez.

Personne n’a besoin d’imposer le contentement à la vie. Si vous regardez attentivement, vous verrez que vous recevez toujours plus que ce dont vous avez besoin. Vous recevez continuellement ce que vous voulez, vous recevez toujours ce que vous voulez. Si vous vouliez de la tristesse, vous avez reçu de la tristesse. Si vous vouliez du bonheur, vous avez reçu du bonheur. Si vous vouliez du malheur, vous avez reçu du malheur. Vos désirs ont modelé votre vie.

Le désir est la graine, et la vie sa moisson.

Car, vie après vie, vous avez reçu ce que vous désiriez. Souvent, vous croyez que vous désirez une chose et que vous en recevez une autre. Dans ce cas, l’erreur n’est pas dans ce que vous désirez, vous n’avez simplement pas choisi le bon mot pour ce que vous désirez. Par exemple: vous voulez la réussite et vous récoltez l’échec. Vous dites que vous avez échoué, parce que ce que vous vouliez, c'était la réussite. Mais celui qui désire le succès a déjà accepté l’échec. Intérieurement, il s’est mis à avoir peur de l’échec. A cause de l’échec, il désire la réussite. Et chaque fois qu’il souhaite le succès, l’idée d’échec arrive ; l’idée d’échec continue à se renforcer. Parfois, il réussit, mais il est certain que sa vie sera une suite d’échecs. Cet état d’esprit se renforce. Il se renforce tellement qu’un jour, il se manifeste. Et ensuite, vous vous plaignez que vous vouliez la réussite. Mais en voulant la réussite, vous avez souhaité l’échec.

Lao Tseu a dit, « Souhaitez la réussite, et vous échouerez. Si réellement vous voulez la réussite, n’en faites jamais le souhait. Ainsi, personne ne pourra vous faire échouer. »

Vous dites que vous voulez le respect, mais que vous recevez des insultes. Celui qui veut le respect n’a aucun respect pour lui-même, pourtant il veut le respect des autres. Celui qui n’a aucun respect de lui-même veut que les autres masquent son propre manque de respect. Ce désir de respect est le signe qu’en vous-même, vous ne vous respectez pas. Vous avez le sentiment que vous n’êtes rien. Les autres devraient faire de vous quelque chose, ils devraient vous mettre sur un trône, dresser des bannières, agiter les drapeaux en votre nom – les autres devraient faire quelque chose !Vous êtes un mendiant. En demandant du respect, vous vous insultez déjà. Et cette insulte ne fait que s’approfondir.

Lao Tseu dit: « Personne ne peut m’insulter parce que je ne désire pas le respect. « C'est atteindre le vrai respect.

Lao Tseu dit, « Personne ne peut me vaincre parce que j’ai abandonné l’idée de gagner. Comment pourrez-vous me vaincre ? Vous ne pouvez vaincre que celui qui veut gagner. « C’est un fait étrange.

Dans ce monde, ceux qui ne désirent pas le respect le reçoivent. Ceux qui ne veulent pas le succès l’obtiennent, parce que ceux qui ne veulent pas le succès ont déjà accepté leur réussite : que voulez-vous de plus ? Vous avez déjà été honoré par l’être en vous : que voulez-vous de plus ? En vous faisant naître, l’existence vous a déjà témoigné du respect : de qui d’autre voulez-vous le respect ? L’existence vous a couvert suffisamment de gloire. Elle vous a donné la vie. Elle vous a bénie en vous donnant des yeux – ouvrez-les et voyez ces arbres verts, les fleurs, les oiseaux. Elle vous a donné des oreilles – écoutez la musique, l’éclaboussement d’une chute d’eau. Elle vous a donné la conscience pour que vous puissiez devenir un bouddha ; que voulez-vous de plus ? Vous avez déjà été honoré. L’existence vous a reconnu ; à qui demandez-vous un certificat, comme un mendiant ? A ceux qui mendient pour avoir le vôtre ?

C’est une situation hilarante, vous êtes deux mendiants face à face qui mendiez l’un auprès de l’autre. Comment pouvez-vous recevoir quoi que ce soit ? Vous êtes tous les deux des mendiants. De qui demandez-vous le respect ? Devant qui êtes-vous debout ? En faisant cela, vous vous insultez vous-même. Et l’insulte est de plus en plus profonde.

Le contentement signifie : regardez ce que vous avez ! Ouvrez un peu les yeux et voyez ce que vous avez déjà.

C’est une clé extrêmement précieuse que donne Ashtavakra. Peu à peu, elle deviendra évidente. Le point de vue d’Ashtavakra est tout à fait révolutionnaire, tout à fait unique. Sa révolution part de la racine.

considère… le contentement et la vérité comme un nectar – parce que celui qui vit dans le faux deviendra encore plus faux. Celui qui dit des mensonges, qui vit dans les mensonges, sera naturellement entouré de mensonges. Son lien à la vie sera détruit, ses racines seront coupées.

Voulez-vous avoir des racines dans l’existence ? Ces racines ne sont possibles qu'à travers la vérité. Vous ne pouvez être relié à l’existence qu'à travers l’authenticité et la vérité. Voulez-vous être coupé de l’existence ? Alors, fabriquez un écran de mensonges, mettez de gros nuages de mensonges autour de vous. Plus vous devenez faux, plus vous vous éloignez de l’existence.

Tu n’es ni la terre, ni l’air, ni le feu, ni l’eau, ni l’éther.
Pour atteindre la libération,
reconnais-toi comme la conscience qui observe tout cela.

Ces déclarations sont tellement immédiates ; pas même une introduction. Ashtavakra prononce à peine deux phrases et la méditation intervient ; il commence par parler du samadhi, de la méditation profonde. Celui qui sait n’a rien d’autre à partager que le samadhi. Il a d’abord dit deux phrases, car s’il avait immédiatement commencé à parler du samadhi, vous auriez peut-être été trop surpris pour comprendre. Mais deux phrases... et immédiatement, il parle du samadhi.

Ashtavakra ne fait même pas sept pas. Bouddha a fait sept pas et au huitième, le samadhi. Ashtavakra introduit le samadhi dès le tout premier pas.

Tu n’es ni la terre, ni l’air, ni le feu, ni l’eau, ni l’éther.

Détendez-vous dans cette vérité…

Pour atteindre la libération, reconnais-toi comme la conscience qui observe tout cela.

L’observateur est la clé. Il n’y a pas de clé plus précieuse que celle-ci.

Soyez l’observateur. Quoi qu’il se passe, laissez-le se passer. Il n’y a aucun besoin d’interférer. Le corps est composé de terre, d’air, de feu, d’eau et d’éther. Vous êtes la lampe à l’intérieur de laquelle tout cela – terre, air, feu, eau, éther – est illuminé. Vous êtes l’observateur. Pénétrez ceci profondément.

…reconnais-toi comme la conscience qui observe…

C'est le soutra le plus important qui soit. Soyez un témoin. Grâce à cela, la sagesse viendra, le non-attachement se produira. Grâce à cela, la libération arrivera. Il y avait trois questions, mais une seule réponse.

Si tu peux te séparer de ton corps physique et reposer dans la conscience,
en cet instant même tu seras heureux, en paix, et libre de liens.

en cet instant même… ! Voilà pourquoi je dis que c’est une révolution à la racine. Patanjali n’a pas assez de courage pour dire, « en cet instant même. « Patanjali dit: « Pratiquez la discipline en dedans et en dehors. Pratiquez le contrôle de la respiration et les postures de yoga, tournez-vous vers l’intérieur. Purifiez-vous. Cela prendra un nombre de vie incalculable – puis l’illumination… »

Mahavira dit: « Pratiquez les cinq grands vœux. Et quand un nombre incalculable de vies se seront écoulées, un déconditionnement se produira, une purification se produira. Alors, on coupera les liens du karma. »

Ecoutez Ashtavakra :

Si tu peux te séparer de ton corps physique et reposer dans la conscience,
en cet instant même tu seras heureux, en paix, et libre de liens.

Ici, tout de suite, en cet instant, Si tu peux te séparer de ton corps physique et reposer dans la conscience… Si vous commencez à voir le fait que : « Je ne suis pas le corps, je ne suis ni celui qui agit, ni celui qui a du plaisir; je suis celui qui, caché en moi, voit tout… Quand l’enfance est là, il voit l’enfance ; quand la jeunesse est là, il voit la jeunesse ; quand la vieillesse est là, il voit la vieillesse. L’enfance n’est pas restée, je ne peux donc pas être l’enfance. Elle est venue et elle s'en est allée, pourtant je suis. La jeunesse n’est pas restée, je ne peux donc pas être la jeunesse. Elle est venue et elle s'en est allée, pourtant je suis. La vieillesse est venue, et elle aussi est en train de s’en aller, je ne peux donc pas être la vieillesse. Comment puis-je être ce qui vient et qui s’en va ? Toujours, je suis. Celui à qui l’enfance arrive, à qui la jeunesse arrive, à qui la vieillesse arrive… à qui des milliers de choses arrivent et s’en vont. Je suis celui qui est éternel, immortel. »

Tout comme les gares de chemins de fer, cela change continuellement : enfance, jeunesse, vieillesse, naissance. Le voyageur continue à avancer. Vous ne pensez jamais que vous faites un avec des gares de chemins de fer. En arrivant à la gare de Pune, vous ne pensez pas que vous êtes Pune. Quand vous arrivez à Manmad, vous ne pensez pas que vous êtes Manmad. Vous savez que Pune est venu et passé, Manmad est venu et passé. Vous êtes un voyageur. Vous êtes l’observateur qui a vu Pune – Pune est venu et est passé ; qui a vu Manmad – Manmad est venu et passé. Vous êtes celui qui voit.

La première chose : séparez l'observateur de ce qui arrive.

… te séparer de ton corps physique et reposer dans la conscience…

Il n’y a rien d’autre qui en vaille la peine.

Juste comme la clé du soutra de Lao Tseu est l’abandon, la clé du soutra d’Ashtavakra est le repos, la détente. Il n’y a rien à faire.

Les gens viennent me demander comment ‘faire de la méditation’. C’est la question même qu’ils posent qui est fausse. Ils posent une question fausse, alors je leur dis simplement de le faire. Que puis-je faire ? Je leur dis, « Faites – il faut faire ceci ou cela. « Cela vous chatouille de faire quelque chose ; il faut satisfaire ce chatouillis. Si cela chatouille, que faire ? On ne peut pas ne pas gratter. Mais graduellement, simplement en les occupant, je les épuise. Alors, ils disent: « Délivre-nous. Combien de temps encore allons-nous faire ça ? « Je dis: « J’étais prêt dès le début, mais vous aviez besoin de temps pour comprendre. Maintenant détendez-vous ! »

La signification ultime de la méditation, c'est le repos.

…Te reposer dans la conscience… Celui qui laisse sa conscience s’arrêter dans la relaxation, celui qui se repose en étant simplement… Il n’y a rien à faire parce que vous avez déjà ce que vous cherchez, parce que vous n’avez jamais perdu ce que vous cherchez. Il n’est pas possible de le perdre – c’est votre nature même. Vous êtes le divin. Anal’haq – vous êtes vérité. Quel endroit cherchez-vous, où courez-vous ? A la recherche de vous-même, où courez-vous ? Arrêtez. Détendez-vous. L’état de divin ne s’atteint pas en courant, parce qu’il est caché dans celui qui court. L’état de divin ne s’atteint pas en faisant quelque chose, parce qu’il est caché dans celui qui agit. Pour faire l’expérience de l’état de divin, il n'y a rien besoin de faire – vous êtes cela.

C’est pourquoi Ashtavakra dit : …reposer dans la conscience… Relaxez-vous, déployez-vous. Laissez cette tension s’en aller. Où allez-vous ? Il n’y a nulle part où aller, il n’y a nulle part où arriver …reposer dans la conscience… Puis immédiatement …en cet instant même, tu seras heureux, en paix, et libre de liens. Cette déclaration est unique. Aucun autre texte ne peut s’y comparer.

Tu n’es ni un brahmane ni d’une autre caste,
tu n’es dans aucune des quatre étapes de la vie,
tu n’es pas perçu par les yeux ou par d'autres sens.
Sans attache et sans forme, tu es le témoin de l’univers tout entier.
Sache-le et sois heureux.

Comment un brahmane pourrait-il écrire un commentaire sur ceci ? Tu n’es ni un brahmane ni d’une autre caste… Comment un hindou pourrait-il prendre ce texte à cœur ? Toute sa religion est basée sur les castes et les étapes de la vie. Et depuis le tout début, Ashtavakra coupe les racines de ces croyances-là. Il dit que vous n’êtes ni un brahmane, ni un soudra de basse caste, ni un kshatriya, un guerrier – tout cela n'est que de la bêtise. Tout cela n'est que de la projection. C’est tout le jeu de la politique et de la société. Vous êtes simplement brahman, le divin – pas un brahmane, pas un kshatriya, pas un soudra.

Tu n’es ni un brahmane ni d’une autre caste,
tu n’es dans aucune des quatre étapes de la vie…

Et vous n’êtes pas non plus un étudiant brahmacharya, ou un chef de famille, ou dans l’étape qui précède le sannyas – vous n’êtes dans aucune des quatre étapes de la vie. Vous êtes l’observateur, le témoin intérieur, celui qui passe à travers toutes ces situations.

Les hindous ne peuvent pas s'arroger la Gita d’Ashtavakra , la Gita d’Ashtavakra est à tout le monde. S’il y avait eu des musulmans, des hindous et des chrétiens du temps d’Ashtavakra, il aurait dit ; « Vous n’êtes ni hindou, ni chrétien, ni musulman. « Qui va construire un temple en l’honneur d’Ashtavakra ? Qui va propager ses Ecritures ? Qui va se réclamer de lui ? …parce qu’il rejette tout le monde. C’est une déclaration directe de la vérité.

Sans attache et sans forme, tu es le témoin de l’univers tout entier.
Sache-le et sois heureux.

Ashtavakra ne dit pas qu’après avoir connu ceci, vous serez heureux. Ecoutez cette déclaration convenablement. Ashtavakra dit : sache-le et sois heureux.

Tu n’es ni un brahmane, ni d’une autre caste,
tu n’es dans aucune des quatre étapes de la vie,
tu n’es pas perçu par les yeux ou par d'autres sens.
Sans attache et sans forme, tu es le témoin de l’univers tout entier.
Sache-le et sois heureux.

Soyez heureux. Soyez heureux tout de suite. Janak demande: « Comment peut-on être heureux ? Comment la libération arrive-t-elle ? Comment la sagesse arrive-t-elle ? »

Ashtavakra dit que cela peut se produire tout de suite. Il n’est pas nécessaire de le retarder, pas même d’un seul instant. Il n’existe aucune raison de le laisser pour demain, aucun besoin de le remettre à plus tard. Cet événement n’arrive pas dans le futur, il se produit maintenant ou jamais. Quand il se produit, il se produit tout de suite, parce que le temps n’existe pas, excepté maintenant. Où est le futur ? Quand il vient, il vient en tant que maintenant.

C’est pourquoi ceux qui se sont illuminés, se sont illuminés dans le maintenant. Ne le laissez pas pour un autre moment – ce qui est la ruse du mental. Le mental argumente; « Comment cela peut-il se produire si vite ? Vous devez d’abord vous préparer. »

Des gens qui viennent me voir disent: « Nous prendrons sannyas. Un jour, nous le prendrons. « Un jour ! Ils ne le prendront jamais. Si c’est remis, c’est remis pour toujours. « Un jour » ne vient jamais. Si vous voulez le prendre, prenez-le maintenant. Il n’existe pas d’autre moment que maintenant. La vie est maintenant, la libération est maintenant. L’ignorance est maintenant, la connaissance est maintenant. Le sommeil est maintenant, l’éveil peut se produire maintenant. Pourquoi un jour ?

Pour le mental, c’est difficile ; il dit que vous devrez faire des préparatifs. Le mental discute: « Comment quelque chose peut-il arriver sans préparatifs ? Quand quelqu’un veut un diplôme universitaire, cela prend des années. Pour un doctorat, cela prend vingt ou vingt-cinq ans, on travaille année après année, et finalement on obtient un doctorat. Comment cela peut-il se produire tout de suite ?

Ashtavakra le sait. Si vous voulez avoir un magasin, vous ne pouvez pas l’ouvrir tout de suite. Vous devrez tout rassembler, arranger, ranger les marchandises, construire le magasin, attirer les clients, faire de la publicité – cela prendra des années. Dans ce monde, rien n’arrive tout de suite. Il y a des étapes précises et c’est bien. Ashtavakra le sait, je le sais aussi.

Mais en ce monde, il existe un phénomène qui se passe tout de suite. C’est l’état divin. L’état divin n’est pas un magasin, ni une salle d’examen, ni une université. L’état divin ne se produit pas par étapes, il est déjà là. Il vous suffit simplement d’ouvrir les yeux. Le soleil s’est déjà levé. Le soleil n’attend pas vos yeux, il ne dit pas qu’il ne se montrera pas tant que vos yeux ne se seront pas ouverts. Le soleil est déjà là. La lumière s’est répandue partout. Sa musique résonne nuit et jour. Le son ‘Om’ vibre partout. Partout on entend l’écho de la musique qui n'est pas jouée. Ouvrez vos oreilles ! Ouvrez vos yeux !

Combien de temps faut-il pour ouvrir les yeux ? Il faut encore moins de temps pour atteindre l’état divin. La paupière a besoin d’un instant pour cligner. Le mot hindi pour ‘instant’ signifie le temps nécessaire pour cligner de l’œil. Mais atteindre l’état divin ne prend même pas ce temps-là.

Tu es le témoin de l’univers tout entier. Sache-le et sois heureux. Soyez heureux tout de suite.

La religion d’Ashtavakra n’est pas une religion à crédit. C’est de l’argent en espèces sonnantes et trébuchantes.

Oh ! Toi qui es en train de t’ouvrir,
religion et athéisme, bonheur et malheur –
tout cela appartient au mental, ce n'est pas pour toi.
Tu n’es ni celui qui agit, ni celui qui a du plaisir.
Tu as toujours été libre.

L’illumination est notre nature intrinsèque. La sagesse est notre nature intime. L’état divin est notre façon d’être. C’est notre centre. C’est le parfum de notre vie, de notre être.

Ashtavakra dit : Oh ! Toi qui es en train de t’ouvrir… oh ! toi qui apportes la joie, oh ! munificence somptueuse, …religion et athéisme, bonheur et malheur – tout cela appartient au mental… Ce sont des vagues de la pensée. Vous avez bien ou mal agi, commis des péchés ou fait de bonnes actions, construit un temple ou donné des aumônes – tout ceci appartient au mental.

Tu n’es ni celui qui agit, ni celui qui a du plaisir.
Tu as toujours été libre.

Vous êtes éternellement libre, vous avez toujours été libre.

La libération n’est pas un événement pour lequel nous devons faire des efforts.

La libération s’est déjà produite dans notre être.

L’existence toute entière est faite de liberté. Chacune de ses particules, chacun de ses pores est fait de libération. La liberté est le matériau à partir duquel toute l’existence est créée. La liberté est sa nature.

Cette déclaration – comprenez-la bien et la transformation se fait. Il n'y a rien à faire, à part la comprendre. Si elle descend en vous, si votre esprit l'écoute totalement, c'est suffisant.

J’aimerais dire, « Assez pour aujourd’hui ».

Faites totalement l’effort de comprendre Ashtavakra. Chez Ashtavakra, il n’y a pas d’espace pour faire. Ne croyez donc pas qu'émergera une méthode que vous pourrez appliquer. Ashtavakra ne suggère pas de faire quoi que ce soit. Ecoutez dans la détente. Rien n’arrivera en ‘faisant’.

Aussi n’amenez pas de cahier pour prendre des notes quand arrive un soutra. Ne le mettez pas sur papier pour le faire plus tard. Faire ne marche pas ici. Ecoutez sans souci du futur. Ecoutez simplement. Restez juste assis tranquillement avec moi et écoutez. Ecoutez-moi dans la relaxation. Ecoutez simplement… en écoutant, vous pouvez vous illuminer.

C’est pourquoi Mahavira a dit qu’un shravaka est un chercheur qui peut s’illuminer simplement en écoutant ! Shravaka signifie celui qui s’est libéré simplement en écoutant. Sadhu signifie celui qui ne peut pas se libérer en écoutant. Il est un peu moins intelligent – il a quelque chose à pratiquer. Pour lui, l’ombre du fouet n’est pas suffisante. Ce cheval-ci appartient à une catégorie un tout petit peu inférieure : le fouet claque et il bouge un peu. Ou vous le fouettez et il bouge un peu.

L’ombre est suffisante.

Ecoutez – l’ombre du fouet va apparaître.

Avec Ashtavakra, on doit se rappeler une chose : il n’y a rien à faire. Vous pouvez écouter avec joie. Vous ne devez rien en extraire pour l’essayer plus tard. Ce qui se passera arrivera par l’écoute. L’écoute juste est la clé.

…en cet instant même tu seras heureux, en paix, et libre de liens.

Soyez libéré tout de suite. Soyez illuminé en cet instant même. Personne ne vous arrête, rien ne vous en empêche. Pas besoin de bouger d’un centimètre. Soyez illuminé exactement où vous êtes, parce que vous êtes déjà libre. Eveillez-vous et soyez illuminé.

Sans attache et sans forme, tu es le témoin de l’univers tout entier.
Sache-le et sois heureux.

Soyez heureux. Il n'est pas nécessaire d’attendre un seul instant. C’est un saut, un saut quantique. Avec Ashtavakra, il n’y a pas d’étapes. Ce n’est pas une évolution graduelle, c'est immédiat. Cela peut arriver en cet instant même.

Hari Om Tat Sat !


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